vendredi 9 janvier 2026

LA SOCIOLOGIE DE L’ART EN QUESTION

https://lagazettedenicole.art/la-sociologie-de-lart-en-question-le-debat-est-ouvert-ici/

Une discipline anesthésiée ?
La sociologie de l’art est une discipline universitaire que le sociologue engagé Pierre Bourdieu a anesthésiée dès sa naissance.
« La sociologie est un sport de combat », disait-il… et celle de l’art en particulier, qui ne pouvait être pour lui que « signe de distinction et d’appartenance de classe » et qu’il fallait donc soustraire à la domination bourgeoise et du grand méchant capital.
Résultat : ses ardeurs déconstructives et pré-wokistes l’amenèrent à s’acoquiner avec l’artiste allemand Hans Maacke, le plus redoutablement idéologisé de l’époque, et qui, pour représenter son pays, en avait défoncé le Pavillon à la Biennale de Venise en 1993, et ceci pour y dénoncer la malfaisance du Mark complice du nazisme… La cote de cet artiste s’en trouva décuplée, pour le bonheur du grand capitalisme spéculateur sans que Bourdieu ne s’aperçoive un seul instant qu’il s’était fait piéger et devenait ainsi un social traitre et l’idiot de service du système qu’il dénonçait.

Cette anesthésie de la sociologie de l’art fut entretenue ensuite et jusqu’à aujourd’hui par Nathalie Heinich, certes non idéologisée, et ne prétendant uniquement produire que du "savoir", mais en ne défonçant cependant que des portes ouvertes. Comme Bourdieu, son travail se dit "neutre", sans poésie, sans états d'âme, artistiquement aseptisé, et sans amour particulier de l’art.
Bourdieu aimait au moins intellectuellement Hans Haacke.
Alain Quemin, lui, le sociologue bodybuildé, qui fait de l’"observation participative" dans les grands vernissages parisiens, aime à la folie la body artiste Orlan...

De: "Nicole Esterolle" <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé: Lundi 5 Janvier 2026 12:27:19

Objet: Y A-T-IL UN SOCIOLOGUE DE L’ART DANS L’AVION ?

J‘ai dispersé l’ensemble des 992 commentaires, que j’avais récolté suite à la publication sur mes réseaux, du texte que j’avais écrit au sujet des vitraux de Mademoiselle Tabouret… Texte qui avait obtenu plus de 150 000 vues sur mon facebook.
Je pensais que cet ensemble pouvait constituer un riche matériau d'étude et d’analyse pour les sociologues de l’art, et j’espérais avoir quelques retours de ceux-ci.
Mais j’oubliais que cette espèce de chercheurs est quasiment éradiquée, après le passage dévastateur et l’omniprésence asphyxiante des Bourdieu, Heinich et autres Quemin. (J’en connais quelques-uns encore vivants, mais qui évitent de se manifester pour échapper à la cancélisation automatique, et pour ne pas perdre leur poste).

Voici donc les 992 commentaires :

Voici le post Tabouret-vitraux :

Avec les participations de Nathalie Heinich, Yves Michaud, Jérôme Serri, Pierre Lamalattie, Marc Vérat, Marie Sallantin, Jean-Philippe Domecq, Aude de Kerros

Nathalie Heinich
Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler.
Et comme ils sont sociologues et pas idéologues, ils savent qu’un échantillon ainsi constitué n’a aucune représentativité, et ne peut donc servir à documenter que les arguments des opposants à l’art contemporain, qui sont déjà assez bien connus – notamment grâce aux travaux « dévastateurs » et « asphyxiants » de la signataire de ces lignes.
Quoi qu’il en soit, s’emparer de ce corpus pour tenter de dégager, mettons, les nouvelles tendances en la matière nécessiterait de longues heures de travail, des outils et compétences informatiques dont ils ne disposent pas forcément, et si possible un assistant, qu’ils ne pourraient obtenir qu’en demandant un financement à un organisme académique ou ministériel – financement qu’ils ne seraient absolument pas certains d’obtenir et qui, de toute façon, n’interviendrait qu’après plusieurs mois.
Enfin, ils ont peut-être d’autres dossiers en cours et un emploi très chargé – pour ceux du moins qui continuent à travailler.
Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser.

Marc Vérat
La frontière entre idéologue et sociologue n’est pas toujours nette, surtout dans les débats publics. Si promouvoir des idées ne peut pas être totalement neutre, la soi-disant objectivité desdits sociologues laisse également à désirer.
Par ailleurs, il est toujours commode et confortable d’être fonctionnaire d’un établissement public.
« Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler », mais à quelle fin, dans quel but ? Se sont-ils déjà posés la question ?
« Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser », n’est-ce pas Madame Heinich !

Nathalie Heinich
Dans quel but travaillons-nous ? Pour produire du savoir.
Et si ça ne vous suffit pas, je ne peux rien pour vous…

Nicole Esterolle
N. Heinich ne peut pas grand chose en effet… Elle produit du « savoir », c’est une « savante », une « scientifique » sans poésie, sans états d’âme, axiologiquement « neutre », artistiquement neutre, elle n’a pas à aimer.
Bourdieu n’avait pas non plus de sensibilité particulière pour l’art. Il aimait au moins intellectuellement Hans Haacke. Quemin, lui, sociologie bodybuilé est un fan de la body artiste Orlan…
Rappelons que le jeune Bourdieu fut le secrétaire du très droitier Raymond Aron.

Marie Sallantin
Il semble plus difficile en 2026 de convenir que ce savoir, celui de l’étude de l’art contemporain, nous suffirait. Et d’ailleurs à quel titre ?
En effet une période triomphante comme celle d’une mondialisation heureuse se referme sur une impasse voire un échec de plus en plus visible .
Et donc si l’Art contemporain « suffisait » dans les années 80, années de divertissement et provocations tous azimuts, la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’Art comme discipline majeure (car propre à l’Humanité) avec ses limites et contours propres, ses savoirs et ses manifestations universelles de civilisations qui toujours interpellent ? Cette question est tournée vers l’avenir tandis que l’art contemporain en bout de course est dépassé car il ne répond plus aux attentes.
Et si cette attente qui vient comme une vague ne suffit pas à certains, j’ai envie de dire moi aussi que je ne peux rien pour vous.

Pierre Lamalattie
La recherche de neutralité « axiologique » est toujours difficile et mal assurée dans les sciences humaines. Cependant, c’est une bonne chose de la rechercher et je crois que c’est ce que Nathalie Heinich s’est sincèrement efforcée de faire. Elle n’a évidemment pas besoin que je prenne sa défense, mais qu’il me soit permis de dire que je lui suis reconnaissant d’avoir produit un ensemble d’ouvrages qui nourrissent ma (notre ?) réflexion.
Je pense aussi que son engagement pour défendre à l’université le travail scientifique contre les empiétements décomplexés du militantisme est utile et courageux.
Ceci n’empêche nullement de critiquer ses thèses. Au contraire ! La recherche scientifique est le contraire de l’argument d’autorité. Toutefois, il faut bien distinguer critique scientifique (sur les méthodes mises en œuvre) et critique sur le plan des opinions et des engagements artistiques.

Marc Vérat
En somme, après l’art sans art, le savoir sans savoir.
Après 50 ans, la boucle semble ainsi bouclée pour l’art contemporain mais aussi pour la sociologie de l’art contemporain.

Yves Michaud
Il n’y a aucun « savoir » sur le prétendu « art contemporain » – encore moins celui des prétendus sociologues. Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder et Quemin arpente les cocktails sans rien regarder non plus.
1) toute réflexion dépend du corpus sur lequel on réfléchit et personne n’est d’accord sur le corpus.
2) Chacun voit l’heure à son clocher.
3) D’autant plus que 90% de ce qui se passe dans l’art contemporain est caché (ventes et spéculation obligent). Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers avec délits d’initiés et de ce point de vue, c’est réussi. Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. (C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran – je préfère pour ma part Carolus et Cabanel à Meissonnier qui était vraiment nul).
Donc vous ne pouvez qu’exprimer vos passions et intérêts.

Nathalie Heinich
Je reconnais là la magnanimité bien connue de notre cher Yves Michaud, qui s’entête à ne pas entendre ce que je lui ai déjà expliqué sur mon corpus (je ne l’ai pas choisi : je me suis contentée d’analyser ce qui est qualifié d'art contemporain »), et qui continue à croire que je travaille sur les oeuvres alors que mon objet est le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art – ce pourquoi, oui, mes données sont pour l’essentiel dans mon ordinateur. Sociologie oblige… Mais ceux que la sociologie n’intéresse pas ne sont pas obligés d’en lire, n’est-ce pas ? A moins que ce soit pour le plaisir de médire ; hypothèse qui n’est pas à exclure, hélas…

Marc Vérat
« Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder », et la sociologue se couche tard pour tenter de vaines explications concernant « le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art ».
« Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers ». Effectivement, et certains ont bien trop d’argent.
« Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran » – Mais ces derniers possédaient au moins une incontestable technique et figurent aujourd’hui de nouveau sur les cimaises à la place qu’ils méritent, entre impressionnistes et symbolistes. Qu’en sera-t-il demain pour la jeune Tabouret ? ou les merdes de Pinault ?

Marie Sallantin
C’est rigolo la naissance de Vénus de Cabanel.
Cabanel 1863, et on comprend que les modernes aient détesté !

Yves Michaud
Désolé, chère Nathalie Heinich, mais même sur ce que vous considérez comme un corpus défini, il n’y a aucun consensus. Que faites-vous des situations nationales ? Et de l’impérialisme américain ?
Votre corpus est franco-français et qui plus est « l’art contemporain » français n’a quasiment aucune existence internationale ni en termes ni de marché ni de reconnaissance intellectuelle ou esthétique. De ce point de vue Quemin est plus malin : il sait très bien que l’art contemporain français n’existe que dans les cocktails documentés par Saywho. Il a, si je ne m’abuse, lancé sa brillante carrière en disant ce que je viens d’écrire (je le sais d’autant mieux que j’ai publié son « rapport disparu ») et en a tiré les conséquences.
A nous Ruinart puisque l’art contemporain français est ruiné…
A propos des tulipes, j’ai écrit un livre paru le jour du confinement 2020 sur l’opération Tulipes de Koons: « Ceci n’est pas une tulipe, Art, luxe et enlaidissement des villes » chez Fayard avant Bolloré (je le signale à l’adresse des débiles qui rédigent les notices wikipedia et m’accuseraient d’être de droite). En dépit d’un silence normal, il s’est plutôt bien vendu. C’est une enquête sur la manière de faire remonter une cote chancelante, de promouvoir l’immobilier de luxe sous l’empire du socialisme de cocktails et d’enlaidir une ville pas assez enlaidie par la politique Hidalgo-Grégoire-Girard.

Nathalie Heinich
Vous semblez ignorer que dans les années 1990 j’ai mené une enquête sur la relation à l’art contemporain aux Etats-Unis, dont j’ai tiré notamment un petit livre chez Hermann, Guerres culturelles et art contemporain. Une comparaison franco-américaine. Et dans mon Paradigme je consacre un chapitre à l’internationalisation de l’AC. Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu’on ne sait pas, on ne sait pas qu’on ne le sait pas… (d’où l’intérêt, parfois, de se taire plutôt que de se laisser aller aux médisances – mais tout le monde n’est pas Wittgenstein, n’est-ce pas !).

Jérôme Serri
« Savoir tout ce qu’il y a à savoir, et en dépit de ce savoir encyclopédique ne rien savoir, voilà bien la dérision de la méconnaissance ! » Jankélévitch
« L’érudition consiste surtout à connaître une foule de choses inutiles, c’est à dire de choses qui en soi n’ont ni valeur, ni intérêt, si ce n’est d’en avoir connaissance.» Hegel
« Il est difficile, en art, de dire quelque chose d’aussi bon que…ne rien dire.» Wittgenstein
« Le seul moyen de comprendre quelque chose à la peinture, et il est bien simple, c’est d’en regarder beaucoup de bonne.» Sachs

­2026, 50ème anniversaire de la mort d'André Malraux
La démocratie
« Lorsque vous ne pouvez plus confondre la majorité avec la "volonté générale", un rouage capital de la démocratie est brisé. Une majorité de 2% est toujours une majorité, elle n’est plus longtemps légitime. »
La civilisation
« Les valeurs occidentales se décomposent. Il y a eu l’héritage mythique de Rome, il y a eu la chrétienté. Et il y a quelque chose de plus subtil. L’Occident avait toujours eu l’idée d’un type exemplaire de l’homme. A tel point que, dans des pays qui ont marqué l’Occident : l’Angleterre et l’Espagne, on a fini par inventer le mot qui exprimait ce type. Gentleman, tout le monde sait ce que ça veut dire, et Caballero aussi. Aujourd’hui, que voyez-vous de comparable ? Rien parce qu’en gros, la valeur véritable est la science, et que la science ne peut pas donner naissance à un type d’homme. »
La culture
« Après la mort de Degas, nous courûmes à l’exposition de son atelier […] Je comprenais mal "ce que cela voulait dire", mais très bien que cela entrait mystérieusement dans ma vie ».
« De même que telle suite d’accords fait comprendre soudain qu’il existe un monde musical, quelques vers un monde de la poésie, de même un certain équilibre ou déséquilibre péremptoire de couleurs et de lignes bouleverse celui qui découvre que la porte entrouverte là est celle d’un autre monde, non d’un monde surnaturel ou nécessairement magnifié, mais d’un monde irréductible à celui du réel. »
« Civilisé s’oppose à grossier ; cultivé s’oppose d’abord à ignorant. Et, pourtant, l’homme de connaissances a semblé souvent une caricature de l’homme cultivé. Sans doute celui-ci est-il un homme de livres, d’œuvres d’art – un homme lié à des témoignages particuliers du passé. Mais peu importerait qu’il fût l’homme qui connaisse ces témoignages s’il n’était d’abord l’homme qui les aime. La vraie culture commence lorsque les œuvres ne sont plus des documents : lorsque Shakespeare est présent… La connaissance, c’est l’étude de Rembrandt, de Shakespeare ou de Monteverdi ; la culture, c’est notre émotion devant La Ronde de nuit, la représentation de Macbeth ou l’exécution d’Orfeo. »

Comment créer une culture démocratique ?
Il ne s’agit pas de contraindre à l’art les masses qui lui sont indifférentes. Il s’agit d’ouvrir le domaine de la culture à tous ceux qui veulent l’atteindre.
« L’Etat vaut pour l’art ce que valent ceux qui s’en occupent. Florence a été Florence parce que Laurent a été Laurent, non parce que ses méthodes étaient exceptionnelles. Résumons : l’Etat n’est pas fait pour diriger l’art, mais pour le servir. Et il le sert dans la mesure où ceux à qui il en confie la charge le comprennent. »
« Ce qu’on appelle la culture c’est d’abord la volonté de retrouver, d’hériter et d’accroître ce qui fut la noblesse du monde. »
« Si je peux me dire, en mourant, qu’il y a cinq cent mille jeunes de plus qui ont vu s’ouvrir, grâce à mon action, une fenêtre par où ils échapperont à la dureté de la technique, à l’agressivité de la publicité, au besoin de faire toujours plus d’argent pour leurs loisirs dont la plupart sont vulgaires ou violents, si je peux me dire cela, je mourrai content, je vous assure. Cinq cent mille de plus « dans le coup » ce serait déjà un beau chiffre. Je ne peux pas infliger la joie d’aimer l’art à tout le monde. Je peux seulement essayer de l’offrir, la mettre à disposition pour que, à ceux qui la demanderont, elle soit donnée. »

Jean-Philippe Domecq
Depuis le début des interrogations sur ce que j’avais labellisé, pour plus de clarté conceptuelle et périodique, « l’art du Contemporain », l’analyse sociologique doit aussi, et surtout, faire ressortir le rapport entre les oeuvres mises en avant par les professionnels et le système d’interprétations qui a mis en avant pareilles oeuvres. Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d’euvres qui auront été aussi simplistes (que Koons, Buren, Toroni, i tutti).
Il ne s’agit donc et certes pas de demander à la sociologie des jugements esthétiques, mais qu’elle analyse le va-et-vient entre les commentaires et les oeuvres. Pourquoi une telle surévaluation ? Des attitudes et des oeuvres, donc. Le reste (le fonctionnement, la reconduction, les transactions) ne fait qu’en découler, l’essentiel n’était pas là.

Marie Sallantin
Je me souviens qu’il ne fallait pas dans les années 90 juger cette « surévaluation » que vous aviez parfois comptée comme bêtise sophistiquée dans Politis. Pour ma part, je la vois très violente cette surévaluation systémique des œuvres des suiveurs de Duchamp : comme une forme inédite de vandalisme ciblant la représentation de l’art (ridiculiser sans cesse la visée de la beauté chez les artistes). Christine Sourgins a écrit là dessus.

Marc Vérat
"Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d'euvres qui auront été aussi simplistes ?"
Close ! Pas encore tout à fait, mais cela reste dans l'ordre des choses.
Le conformisme existe toujours, y compris chez les sociologues ; normes, marchés et institutions guident les comportements, plus ou moins consciemment. On aime appartenir à un groupe, on évite les risques, on cherche la validation.
"Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu'on ne sait pas, on ne sait pas qu'on ne le sait pas..."
Oui Madame Heinich !

"ATTENTION ! La notice Wikipédia me concernant est sans valeur"
Wikipédia ne représente plus qu'un répertoire laborieux, plus ou moins complaisant, désormais remplacé par l'Intelligence Artificielle.
"Que faites-vous des situations nationales ? Et de l'impérialisme américain ?"

HISTOIRES CHOISIES/ M.V.

1/ L’art de la spéculation
Souvenons-nous de la tulipe
La première bulle spéculative de l’histoire éclate en Hollande, en février 1637 avec une forte spéculation sur les tulipes, au cours de laquelle des bulbes de tulipes s’échangeaient au même prix qu’une maison à Amsterdam.
Le XVIIe siècle marque le « siècle d’or » hollandais. Les Provinces-Unies, autrement dit la Hollande, constitue l’un des États européens les plus modernes, notamment en matière d’art et de culture. Sur le plan économique, la création de la Compagnie des Indes Orientales en 1602 assure le développement des échanges internationaux et du système financier du pays.
Cette domination commerciale permet aux Provinces-Unies de se hisser au rang de première puissance économique mondiale.
Jusqu’en 1634, le marché de la tulipe est semblable à celui du marché de l’art. Un milieu réservé aux plus aisés où le client passe commande à un horticulteur pour faire pousser la variété qu’il désire.
La commande est passée à partir de l’automne lorsque les bulbes sont plantés, et les tulipes qui attirent le plus ne sont pas les plus belles mais les plus rares. La demande pour certaines espèces favorise la formation de la bulle spéculative.
À partir de 1635, plusieurs innovations financières accélèrent le développement de ladite bulle. L’innovation la plus importante est l’introduction des billets à effet.
Ces derniers précisent les caractéristiques du bulbe et son prix.
Ceci permet aux acheteurs de revendre un bulbe encore en terre, en échangeant non plus le bulbe lui-même mais le billet, un papier faisant office de titre.
Les transactions augmentent et il n’est pas rare de voir un billet à effet, changer de mains à de multiples reprises avant la floraison de la tulipe. Les contemporains parlaient d’ailleurs de « windhandel », le commerce du vent.
Plusieurs éléments psychologiques sont avancés pour expliquer les bulles spéculatives. L’un d’entre eux se nomme « The Greater Fool Theory », la théorie du plus grand fou. Selon cette idée, les investisseurs peuvent acheter un titre même s’ils sont persuadés qu’il est surévalué, car ils pensent qu’un autre individu – plus fou encore – sera prompt à le racheter plus cher.
Le mécanisme fonctionne et les prix augmentent jusqu’à atteindre « le plus grand fou ». Dès lors, la bulle éclate et plus personne ne se porte acquéreur.

L’éclatement de la bulle
Les sources fournissant l’évolution du prix des tulipes à cette époque sont rares. Le marché n’est pas régulé et il n’y a donc pas de cours officiel.
Il apparaît toutefois qu’en janvier 1637, au sommet de la bulle, une tulipe pouvait valoir jusqu’à 15 années de salaire d’un artisan. Un bulbe de la variété Semper Augustus – la plus recherchée à l’époque – se serait même échangé pour 10 000 florins, soit l’équivalent de deux maisons en ville.
L’éclatement de la bulle, se produit le 3 février 1637.
Le krach sera déclenché notamment par l’absence d’acheteurs lors d’une vente aux enchères dans une taverne d’Haarlem. Cela suffira pour provoquer le retournement du marché ; il ne faut que quelques heures pour que la nouvelle de l’absence d’acheteurs se propage à la ville entière et quelques jours pour que l’information atteigne l’ensemble des Provinces-Unies. Les bulbes de tulipes deviennent alors invendables.

2/ L’art de l’influence
Ingérence américaine dans la culture en Europe
Dès 1946, le ministère des Affaires Étrangères des États-Unis participe au financement de deux grands programmes d'expositions de peintures, vitrine de l'excellence de l'Art américain, amenées à voyager en Amériques du Sud et surtout en Europe.
Afin de promouvoir ladite excellence, le sénateur Fullbright établit parallèlement un programme de bourses qui permet à des milliers d'intellectuels d'effectuer le « Grand tour » américain pour admirer sa richesse culturelle.
Il s'agit par exemple, d'affirmer et d'établir l'émergence d'une nouvelle école spécifiquement américaine : l'Expressionnisme abstrait avec J.Pollock, M.Rothko, A.Gorky... Cette école qui reste une construction étroitement liée au contexte de la guerre froide sera soutenue par des fondations, des musées, des universités.
Le Rockefeller Brother Fund et le Musée d'Art Moderne de New-York ont ainsi largement promu en Europe le Nouvel Art en organisant nombre de publications et expositions. Cependant et afin d'être totalement crédible pour asseoir la dimension internationale des expositions, quelques artistes européens bénéficieront également du soutien américain.
En 1950, Pierre Soulage figure ainsi dans des expositions collectives à New-York, Londres, São Paulo, Copenhague. Dès le début des années 50, ses toiles commencent à entrer dans les grands musées comme la Phillips Gallery à Washington, le Musée Guggenheim et, bien entendu, le Museum of Modern Art de New-York.
Quelques années après suivra la promotion de l’art conceptuel et minimaliste, donc de l’art à proprement dit contemporain.

3/ L’art sans art
Marcel Duchamp, 1887-1968 - Porte-bouteilles 1914 / 1964
Fer galvanisé : 64 cm, Diamètre 42 cm – Achat en 1986 du Centre Pompidou
L'objet original, aujourd'hui disparu, portait une inscription dont l'artiste prétendait ne pas se souvenir, témoin de la désinvolture qui entoure l'élaboration du readymade. Pourtant Duchamp scelle ici le choix d'une esthétique visuelle indifférente, le choix du hasard et de l'importance du n'importe quoi !

En 1914 à Paris, Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l’Hôtel de Ville un porte-bouteilles et il écrit à sa sœur Suzanne quelque temps plus tard afin de lui demander d’exécuter sa démarche artistique :
« Prends pour toi ce porte-bouteilles, j’en fais un readymade à distance.
Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas, en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent, l’inscription que je vais te donner ci-après et tu signeras de la même écriture comme suit : Le Hérisson d’après Marcel Duchamp ».
Cette lettre montre que Marcel Duchamp souhaite intégrer le porte-bouteilles dans la catégorie des objets qu’il possède déjà, comme une roue de bicyclette sur un tabouret de 1913, mais auxquels il n’a pas encore attribué de statut.
Ce n’est que fin 1915 à New-York, que l'artiste invente et formalise le concept en récupérant un chapeau de cheminée en zinc en l’intitulant « pulled in 4 pins » et en achetant une pelle à neige et en l’intitulant « In advance in the broken arm ».
Ce n’est donc que tout début 1916 que Marcel Duchamp écrit à Suzanne pour qu’elle récupère le « porte-bouteilles » et la « roue de bicyclette » pour les intégrer dans la série des readymade.
Marcel Duchamp explique : « Dans une époque où l’artiste ne peut plus compter sur la qualité et la sincérité de son action pour voir ses productions reconnues, mais dépendre au contraire uniquement du goût du regard trivial des « regardeurs », des normes sociales du bon et du mauvais goût, je décide effectivement d’affirmer mon statut d’artiste en décrétant œuvre d’art un objet quelconque ».
Ces objets-manifestes ne deviennent production artistique qu’à la fin des années 1950, lorsque la jeune génération d’artistes américains, au sortir de la seconde guerre mondiale, s’en empare comme médium. Les institutions françaises suivront fidèlement par mimétisme le mouvement.

Aude de Kerros
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt toute cette disputatio qui donne un paysage des questions que l'on se pose encore sur l'Art contemporain en 2026.
Ce terme qui a été l'arme la plus efficace de la guerre froide culturelle puis hégémonique, a semé la confusion en cachant sous le qualificatif de "contemporain", l'unique courant conceptuel, qui est ainsi devenue avant garde unique et perpétuelle.
Ainsi a été imposée une définition de l'art, exactement inverse de celle du sens commun. Cela n'aurait pas été possible sans son instrumentalisation institutionnelle, politique, médiatique puis financière.
L'imposition de cette définition et d'un art sans public, n'a pas été une évolution naturelle, une mode, un conformisme. Il a concerné les élites, les intellectuels, les artistes qui ont été la cible de cette stratégie de confusion cognitive. Les "masses" ne sont pas visées, ni concernées.

Chacun dans sa spécialité a réagi différemment à ce changement de contenu du mot "art":
-Les journalistes ont vu l'aspect politique et accusé tous ceux qui ne pliaient pas le genou de "fascistes", ce qui a terrifié les artistes et intellectuels.
-Les économistes, quand l'AC est devenu financier, se sont intéressés aux cotes et mécanismes spéculatifs.
-Les théologiens apophatiques y ont trouvé avec joie une manifestation de l'art sacré.
-Les philosophes ont fourni avec la French théory une théorie à l'AC et discours indispensables aux artistes pour forger des concepts dits "pertinents'.
-Les sociologues ont fourni par ailleurs le discours "scientifique" le plus proche du Duchampisme possible : Duchamp disait - l'art c'est ce que l'artiste dit être de l'art'.
En 1963, à New York, Arthur Danto, plus réaliste, complète la définition : est de l'art ce que la société ( il précise, le milieu de l'art institutionnel, médiatique, commercial, etc,) dit être de l'art. Le discours de Bourdieu a aussi beaucoup contribué de fournir le corpus d'idées, en le politisant.

Les artistes contemporains ont utilisé toute cette matière en la simplifiant pour créer leurs concepts, qui sont, ne l'oublions pas, l'œuvre elle même.
Nathalie Heinich a combattu Bourdieu, en s'attachant à une démarche rigoureuse. Il faut aussi la saluer pour ce petit livre qu'elle a écrit, le seul publié en France, qui relate l'histoire et le processus des Cultural Wars en Amérique entre 1989 et 1997.
(Guerres culturelles et Art Contemporain une comparaison franco américaine – Hermann, 2010)
Entre ces deux dates aucun article n'est paru dans les médias français sur ces faits très spectaculaires, excepté, un, dans une revue savante confidentielle.
Un jour ou l'autre il faudra qu'un historien fasse le récit de la guerre civile culturelle que nous avons connu en France : une guerre culturelle civile doublée d'une guerre internationale. Il faudra plus de temps qu'en Amérique pour avoir accès aux archives de l'administration : 50 ans contre 10 en Amérique !
Merci chère Nicole de susciter ces disputatios mais aussi de les documenter et partager. Elles seront importantes pour les historiens qui verront la réelle diversité de la façon dont cela a été vécu et compris par ceux qui ont participé à cette histoire.

Marie Sallantin
MERCI. Une réserve : le mot « guerre » suppose des adversaires qu’on n’a pas vus en France. Les tentatives ont échoué faute d’appui car les artistes, surtout les peintres premiers visés,  au lieu de se mobiliser, se sont soumis attendant tout des institutions : JL Chalumeau  «  le silence des artistes » dans Verso. S’il y avait eu un Courbet, le cours de l’histoire aurait été TOUT AUTRE ! Les masses n’auraient pas été autant suivistes des foires, ces « grands messes de l’art contemporain » Genevieve Breerette dans Le Monde. Aujourd’hui, pas de signe de sortie de cette vassalisation. Pas de retour critique mais plutôt une accélération et un durcissement  institutionnel fort visibles à Paris.
Le Duchampisme, chasse bien gardée. Qui osera supprimer le prix Marcel Duchamp et remettre l’urinoir dans la rue ?

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DÉPART DE MME DATI DANS LE CADRE DE LA RÉDUCTION DU DÉFICIT PUBLIC

Le dossier complet et accablant de Marc Vérat sur le bilan calamiteux du ministère de la culture, qu’il va bien falloir supprimer pour changer de paradigme.
Le dossier complet ici : (un document d’époque à garder par devers vous)

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ZEU BLOG DE NICOLE
Une récapitulation florilège des plus de 200 textes de Nicole :

VISITEZ LE NICOLEMUSEUM N° 2 !
Éblouissement assuré devant la richesse, la variété, la liberté, la générosité, la gaité, l’inventivité, la somptuosité de la création vivante et indépendante d’aujourd’hui... conceptualolâres, ceci n’est pas pour vous !
Vous en avez l’accès direct et gratuit ici :

dimanche 14 décembre 2025

Réformer plutôt que supprimer les écoles d'arts ?


La question des écoles d'arts en France revient dans le débat public, et la réponse porte sur une éventuelle suppression ou bien sur une nécessaire transformation ?
Les écoles d'arts sont majoritairement financées par l’État et les villes, le coût demeure élevé pour les collectivités et le retour sur investissement reste faible en termes d’emplois stables, avec une insertion professionnelle très aléatoire pour les nombreux élèves diplômés qui peinent à vivre de leur pratique artistique. Le modèle économique du champ artistique reste précaire et, plus ou moins, tributaire des relations et connaissances du milieu.

Réformer plutôt que supprimer ?

Faut-il supprimer les écoles des Beaux-Arts ? Sans aucun doute, si celles-ci refusent de se transformer en profondeur.
La disparition des écoles des Beaux-Arts peut apparaître choquante tant elles bénéficient d’un fort capital symbolique et historique. Pourtant, dans leur forme actuelle, elles posent un problème démocratique, économique et culturel majeur. Maintenir ces institutions sans remise en question radicale revient à financer, avec de l’argent public, un système largement déconnecté des réalités sociales.
Tout d’abord, les écoles d'arts produisent une précarité structurelle. Elles forment chaque année des centaines d’étudiants à des carrières dont elles savent pertinemment qu’elles sont extrêmement limitées. La majorité des diplômés ne vivra jamais de son art, tout en ayant été encouragée à croire à une réussite fondée sur la vocation plutôt que sur la réalité économique. Cette situation pose un problème éthique : peut-on légitimement former à plein temps à des métiers sans débouchés réels ?
Ensuite, malgré leur image progressiste, les Beaux-Arts fonctionnent comme des espaces de reproduction sociale et culturelle. Le langage théorique, les codes esthétiques et les réseaux valorisés favorisent ceux qui disposent déjà d’une certaine liberté culturelle et économique. Loin de démocratiser l’art, ces écoles contribuent souvent à renforcer une forme d’élitisme déguisé, où la reconnaissance dépend davantage de l’adhésion à des normes implicites que de la créativité elle-même.

Par ailleurs, l’art qui y est promu est fréquemment coupé du public. En privilégiant des pratiques conceptuelles hermétiques, les Beaux-Arts participent à la rupture entre création contemporaine et société. L’argent public finance ainsi des œuvres et des discours qui ne s’adressent qu’à un cercle restreint de professionnels et d’institutions, alimentant la défiance envers l’art contemporain.
Dans un contexte de contraintes budgétaires, la question de la priorité des dépenses publiques ne peut être évacuée. Faut-il continuer à investir massivement dans des formations dont l’impact social reste très faible, alors que l’éducation, la santé, la sécurité avec, plus récemment, l'idée de réarmement, manquent de moyens ? La culture ne peut se soustraire indéfiniment à l’exigence de responsabilité collective.
Si les écoles d'arts demeurent incapables de se réformer en assumant une véritable transparence sur les débouchés, en s’ouvrant à des pratiques concrètes, socialement engagées, et en rompant avec leur entre-soi, leur suppression ne deviendrait plus improbable, mais sans doute politiquement incontournable. Défendre la création artistique ne signifie pas défendre toutes ses institutions sans esprit critique et envers et contre tous.

Les écoles des Beaux-Arts en France : un modèle isolé ?

Le débat sur l’avenir des écoles d'arts en France gagne à être éclairé en observant les modèles étrangers. On remarque que la France se distingue par un attachement à une formation artistique publique, gratuite ou peu coûteuse, mais également par une sérieuse difficulté à adapter ces formations aux réalités contemporaines.
En France, les écoles des Beaux-Arts sont majoritairement publiques, financées par l’État et les collectivités territoriales. Leur mission repose sur la liberté artistique, l’expérimentation et la recherche plastique. L’insertion professionnelle n’est pas prise en compte, son aspect financier jamais évoqué, ce qui explique les critiques récurrentes sur la précarité des diplômés.

Au Royaume-Uni et aux États-Unis, les écoles d’art sont souvent intégrées aux universités ou relèvent du secteur privé. Les frais d’inscription sont élevés, ce qui rend l’accès socialement plus sélectif. En contrepartie, ces formations mettent l’accent sur la professionnalisation, le développement de réseaux, la préparation au marché de l’art, du design ou de l’industrie connexe. Ce modèle favorise une insertion plus réaliste.
En Allemagne, en Suisse ou dans les pays nordiques, les académies d’art sont également publiques, mais sélectives par le nombre d’étudiants limité, et l’accompagnement individualisé est renforcé. L’objectif est de ne pas former trop d’artistes tout en leur offrant de meilleures conditions de travail et de reconnaissance.
Dans des pays comme la Corée du Sud ou le Japon, les écoles d’art sont souvent directement tournées vers l’industrie culturelle : design, animation, jeu vidéo. La création artistique est étroitement connectée aux débouchés économiques.

La France maintient un modèle ambigu, dont les effets sociaux et économiques sont de plus en plus contestables. La formation, jugée déconnectée des réalités du quotidien, manque de compétences pratiques et techniques et entretient un entre-soi jugé illusoire et préjudiciable.
Dans les pays anglo-saxons, les écoles d’art fonctionnent selon une logique de marché. Le coût élevé des cours possède au moins le mérite de la clarté. Les institutions forment des professionnels destinés à intégrer des secteurs identifiés (marché de l’art, design, industries créatives). La France, à l’inverse, promet symboliquement une émancipation artistique sans fournir les moyens réels d’en vivre, transférant le risque de l’échec sur les individus plutôt que sur l’institution et ses nombreux fonctionnaires.
Le modèle allemand et nord-européen, quant à lui, assume une certaine sélectivité. Peu d’étudiants sont admis, mais ils bénéficient généralement d’un accompagnement favorable à une insertion durable. Ce choix peut paraître élitiste, mais il limite la production massive de diplômés précaires. En France l’accès est plus large, mais la sortie se fait souvent dans l’isolement et l’instabilité.
Les pays asiatiques, plus pragmatiques, conjuguent enseignements artistiques et industries culturelles, ils considèrent la création comme une compétence productive. Cette orientation réduit la liberté, mais elle garantit une utilité sociale identifiable. En France, au contraire, l’art enseigné demeure souvent déconnecté de toute demande économique, renforçant le sentiment d’un art subventionné pour lui-même.

Les Beaux-Arts en France ne sont ni des centres de formation professionnelle, ni des laboratoires clairement assumés de recherche artistique.
Dès lors, deux options cohérentes se présentent.
- Soit la France engage la refondation radicale de ses écoles d’art, déjà en réduisant leur nombre, ensuite en clarifiant leurs missions et en assumant des critères techniques et de savoir-faire exigeants.
- Soit leur suppression progressive devient une hypothèse complétement légitime en ces temps de budget contraint.
Continuer à financer un système qui produit structurellement de la précarité, tout en invoquant la liberté artistique comme justificatif moral, relève moins de la défense de la culture que d’un aveuglement institutionnel.


*  *  *

Quel avenir pour le FNAC, le Fonds National d'Art Contemporain et de son gestionnaire le Centre national des arts plastiques, le CNAP ?

Le FNAC possède une collection publique d’art contemporain qui rassemble les arts plastiques, la photographie, le design, etc., depuis la fin du XVIIIᵉ siècle à aujourd'hui. Il n’a pas de lieu d’exposition permanent mais l'institution prête en principe ses œuvres à des musées ou à d'autres lieux culturels. Ce Fonds représente une partie historique mais également vivante de la création française. Son avenir dépendra des choix politiques et culturels entre patrimoine national et stratégies d’ouverture, c'est-à-dire une ouverture plurielle et non orientée, entre conservation patrimoniale et diffusion auprès du public.

La gestion du Fonds est confiée au Centre national des arts plastiques, un établissement public sous tutelle du ministère de la Culture.
À l’automne 2025, la Cour des comptes a rendu un rapport très critique sur le CNAP, jugeant son modèle non viable et son efficacité insuffisante. Son action est considérée comme excessivement tournée vers la conservation, au détriment de la diffusion des œuvres, avec des acquisitions trop orientées au préjudice d'une réelle diversité.
Une grande partie de la collection reste en réserve et n’est que rarement présentée, ce qui diminue sa visibilité. Les coûts de conservation restent élevés, la centralisation excessive et, surtout, l’impact sur le public demeure très faible.
Les frais d’un déménagement à Pantin, prévu en 2027, sont par ailleurs jugés excessifs par rapport aux finances du pays, alors que la gestion des collections pourrait parfaitement être répartie entre des institutions culturelles déjà existantes.

Que se passe-t-il ailleurs au niveau des collections contemporaines ?

Au Royaume-Uni la collection est un service public actif avec une diffusion prioritaire. La collection est quasi exclusivement en circulation dans les musées locaux, les universités, les hôpitaux, les administrations.
La visibilité des artistes vivants est forte et l'art se trouve le plus possible intégré à la vie quotidienne.
En Allemagne, on peut parler d'un fédéralisme culturel et de co-responsabilité avec des collections publiques décentralisées, et d'un fort rôle des Kunstvereine (associations d’art).
Au Canada, la médiation territoriale mise en place se compose surtout d’artistes vivants. Les oeuvres sont, dans la mesure du possible, louées à des institutions, des ambassades, des universités, souvent avec des accompagnements pédagogiques.
Aux États-Unis la diffusion s'effectue par partenariats avec un rôle majeur joué par des fondations, des universités, des musées privés à mission publique.

lundi 24 novembre 2025

Le départ de Rachida Dati

Avec le départ programmé de Rachida Dati, début 2026, le moment opportun s'offre pour l'Etat de faire de sérieuses économies.
Il s'agit, ni plus ni moins, de passer d'un coûteux et peu démocratique ministère de la culture à un simple secrétariat d'état. Aujourd'hui, seulement une poignée d'"artistes", tout domaine confondu, peut prétendre bénéficier d'une aide ministérielle.

Quelques données
Effectifs du ministère de la Culture
Selon les chiffres du ministère, en 2024 il y avait environ 7 400 agents directement employés dans l’administration centrale du ministère.
Selon un rapport du Sénat, en 2023 le ministère de la Culture rémunère 28 485 emplois, équivalents temps plein, dont :
8 969 emplois, personnels directement rémunérés par l’État.
19 526 emplois via les opérateurs ou agences, qui sont des structures subventionnées ou créées par le ministère.
Le rapport du Sénat souligne que le ministère de la Culture est caractérisé par un réseau d’opérateurs considérable.
Les crédits dédiés aux fonctions de soutien du ministère, autrement dit la masse salariale liée au fonctionnement du ministère augmente toujours.
Pour le Rapport Social Unique 2023, le ministère compte 28 485 agents, dont 80 % travaillent dans des établissements publics (opérateurs comme les Musées), et environ 5 % en administration centrale.
Le gouvernement veut réduire le nombre de fonctionnaires pour faire des économies, ce qui laisse entendre qu’il estime certains effectifs excessifs. L’administration d’État ne cesse pourtant de grossir et des voix critiquent un manque de lien clair entre les agents et un service public rendu aux citoyens ou, en l'occurrence ici, aux créateurs.


Comment réduire les dépenses publiques, le poids administratif, les lenteurs et procédures complexes, les surcouches réglementaires ?

Le ministère de la Culture en France coûte plusieurs milliards d’euros par an. Pour les partisans d’un État plus léger, la culture ne devrait pas être financée à un tel niveau par l’argent public.
Par ailleurs ce ministère développe inévitablement une “culture officielle”, avec un entre-soi culturel piloté par une pléiade de fonctionnaires, quelques galeries accompagnées par une poignée de personnes autorisées qui ne favorisent finalement que certains milieux.
L’État, en finançant des projets plutôt que d’autres, oriente indirectement la création et influence ce qui est valorisé.
L'état en accordant davantage de place au patrimoine monumental, toujours vecteur de Tourisme culturel puissant, en encourageant le mécénat et les industries culturelles pourraient se dégager des missions actuellement publiques.

Réformer ou supprimer le ministère de la Culture ?
En France, le modèle est excessivement étatisé, avec un budget conséquent : l’État finance le patrimoine, les arts vivants, le cinéma, les musées nationaux...
En Allemagne le modèle reste décentralisé, pas de ministère de la culture au niveau fédéral pendant longtemps, un secrétariat d’État seulement depuis 1998. Les Länder (régions) ont la quasi-totalité des compétences : musées, théâtres, patrimoine. Les budgets culturels régionaux sont souvent plus élevés que ceux de l’État fédéral, la culture est d’abord territoriale, proche des citoyens.
Au Royaume-Uni, le rôle de l’État est limité, beaucoup de financements passent par des organismes indépendants comme l’Arts Council England. Le système repose sur un mécénat privé, sur une billetterie et des revenus propres aux institutions. Les subventions publiques sont plus faibles qu’en France. La vision demeure libérale : l’État soutient, mais le marché et les mécènes jouent un rôle majeur.
Aux États-Unis : très faible intervention fédérale, pas de ministère de la Culture, la culture relève principalement de l’initiative privée et communautaire. Agences fédérales modestes (NEA, NEH), le secteur culturel repose sur le mécénat privé avec les déductions fiscales qui en découlent, sur des fondations, des universités, sur le financement local des villes ou des États.

mercredi 19 novembre 2025

Feu le Centre d'art de Pougues et l'école d'art de Valenciennes

Que penser des écoles des beaux-arts en France ?

La France compte 12 écoles nationales supérieures d’art (ENSA), dont l' École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (ENSBA), fondée en 1648.
À côté de ces ENSA, on trouve environ 34 écoles supérieures d’art et de design (ESAD) territoriales publiques.
En tout, on recense près de 84 établissements d’art en France, couvrant des disciplines allant des beaux-arts traditionnels à la création numérique.

Les principales critiques
Sous-financement et fermetures : plusieurs écoles sont menacées par des coupes budgétaires. L’ESAD de Valenciennes a par exemple annoncé sa fermeture définitive en 2025, et d’autres établissements publics craignent le même sort.
Inégalités territoriales : les grandes écoles parisiennes (ENSBA, ENSAD) bénéficient d’une visibilité et de ressources supérieures, tandis que les écoles régionales peinent à maintenir leurs activités.
Débouchés incertains : Le marché de l’art reste précaire. Beaucoup d'étudiants doivent compléter leur parcours par des expériences professionnelles ou se tourner vers l’enseignement, la médiation culturelle ou le design.
Tensions pédagogiques : certains reprochent aux écoles de rester trop centrées sur l’expérimentation libre, sans assez de formation technique ou professionnelle. D’autres estiment au contraire que la liberté créative est leur force, mais qu’elle n’est pas suffisamment accompagnée par un soutien à l’insertion professionnelle.
Manque de reconnaissance institutionnelle : les écoles d’art sont souvent considérées comme marginales dans l’enseignement supérieur, ce qui fragilise leur position face aux universités ou aux écoles privées.

Les débats actuels
Les Assises nationales des écoles d’art et de design de Marseille, début novembre 2025 (1), ont mis en lumière les enjeux : égalité des chances, conditions d’enseignement, et avenir de la création artistique dans un contexte de crise.
La ministre de la Culture a évoqué la possibilité de fermer certaines écoles jugées « en situation de crise », ce qui a provoqué un choc dans le milieu.
Les directeurs et enseignants insistent sur la nécessité de repenser l’enseignement artistique à l’horizon 2050, en intégrant davantage les enjeux numériques, écologiques - on se demande bien le pourquoi de l'écologie - et sociaux.
En résumé
Les écoles des beaux-arts en France restent des lieux de création et de liberté artistique, mais elles souffrent de fragilités structurelles : financement insuffisant, manque de reconnaissance académique, et insertion professionnelle difficile. Leur avenir dépendra de leur capacité à se réinventer et à mieux articuler expérimentation artistique et réalités socio-économiques.

1/ Communiqué de presse – Assises nationales des écoles d’art et de design 2025 à Marseille
L'ANdÉA réaffirme la force, la responsabilité et les valeurs du service public de la création.
Plus qu’une conférence, plus qu’un état des lieux, Demain l’école d’art : horizon 2050 est une déclaration d’urgence, une invitation à la mobilisation de l’intelligence collective.

Les Assises nationales des écoles d’art et de design 2025, organisées à Marseille par l’ANdÉA (Association nationale des écoles supérieures d’art et design publiques) en partenariat avec l’ANÉAT (Association nationales des écoles d’art territoriales de pratiques amateurs) et l’APPÉA (Association nationale des prépas publiques aux écoles supérieures d’art), représentant l’ensemble de la filière de l’enseignement artistique, ont réuni pendant trois jours plus de 500 participant·es : étudiant·es, enseignant·es, technicien·es, directeurs et directrices, personnels administratifs, bibliothécaires, artistes, chercheur·euses, élu·es, partenaires institutionnels et représentant·es des ministères.
Ces rencontres ont été l’occasion d’un dialogue riche, passionné, intense, parfois vif, avec le souci de la justesse et de la lucidité, toujours au service d’une pensée pour l’avenir du service public de l’enseignement artistique. Les nombreuses voix qui composent nos écoles s’y sont exprimées, illustrant la vitalité, la pluralité et la force critique d’un réseau profondément attaché à ses missions d’intérêt général. Les échanges ont réaffirmé avec force que les écoles d’art et de design sont des espaces irremplaçables de liberté d’expression, de création et de pensée critique sur l’ensemble du territoire. Dans un monde où ces libertés sont attaquées, parfois violemment remises en cause, il est plus que jamais nécessaire de préserver et défendre ces lieux d’expérimentation et de transmission, au cœur de la vie démocratique et culturelle.

L’ANdÉA appelle à un engagement des tutelles pour garantir des moyens à la hauteur des missions de ces établissements, dont la fragilisation économique met en péril la pérennité et la qualité du service public de la création.
L’événement a été profondément bouleversé par la diffusion d’une liste anonyme circulant sur les réseaux sociaux, dans le sillage d’Art Basel Paris, visant plusieurs personnalités du monde de l’art et des écoles. Ce contexte a abouti à l’annulation d’une table ronde. Cette situation a suscité une vive émotion parmi les participant·es et a soulevé la nécessité de la liberté du débat démocratique, sur des sujets de première importance pour les étudiant·es comme pour l’ensemble de la communauté des écoles d’art, dans le respect des personnes et de leurs diversités.
L’ANdÉA condamne avec la plus grande fermeté toutes les formes de violences et de discriminations, et reconnaît leur caractère structurel au sein du monde de l’art et de l’enseignement, comme dans la société tout entière. Ces violences exigent des réponses collectives, durables et responsables, fondées sur l’écoute, la formation, la prévention et la justice.
L’ANdÉA réaffirme son engagement à lutter sans relâche contre les violences sexistes, sexuelles et morales, à soutenir les victimes, à mettre en œuvre des dispositifs légaux et respectueux des personnes concernées et à refuser toute démarche qui s’apparenterait à un tribunal parallèle. L’ANdEA entend les colères tout en travaillant à garantir des règles communes, gages d’un sérieux plus que jamais nécessaire ; elle appelle les tutelles à un travail urgent et efficient pour que les écoles de l’enseignement supérieur Culture soient dotées d’accompagnements et d’outils structurels et financés.
La parole étudiante s’est exprimée avec force et engagement militant. Certain·es ont fait part de leur déception de ne pas avoir eu suffisamment d’espace dans les discussions et les assemblées. L’ANdÉA entend cette critique et en prend acte.
Nous comprenons et affirmons la nécessité de repenser, dès à présent, les formes de participation étudiante au sein de notre association. L’avenir du service public de la création ne peut se construire sans la voix de celles et ceux qui y apprennent, y vivent et y expérimentent.

Après la fermeture de trois écoles supérieures d’art, à Rueil-Malmaison en 2011, à Perpignan en 2016 et à Valenciennes en juin 2025, il faut sans tarder protéger un modèle fragilisé et rappeler la contribution essentielle de la création au bien commun.
Ouvrir la réflexion sur l’avenir de la création
Pour Ulrika Byttner, co-présidente de l’Andéa et directrice de l’École supérieure d’art et design Le Havre-Rouen, ces Assises marquent un tournant. « Nous voulons réfléchir à l’initiation artistique dès l’enfance et à la formation tout au long de la vie », explique-t-elle lors d’une conférence de presse donnée mi-octobre.
Une vingtaine de tables rondes rythment les débats, autour de grands thèmes : enseignement de la création, égalité des chances, conditions de travail des artistes et des designers. L’objectif est clair : bâtir une politique durable pour l’enseignement public de l’art et du design à l’horizon 2050, dix ans après les précédentes Assises organisées à Lyon en 2015.

Un contexte tendu pour les écoles d’art publiques
Ces discussions interviennent alors que le climat reste préoccupant. En juin 2025, l’École supérieure d’art et de design de Valenciennes — institution bicentenaire — a dû fermer, faute de financement. Deux autres écoles avaient déjà disparu à Rueil-Malmaison et à Perpignan, respectivement en 2011 et 2016.
« L’intérêt des jeunes pour nos formations explose, mais nos capacités d’accueil stagnent », note Ulrika Byttner. Les écoles doivent faire face à une hausse massive des candidatures sans moyens supplémentaires. Dans le même temps, l’enseignement privé gagne du terrain, rendant encore plus urgente la défense d’un service public de qualité.
Une filière en quête de stabilité et de reconnaissance
Bernhard Rudiger, vice-président de l’Andéa et professeur aux Beaux-arts de Lyon, souligne « un besoin croissant dans la société, notamment pour des cours du soir et des formations accessibles ». Mais l’équilibre financier des écoles reste fragile.
L’Andéa, qui regroupe environ 12 000 étudiants, veut clarifier les relations entre l’État et les collectivités, souvent sources de tensions budgétaires. Parmi les enjeux : garantir l’égalité des chances dans un système où certaines écoles accueillent jusqu’à 70 % de boursiers, et anticiper le vieillissement du corps enseignant.
Un signal d’alarme pour l’enseignement artistique
Les organisateurs des Assises appellent à définir un schéma directeur ambitieux et partagé, capable de dépasser les blocages actuels : diversité des statuts, sous-financement, absence de cadre national et inégalités de traitement.
Ces quatre journées marseillaises sonnent comme un avertissement pour une filière trop souvent sous-estimée. « Nos écoles des Beaux-arts ne peuvent plus couvrir leurs dépenses. Nous faisons face à une situation critique », conclut Bernhard Rudiger. Le défi : garantir la survie et la reconnaissance d’un enseignement essentiel à la vitalité culturelle du pays.

 Publié par education-programme 21 Mars 2025 à 05:01 AM

Les élèves de la Villa Arson accrochent leurs oeuvres

Les élèves de la Villa Arson accrochent leurs oeuvres


« Les projets d’enseignement sont conçus en partenariat avec de nombreuses structures publiques et privées – musées, centres d’art, festivals, scènes nationales, théâtres, fondations...
En plus de l’accès aux ateliers de production et d’expérimentation et aux galeries d’essais, la Villa Arson (une école d'art) offre à ses étudiants la possibilité de connaître toutes les modalités de la vie de l’œuvre d’art : de sa conception à sa production, des méthodes et des techniques de son exposition jusqu’à sa diffusion et à sa médiation. L’étudiant a ainsi un premier contact avec les autres métiers liés à la création artistique : le commissariat d’exposition, la régie et la production, la médiation culturelle, etc.
Aujourd’hui, l’établissement met en place plusieurs dispositifs d’accompagnement de l’étudiant vers l’après-diplôme, dont un workshop en régie et installation d’expositions, un programme de rencontres sur les aspects administratifs du quotidien de chaque artiste ou encore une exposition spécifiquement dédiée aux diplômés de la Villa Arson. »

Comme on le voit ici, les Ecoles des Beaux-Arts publiques en France sont un outil essentiel de perpétuation du grand délire de l’art « contemporain » d’Etat, qui relève plus de la psychiatries que de l’art ou de la culture.
Ces écoles ont un très très gros problème existentiel.
En effet, les collectivités locales qui les subventionnent à 81 % n’ont pas leur mot à dire… Ceci n’étant qu’une des moindres absurdités caractérisant ces établissements toxiques pour notre belle jeunesse et coutant très cher en argent public.

Quant à la « préparation au monde du travail » parlons -en ! C’est encore dans l’ordre du délirant déni de réalité. Car on sait bien que la plupart des diplômés ont plus de chance d’être caissier de super-marché, qu’artiste professionnel, après une période d’assistanat où l’appareil institutionnel les trimbale de résidences en résidences, entrecoupée d’expos en galeries municipales subventionnées, de Centres d'art, sans autre public que celui de l’entresoi cultureux local.

Nicole Esterolle


C'est l'un des objectifs fondamentaux de l'enseignement à l'école de Beaux-arts de Nice, dite Villa Arson C'est exactement ce qu'on voit sur l'image jointe au communiqué de presse intitulé " V...

La réouverture après travaux du Centre Pompidou, prévue dans cinq ans, coïncidera à n'en pas douter à de grands changements concernant le petit monde de l'art contemporain.
Déjà, avec de nouvelles autant que nécessaires orientations budgétaires, sans parler d'une mentalité et des appréciations forcément différentes après 50 ans d'un véritable diktat d'art dit contemporain ; rien n'est définitivement acquis, heureusement...
Après l'Opéra, la Comédie Française, c'est aujourd'hui le tour des radios et télévisions d'Etat de voir leur enveloppe très sensiblement diminuer. D'ailleurs France Info a débuté hier matin un mouvement de grève.
Quant aux débouchés professionnels des étudiants en art, effectivement, n'en parlons pas ! Les Frac n'achèteront plus et certains même, profitant des départs en retraites des fonctionnaires dédiés, fermeront. Idem pour les Centres d'art et la fermeture de celui de Pougues-les-Eaux ne constituera plus une exception.
De : Nicole Esterolle <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé : vendredi 21 mars 2025 10:51
À : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Objet : Feu-le-centre-d-art-de-pougues.html

Bonjour Marc
pourriez-vous faire un texte sur la décrépitude des FRAC, leur disparition proche, faute d'argent de l'Etat, de public, de crédibilité, etc
Amicalement
Pierre Souchaud

Bonjour Pierre,
Je vous renvoie à quelques extraits de mon texte de 1996 : pages 5 à 19 et à l'avis de P. Giry-Laterrière, Chef de Cabinet de J. Toubon, ministre de la Culture à l'époque.

https://web.archive.org/web/20220208150514/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant5.htm

https://web.archive.org/web/20220208150530/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant6.htm

https://web.archive.org/web/20220208150532/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant13.htm

https://web.archive.org/web/20231002150621fw_/https://verat.pagesperso-orange.fr/polemic.htm

CERTAINES INSTITUTIONS ONT- ELLES ENCORE UN AVENIR ?

"Ces fonds régionaux d’Art Contemporain, créés à partir de 1982, pour suivre la décentralisation mise en place par le gouvernement, vont se trouver inéluctablement confrontés aux problèmes d’espace, d’achat et de conservation des oeuvres (1).
Conformément à leurs statuts, ces institutions publiques ont acquis des oeuvres représentatives des courants significatifs, ou du moins considérés comme tels, de l’Art Contemporain. Ainsi, les collections comportent une part très importante d’oeuvres minimalistes et conceptuelles ou inscrites dans la postérité de ces tendances, avec une peinture figurative remarquablement et systématiquement absente.
Très souvent ces recherches conceptuelles, concrétisées par des « installations », affectionnent les compositions à base de matériaux et objets de récupération et elles n’ont guère de soucis quant à leur durabilité puisqu’elles peuvent être constituées de papier, de végétaux, de chiffons (2)...
En outre, on observe que certaines présentent l’inconvénient d’être à la fois encombrantes et d’une manipulation délicate. Le transfert de ces créations se trouve en conséquence malaisé et le volume non négligeable qu’elles occupent rend les espaces d’expositions et de réserves, mis à la disposition par les Régions, déjà proche de la saturation.

Ces constatations appellent plusieurs remarques en contradiction avec les deux objectifs fondamentaux fixés par le Ministère de la Culture pour les FRAC, à savoir : l’acquisition et la diffusion des oeuvres auprès du grand public ?
- L’acquisition des oeuvres, faute de moyens et d’espaces se raréfie. Il faut gérer la collection, les directeurs devenant de fait des conservateurs. L’essentiel du budget étant désormais réservé au fonctionnement.
- La diffusion dans différents lieux, par la nature même des oeuvres, est coûteuse, souvent compliquée, et surtout ne touche qu’un public pour le moins restreint.
- La conservation s’avère aléatoire, ce qui paraît ennuyeux lorsque l'on a pour ambition de constituer un patrimoine.

Les fonds régionaux sont gérés par des associations loi 1901 dont les buts (acquisition-diffusion) s’avèrent donc de plus en plus difficiles à respecter. Aussi, se trouvant à terme dans l’incapacité d’atteindre leurs objectifs, il semble nécessaire et logique d’envisager la dissolution pure et simple de ces associations et par voie de conséquence de prévoir la disparition des FRAC."

Aujourd'hui en 2025, avec de nouvelles autant que nécessaires orientations budgétaires nationales, sans parler d'une mentalité et des appréciations forcément différentes après 50 ans d'un véritable diktat d'art dit contemporain, l'Opéra, la Comédie Française, les radios et télévisions d'Etat voient leur enveloppe octroyée directement par le ministère de la Culture très sensiblement diminuer. Et ce n'est semble-t-il qu'un début !
Au niveau régional, pour cause aussi de budget contraint, c'est désormais le tour des Frac qui n'achètent plus et certains même, profitant des départs en retraites des fonctionnaires dédiés, fermeront. Idem pour les Centres d'art et la fermeture de celui de Pougues-les-Eaux en 2021 ne constituera plus une exception.

Relevé sur le site du ministère :

Depuis 2017 les Frac bénéficient d’un label du ministère de la Culture qui vient couronner des années d’engagement artistique et professionnel au service de l’intérêt général.
L'intérêt général, parlons-en ! Avec 99 % des créateurs exclus.

Les plus de 600 expositions qu’ils organisent par an sur l’ensemble du territoire sont un facteur décisif de la démocratisation culturelle.
La démocratie culturelle, ou autre, n'est qu'un leurre et cette publication officielle, aussi prétentieuse que mensongère sur les FRAC en représente, hélas, un accablant reflet.

Les Frac échangent avec tous les acteurs de l’art contemporain afin de préserver les différences de regards et de points de vue.
La peinture, notamment figurative, s'en trouve pourtant remarquablement et systématiquement absente.

Chaque Région française dispose d’une ou plusieurs collections d’art contemporain remarquables, qui contribuent à son rayonnement national et international.
Un rayonnement bien pâle après cinquante ans de subventions, et qui ne fait que suivre une tendance ou une mode venue, comme souvent, des Etats-Unis.

Les Frac ont accueilli dans toute la France plus de 1,5 million de visiteurs.
Il est pourtant de notoriété publique que ces lieux n'ont jamais eu de public.

Pour conclure :
Comment peut-on publier sur un site institutionnel de tels mensonges ?
Il est temps de mettre un terme à l'aberration des Frac, déjà par économie et justice républicaine, tout en profitant de l'occasion des départs en retraites des fonctionnaires dédiés.

lundi 20 octobre 2025

Par économie, faudrait-il supprimer le ministère de la culture ou plutôt le réformer ?

 Le Ministère de la Culture

Vers une suppression du ministère de la culture

Quel sort pour la culture ?

Le budget du ministère de la Culture en 2026 devrait être de 3,7 milliards d'euros, ce qui correspond à une coupe de près de 300 millions par rapport au budget 2025 situé aux alentours de 4 milliards, ce qui correspond à une perte de 7%.
Selon le PLF 2026, le ministère de la Culture disposerait exactement de 3.736.487.969 € d'autorisations d'engagement, pour 3.747.857.177 € de crédits de paiement. La baisse est sensible, par rapport à la loi de finances pour 2025, qui prévoyait respectivement 4.028.739.645 € et 3.918.028.319.
Le budget de la rue de Valois serait donc considérablement revu à la baisse, une tendance que la loi de finances rectificative suivra sans doute. Le programme Patrimoines passe de 1,2 milliard € en 2025 à 1,04 milliard € en 2026, et celui dédié à la Transmission des savoirs et démocratisation de la culture de 810 millions € à 737 millions €.

Des opérateurs mis à contribution !
Si l'on considère le budget du ministère et celui de ses opérateurs, le total s'élève à 4,9 milliards €, à savoir : 3,6 milliards € pour le premier et 1,2 milliard € pour les seconds. La rue de Valois participe à l'effort financier avec une baisse de 300 millions, mais ses opérateurs ne sont pas pour autant oubliés.
Les moyens alloués auxdits opérateurs ou agences s'élèvent précisément à 1.288.436.222 €, un recul important par rapport aux 1.391.470.554 € de la loi de finances 2025. Les subventions pour charges d'investissement connaissent aussi une importante baisse, passant de 283 millions € à 153 millions €.

Les économies du gouvernement Lecornu vont bien entendu toucher les travailleurs de la culture, celles-ci présagent d'ailleurs la suppression de plus de 200 postes en équivalent temps plein, uniquement pour les taches ministérielles.
A noter, du ministère aux collectivités en passant par les Directions régionales des affaires culturelles, les financements sont à la baisse au contraire de ceux des armées, prévus singulièrement en hausse, pour cause de menace russe ?
Le Ministère de la culture est loin d’être le seul contributeur au fonctionnement de la culture en France : en 2019, sur les 17 milliards d’euros du budget de l’État alloué à la culture, seuls 3,6 milliards provenaient du Ministère. D’autres institutions, notamment l’Education et l’Enseignement Supérieur, mais aussi les collectivités locales contribuent grandement au financement de la création et production culturelles.
Les demandes d’économies adressées aux régions et aux collectivités territoriales, à hauteur de 4,6 milliards d’euros, devraient donc également conduire à une réduction massive des fonds alloués aux projets culturels, et des milliers d’emplois titulaires comme intermittents, seront immanquablement menacés. 

par éducation-programme

Financées à la fois par les contribuables, par les dotations de l'État et au besoin par l'endettement, il paraît d'actualité de s'interroger sur les dépenses des Régions et, plus généralement, sur le budget de l'État.
Faire des économies reste un exercice d’équilibre : il faut réduire les dépenses sans nuire à la croissance, à la cohésion sociale ni aux missions régaliennes.

Réduction des dépenses de fonctionnement de l’État selon chatGPT

Modernisation administrative
Numérisation accrue des services publics : dématérialiser davantage les démarches (fiscalité, justice, santé). Économie estimée : plusieurs milliards d’euros sur 5 ans.
Rationalisation des structures : fusion d’agences, réduction des doublons entre État et collectivités.
Revue des effectifs administratifs : remplacement partiel des départs à la retraite.

Achats publics
Mutualisation des achats entre ministères et collectivités.
Renégociation des contrats de prestations (informatique, communication, énergie).

Maîtrise de la masse salariale publique
Gel partiel du point d’indice (hors bas salaires et métiers en tension).
Encourager la mobilité interne pour limiter les recrutements externes.
Réduction des primes et indemnités redondantes.

Réformes structurelles
Ciblage des aides : réduire les aides non conditionnées aux revenus.
Lutte contre la fraude sociale et fiscale (plus de contrôles automatisés grâce à la data).
Encourager le travail des seniors pour réduire la charge des retraites.

Santé
Lutter contre les actes redondants, développement de la télémédecine.
Réorganisation hospitalière : mutualisation des achats, spécialisation par établissement.

Transition écologique
Suppression progressive des subventions aux énergies fossiles.
Conditionner les aides vertes à des objectifs mesurables de décarbonation.

Recettes complémentaires, sans hausse générale d’impôts
Lutte renforcée contre la fraude fiscale internationale.
Ciblage des niches fiscales.
Valorisation du patrimoine public, cession ou mise en location d’actifs non stratégiques.
Budgets de performance : chaque ministère doit prouver l’efficacité de ses programmes.
Audit annuel indépendant des politiques publiques.

*  *  *
Par économie, faut-il aussi supprimer le ministère de la culture ?
Un secrétariat d’État peut être perçu comme plus léger qu’un ministère, avec moins de niveaux hiérarchiques et moins de personnels, il pourrait aussi être intégré dans un grand ministère, comme par le passé à l’Éducation.

Le budget de la France se compose de trois pôles dont la nécessité de l'endettement oblige désormais des réformes :
Le budget de l’État, Projet de loi de finances (PLF)
Le budget des collectivités territoriales et des intercommunalités

Le projet de loi de finances 2026 prévoit de ramener le déficit public à 4,7 % du PIB en 2026 et à moins de 3 % en 2029 ?
Il prévoit de réduire les dépenses des ministères et de ses nombreux opérateurs, comme le CNRS, tout en allouant des moyens supplémentaires aux politiques prioritaires, à savoir : plus de 10 milliards d'euros pour la défense, avec également 6,7 milliards d’euros consacrés au réarmement. Sans pour autant naturellement oublier la transition écologique, l’éducation, la justice, la sécurité et la charge de la dette.
Ce projet propose que l’effort de réduction des dépenses de l’État porte sur un recentrage de certaines aides aux entreprises, un meilleur ciblage sur le champ de l’emploi, un contrôle de la masse salariale de l’État, un réexamen des projets d’investissement et une réflexion sur l’action de l’État et de ses opérateurs. Les collectivités territoriales seraient associées aux efforts de réduction du déficit public.

Du côté des recettes, le projet de loi de finances pense augmenter la fiscalité à hauteur de 6,5 milliards d’euros sur certains contribuables, avec la création d’une taxe sur le patrimoine financier, la prolongation de la contribution sur les hauts revenus. Ces mesures seraient complétées par la rationalisation des niches fiscales, le gel - peut-être - du barème de l’impôt sur le revenu et de la CSG...
Afin de garantir la pérennité du modèle social, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) vise à ramener le déficit à 17,5 milliards d’euros en 2026 avec un objectif de retour à l’équilibre en 2029. Cet effort devrait porter sur la branche vieillesse et la branche maladie avec une moindre revalorisation des prestations sociales et des pensions de retraite ?

Selon le projet de loi de finances 2026, la mission « Culture » se voit allouer environ 3,54 milliards d’euros, hors charges des personnels .
Le ministère de la Culture finance directement un large réseau d’établissements, C'est-à-dire ses opérateurs comme les musées, les monuments nationaux, opéras, théâtres, écoles d’art, conservatoires, etc. Il soutient également des politiques de diffusion, d’accès à la culture, d’éducation artistique, d’aide à la création et de soutien au patrimoine.
Si ce ministère entend bien contribuer à la maîtrise des dépenses, il devra réduire ou redéployer les crédits : le PLF 2026 prévoit en principe une baisse globale des crédits de la mission Culture par rapport à 2025.
Le ministère a la possibilité d'optimiser la gestion de ses établissements afin de réduire les coûts de fonctionnement, de regrouper des structures et des services, de mieux cibler les aides en fonction de l’impact culturel et social ou encore d'encourager le mécénat privé afin de ne pas reposer uniquement sur le budget de l’État.
Le PLF 2026 prévoit une baisse des crédits pour la culture ce qui signifie que le ministère n’aura plus la possibilité d’augmenter ses dépenses, mais plutôt et seulement de faire des arbitrages.
Certains programmes seront donc impactés, par exemple le soutien à la « transmission des savoirs et démocratisation de la culture » (accès jeunesse, éducation artistique, etc.) qui verra ses crédits réduits de manière significative.

Afin de jouer un rôle efficace dans le cadre du redressement budgétaire, tout en préservant l’essentiel de la politique culturelle, le ministère doit prioriser la mutualisation des moyens et surtout améliorer l’efficacité de son administration et de ses opérateurs, voire en en supprimant quelques-uns.
Le ministère de la Culture ne « finance » pas l’État : il dépense. Sa contribution à l’équilibre consiste donc à maîtriser, réduire ou optimiser ses propres dépenses, tout en cherchant éventuellement des sources de cofinancement.
L'institution peut néanmoins toujours réduire les dépenses énergétique de ses bâtiments, supprimer des dépenses de communication, rationaliser la gestion interne des services.
Les grandes institutions culturelles (musées, bibliothèques, opéras, théâtres nationaux…) représentent une part importante des dépenses publiques. Le ministère peut toutefois revoir certains modèles d’activité, mieux cibler les subventions en fonction de l’efficacité et la fréquentation, inciter à davantage d’autofinancement par la billetterie, les partenariats, le mécénat. Il peut revoir ces mécanismes de soutien en rendant les critères plus sélectifs et encourager le tourisme culturel.
Le parc immobilier du ministère reste conséquent, donc les charges ; fermer, vendre ou regrouper les sites sous-fréquentés doit être sérieusement envisagé.
Même si ce n’est pas leur cœur de métier, certains opérateurs peuvent augmenter leurs ressources par la diversification des offres et les locations d’espaces, notamment aux entreprises.

Par économie, faudrait-il supprimer le ministère de la culture ou plutôt le réformer ?
La question revient périodiquement dans le débat public.
Cette institution est régulièrement remise en cause. Certains estiment qu’elle est devenue inefficace, coûteuse, voire inutile à l’époque du numérique et des plateformes mondialisées.
Cependant le ministère de la Culture joue ou a joué un rôle dans la préservation du patrimoine en protégeant les monuments historiques, en soutenant les musées, les bibliothèques et, plus généralement, en veillant à la transmission d’un héritage collectif.
Néanmoins beaucoup jugent que ce ministère est devenu un appareil bureaucratique lourd et centralisé, parfois déconnecté du terrain, avec des moyens financiers absorbés par son fonctionnement plutôt que distribués aux artistes qui dénoncent des procédures longues, des subventions arbitraires et une gestion trop parisienne. D’autres accusent l’État de politiser la culture : selon eux, les subventions favorisent certains courants esthétiques ou idéologiques, au détriment de la liberté de création avec un marché qui s'en trouve par ailleurs faussé.

Confrontés aux difficultés pour équilibrer des budgets grevés par l’augmentation des charges, les Régions et l'État mesurent que les solutions ne pourront plus reposer uniquement sur l’accroissement des financements publics et qu’il convient donc de repenser en profondeur leurs projets, dans leur rapport aux territoires et modèles économiques.
Dans ces circonstances, la commission culture de Régions de France a souligné l’urgence à se mobiliser pour engager une large réflexion sur le devenir du secteur culturel en France, en s'interrogeant notamment sur la pertinence des modèles centralisés et normatifs du ministère, sur son respect des droits et des diversités des expressions. Les Régions souhaitent donc, à leur échelle, se saisir publiquement et nationalement du sujet qui sera présenté lors de leur prochain Congrès.


Depuis la création du ministère des Affaires culturelles en 1959, le déploiement des politiques culturelles a reposé, à partir des différentes lois de décentralisation, sur une supposée coopération entre État et collectivités.

Mi-juillet, le Sénat publiait une note affirmant que la refonte de ces organisations pourrait permettre de faire 540 millions d’euros d’économies sur quelques années. La commission d'enquête a constaté que les agences se sont développées hors de toute stratégie d'ensemble, formant un archipel aux frontières mal définies. Conséquence directe, les Régions et l'État se verront également contraints d’opérer des choix.

Aujourd'hui, 91 milliards d'euros sont distribués aux différents opérateurs ou agences de l’État.

Parmi les opérateurs à vocation culturelle certains, comme l'Opéra de Paris ou la Comédie française, ont déjà perdu respectivement 6 et 5 millions d'euros et le budget de la culture, après cinq années de hausse, se trouve réduit fin 2024 de 204 millions d'euros.
Mais d'autres économies, propre au Ministère de la Culture, comme sa mutation souhaitable en un Secrétariat d’État, chiffrées cette fois non plus en millions mais en milliards, ne seraient pas pour autant impopulaires.

Le Centre National des Arts Plastiques coûte toujours 11.2 M€ et l'Académie de France à Rome pas moins de 10.9 M€. Le fonctionnement de cette Académie a d'ailleurs déjà fait l'objet d'un rapport d'information au nom de la commission des finances du Sénat :
Une suppression de cette Académie, c’est-à-dire de la Villa Médicis, serait, non seulement logique mais également salutaire au budget. En effet, cette Institution uniquement prévue pour accueillir les lauréats des Prix de Rome perdure, alors que la distinction des Prix de Rome a été abandonnée depuis 1968.
La nomination de directeur de la Villa Médicis se fait par décret du chef de l’État, celle-ci offre des opportunités de reclassement, ce qui peut expliquer que même devenue depuis longtemps inutile et sans objet, la suppression de la Villa ne figure pas à l'ordre du jour, pas plus que sa vente ou sa restitution aux italiens.

En 2022, le budget global des 22 Frac s'élevait à plus de 36 millions d'euros... Ces Fonds Régionaux d’Art Contemporain, créés à partir de 1982, voient désormais leurs responsables proches de la retraite. C'est aussi le moment opportun de s'interroger sérieusement sur ces institutions, sur leur rayonnement et leur coût ? Comme semble réagir en ce sens l'association Régions de France.

Les FRAC, voulus par un gouvernement de gauche, entérinés par un gouvernement de droite, ont contribué non seulement au discrédit de la gauche mais également à la détérioration durable de l'image de l'Art. L'art s’est coupé de la base populaire et laborieuse en devenant l'affaire, comme jamais auparavant, d'une classe extrêmement minoritaire.
Ces Fonds Régionaux d’Art Contemporain se trouvent désormais confrontés aux problèmes d’achat et de conservation.
Conformément à leurs statuts, ces institutions publiques ont acquis des oeuvres représentatives des courants significatifs de l’Art Contemporain, ou du moins considérés comme tel, mais qui de fait excluent 99% des créateurs.
Les deux objectifs fondamentaux fixés par le Ministère de la Culture, à savoir : l’acquisition et la diffusion auprès du grand public ne sont et ne peuvent plus être respectés.
- Les acquisitions, faute d'argent se raréfient. Il faut gérer la collection, les directeurs devenant des conservateurs. L’essentiel du budget étant réservé au fonctionnement.
- La diffusion dans différents lieux, par la nature même des créations reste souvent compliquée, et surtout elle n'intéresse pas le public.
Faute de pouvoir atteindre les objectifs du Ministère, il semble logique d’envisager la dissolution pure et simple de ces associations et par voie de conséquence de prévoir la disparition de tous les FRAC.

Au niveau des Régions, sans parler d'une mentalité et des appréciations forcément différentes concernant l'art dit contemporain et pour cause de budget contraint, les Frac n'achètent ou n'achèteront plus. Plusieurs se verront même dans l'obligation de mettre à profit les départs en retraite de leurs fonctionnaires dédiés, pour fermer et mettre un terme définitif à cette malencontreuse et coûteuse expérimentation. Idem pour les Centres d'art et la fermeture de celui de Pougues-les-Eaux, dans la Nièvre, en 2021, ne devrait plus constituer une exception.

Bien entendu, toute décision ne serait pas sans conséquence pour des milliers de fonctionnaires réduits plus ou moins au reclassement, et pour les quelques collectionneurs spéculateurs ou les très rares artistes vivant de subvention ou de commande d’État. Mais à bien réfléchir, ces propositions de réforme ou suppression rétabliraient justice et équité sociale chez des artistes qui se trouvent, pour une énorme majorité, exclus des choix et des achats publics. Ces importants changements réhabiliteraient aussi et surtout l'impartialité du marché, avec les indispensables économies recherchées par la France.

*  *  *

Rapports transmis à Madame Rachida Dati sur l'avenir des Ecoles et Centres d'art

Monsieur Pierre Oudart a remis en novembre 2023 à la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, les conclusions de la mission qui lui avait été confiée au printemps 2023 sur la situation des 33 écoles supérieures d’arts territoriales. Ces conclusions seront également portées à l'appréciation de Madame Rachida DATI, la nouvelle ministre.

Sans proposition de réformes structurelles de fond et sans remise en cause de l’entre-soi institutionnel, le document remis fin 2023 ne propose pas de solution pédagogique, tout juste quelques méthodes qui visent à sortir les écoles d'art de leur "délaissement administratif" et de leur globale marginalisation.
Notons toutefois dans le texte de ce rapport quelques lueurs de bon sens "Il faut privilégier la diversification des formations, leur caractère modulaire, l'acquisition et la certification de savoir-faire - Il faut en finir avec ces diplômes qui cachent de plus en plus mal un nouvel académisme où des étudiantes et étudiants passent trois ou cinq ans avec pour objectif principal de produire "un chef d'œuvre" que l'on appellera "diplôme" et qui encombrera ensuite le garage des parents ou des grands-parents" ou bien le FRAC le plus proche !
Pour lire la suite :


De : SALAUN Georges <georges.salaun@culture.gouv.fr>
Envoyé : mercredi 7 février 2024 09:12
À : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Objet : RE: Avec les félicitations du jury
 

Bonjour monsieur,

J’ai transmis votre message à la conseillère en charge du sujet.

Bien cordialement.

 

Georges SALAÜN

Chef de cabinet

Cabinet de la ministre de la Culture

 

3 rue de Valois, 75001 PARIS

Tél. : 01 40 15 80 22

www.culture.gouv.fr

 

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A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement. Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.