UN ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ARTISTIQUE EN GRANDE FRAGILITÉ STRUCTURELLE
Art contemporain et contre-culture
lundi 2 février 2026
Rapport Pierre OUDART - Rima ABDUL MALAK
Depuis trois exercices, la Haute école des arts du Rhin (Hear), établissement public de coopération culturelle implanté à Mulhouse et à Strasbourg, rencontre des difficultés financières. Des difficultés liées aux baisses de subventions et à l’augmentation des charges, une situation que l’équipe dirigée par Stéphane Sauzedde, explique sans critiquer, estimant que c’est un sujet qui concerne ses financeurs : des collectivités publiques, elles-mêmes soumises à des baisses de dotations. cf/Elisa Meyer
La participation des collectivités s'établit de la manière suivante :
- Ville de Strasbourg : 5 460 000 €.
- Ville de Mulhouse : 1 830 200 €.
- Direction régionale des affaires culturelles (État) : 1 362 500 €.
La part des droits d'inscription étudiants représentent 649 000 €
Les fonds européens, quant à eux, s'élèvent à 126 700 €.
La Région Grand Est apporte son soutien à hauteur de 50 000 €.
La question des écoles d'arts en France revient dans le débat public, et la réponse porte sur une éventuelle suppression ou bien sur une nécessaire transformation ?
Les écoles d'arts sont majoritairement financées par l’État et les villes, le coût demeure élevé pour les collectivités et le retour sur investissement reste faible en termes d’emplois stables, avec une insertion professionnelle très aléatoire pour les nombreux élèves diplômés qui peinent à vivre de leur pratique artistique. Le modèle économique du champ artistique reste précaire et, plus ou moins, tributaire des relations et connaissances du milieu.
Réformer plutôt que supprimer ?
Faut-il supprimer les écoles des Beaux-Arts ? Sans aucun doute, si celles-ci refusent de se transformer en profondeur.
La disparition des écoles des Beaux-Arts peut paraître choquante tant elles bénéficient d’un capital symbolique et historique. Pourtant, dans leur forme actuelle, elles posent un problème démocratique, économique et culturel majeur. Maintenir ces institutions sans remise en question radicale revient à financer, avec de l’argent public, un système largement déconnecté des réalités sociales.
Tout d’abord, les écoles d'arts produisent une précarité structurelle. Elles forment chaque année des centaines d’étudiants à des carrières dont elles savent pertinemment qu’elles sont extrêmement limitées. La majorité des diplômés ne vivra jamais de son art, tout en ayant été encouragée à croire à une réussite fondée sur la vocation plutôt que sur la réalité économique. Cette situation pose un problème éthique : peut-on légitimement former à plein temps à des métiers sans débouchés réels ?
Ensuite, malgré leur image progressiste, les Beaux-Arts fonctionnent comme des espaces de reproduction sociale et culturelle. Le langage théorique, les codes esthétiques et les réseaux valorisés favorisent ceux qui disposent déjà d’une certaine liberté culturelle et économique. Loin de démocratiser l’art, ces écoles contribuent souvent à renforcer une forme d’élitisme déguisé, où la reconnaissance dépend davantage de l’adhésion à des normes implicites que de la créativité elle-même.
Par ailleurs, l’art qui y est promu est fréquemment coupé du public. En privilégiant des pratiques conceptuelles hermétiques, les Beaux-Arts participent à la rupture entre création contemporaine et société. L’argent public finance ainsi des œuvres et des discours qui ne s’adressent qu’à un cercle restreint de professionnels et d’institutions, alimentant la défiance envers l’art contemporain.
Dans un contexte de contraintes budgétaires, la question de la priorité des dépenses publiques ne peut être évacuée. Faut-il continuer à investir massivement dans des formations dont l’impact social reste très faible, alors que l’éducation, la santé, la sécurité avec, plus récemment, l'idée de réarmement, manquent de moyens ? La culture ne peut se soustraire indéfiniment à l’exigence de responsabilité collective.
Si les écoles d'arts demeurent incapables de se réformer en assumant une véritable transparence sur les débouchés, en s’ouvrant à des pratiques concrètes, socialement engagées, et en rompant avec leur entre-soi, leur suppression ne deviendrait plus improbable, mais sans doute politiquement incontournable. Défendre la création artistique ne signifie pas défendre toutes ses institutions sans esprit critique et envers et contre tous.
Les écoles des Beaux-Arts en France : un modèle isolé ?
Le débat sur l’avenir des écoles d'arts en France gagne à être éclairé en observant les modèles étrangers. On remarque que la France se distingue par un attachement à une formation artistique publique, gratuite ou peu coûteuse, mais également par une sérieuse difficulté à adapter ces formations aux réalités contemporaines.
En France, les écoles des Beaux-Arts sont majoritairement publiques, financées par l’État et les collectivités territoriales. Leur mission repose sur la liberté artistique, l’expérimentation et la recherche plastique. L’insertion professionnelle n’est pas prise en compte, son aspect financier jamais évoqué, ce qui explique les critiques récurrentes sur la précarité des diplômés.
Au Royaume-Uni et aux États-Unis, les écoles d’art sont souvent intégrées aux universités ou relèvent du secteur privé. Les frais d’inscription sont élevés, ce qui rend l’accès socialement plus sélectif. En contrepartie, ces formations mettent l’accent sur la professionnalisation, le développement de réseaux, la préparation au marché de l’art, du design ou de l’industrie connexe. Ce modèle favorise une insertion plus réaliste.
En Allemagne, en Suisse ou dans les pays nordiques, les académies d’art sont également publiques, mais sélectives par le nombre d’étudiants limité, et l’accompagnement individualisé est renforcé. L’objectif est de ne pas former trop d’artistes tout en leur offrant de meilleures conditions de travail et de reconnaissance.
Dans des pays comme la Corée du Sud ou le Japon, les écoles d’art sont souvent directement tournées vers l’industrie culturelle : design, animation, jeu vidéo. La création artistique est étroitement connectée aux débouchés économiques.
La France maintient un modèle ambigu, dont les effets sociaux et économiques sont de plus en plus contestables. La formation, jugée déconnectée des réalités du quotidien et c'est de notoriété publique, manque de compétences pratiques et techniques et entretient un entre-soi jugé illusoire et préjudiciable.
Dans les pays anglo-saxons, les écoles d’art fonctionnent selon une logique de marché. Le coût élevé des cours possède au moins le mérite de la clarté. Les institutions forment des professionnels destinés à intégrer des secteurs identifiés (marché de l’art, design, industries créatives). La France, à l’inverse, promet symboliquement une émancipation artistique sans fournir les moyens réels d’en vivre, transférant le risque de l’échec sur les individus plutôt que sur l’institution et ses nombreux fonctionnaires.
Le modèle allemand et nord-européen, quant à lui, assume une certaine sélectivité. Peu d’étudiants sont admis, mais ils bénéficient généralement d’un accompagnement favorable à une insertion durable. Ce choix peut paraître élitiste, mais il limite la production massive de diplômés précaires. En France l’accès est plus large, mais la sortie se fait souvent dans l’isolement et l’instabilité.
Les pays asiatiques, plus pragmatiques, conjuguent enseignements artistiques et industries culturelles, ils considèrent la création comme une compétence productive. Cette orientation réduit la liberté, mais elle garantit une utilité sociale identifiable. En France, au contraire, l’art enseigné demeure souvent déconnecté de toute demande économique, renforçant le sentiment d’un art subventionné pour lui-même.
Les Beaux-Arts en France ne sont ni des centres de formation professionnelle, ni des laboratoires clairement assumés de recherche ou découverte artistique.
Dès lors, deux options cohérentes se présentent.
- Soit la France engage la refondation radicale de ses écoles d’art, déjà en réduisant leur nombre, ensuite en clarifiant leurs missions et en assumant des critères techniques et de savoir-faire exigeants.
- Soit leur suppression progressive devient une hypothèse complétement légitime en ces temps de budget contraint.
Continuer à financer un système qui produit structurellement de la précarité, tout en invoquant la liberté artistique comme justificatif moral, relève moins de la défense de la culture que d’un aveuglement institutionnel.
On savait que l’art « contemporain » était, par nature, rebelle, insoumis, provocateur, cruellement subversif, casseur des codes bourgeois, tortionnaire du sens commun...
On savait que ces vertus lui conféraient modernité, internationalité et subventionnabilité...
dimanche 25 janvier 2026
CATTELAN AU CENTRE POMPIDOU-METZ : ULTIME IGNOMINIE
"À Rouen comme dans la plupart des capitales régionales on assiste donc à la collusion entre les autorités culturelles municipales et les nationales pour exclure et invisibiliser 95 % des créateurs indépendants actuels au profit de ceux qui sortent des tuyaux de l’appareil d’état."
"Ainsi donc, le Ministère de la Culture permet-il le détournement de la collection du Centre Pompidou en travaux, avec l'exposition pendant deux ans au Centre du même nom de Metz de Maurizio Cattelan et l’utilisation d’une somme considérable d’argent public, pour la réalisation de cette ahurissant étalage intitulé « Dimanche sans fin ». On verra une quarantaine d'extravagances les plus emblématiques de la star du financial-art Maurizio Cattelan soi-disant dialoguer avec plus de quatre cents œuvres issues de la collection du Musée."
Réformer ou supprimer !
Un nouveau rôle de l’État pour la culture. La question du ministère de la Culture est structurelle, celui-ci doit évoluer ou bien disparaître.
Avec le départ de Rachida Dati, devrait-on saisir cette opportunité pour transformer un ministère de plein exercice en un simple Secrétariat ?
Repenser ses missions, son périmètre et sa manière d’agir demeure un débat semble-t-il plus que jamais légitime ; le remplacer par un secrétariat, ou par une fusion comme par le passé avec le ministère de l'éducation, ou encore le transformer en agence nationale de la culture, restent des pistes à ne pas ignorer.
Changer le ministère de la Culture en simple secrétariat ne serait pas un geste anodin mais bien un signal politique fort, avec redéfinition des priorités de l’État, accompagnée d'une reconfiguration profonde de l’écosystème culturel.
Transformer l'institution : une opportunité ou un affaiblissement ?
L'idée circule régulièrement dans le débat public, surtout lorsque l'État, le ministère, traversent une crise ou un changement de titulaire.
Pourquoi cette interrogation revient-elle aujourd'hui ?
Plusieurs analyses récentes montrent que le ministère de la Culture traverse une période de fragilisation et d'incertitude. Les réductions budgétaires importantes, aggravées par la volonté politique actuelle de réarmement, mettent sous tension tout son système. Certains sénateurs estiment que le ministère compte peu face à la puissance des grands opérateurs culturels que sont les musées, les scènes nationales, etc.
D'autres estiment que ses missions sont exagérément éclatées entre patrimoine, création, industries culturelles, éducation artistique, médias… Le dessein serait de recentrer l’État sur quelques fonctions régaliennes comme le patrimoine et peut-être la régulation, en laissant le reste aux collectivités et en accordant davantage de place au marché, c'est-à-dire à la demande.
La critique devient récurrente :
Un appareil administratif lourd avec trop de strates, trop d’opérateurs, trop de procédures, alors qu'un secrétariat pourrait être plus souple et surtout bien moins coûteux.
La culture se développe par ailleurs en marge de l’État, via les initiatives locales, citoyennes ou privées. Ces constats nourrissent l’idée que le ministère serait affaibli ou même dépassé. La perte de légitimité démocratique de l'institution est patente, notamment dans le domaine des arts visuels où la fréquentation dérisoire, par exemple, des Fonds Régionaux d'Art Contemporain est de notoriété publique.
Son recentrage sur des missions plus ouvertes, plus libres, avec une diplomatie culturelle non soumise aux consignes internationales, restent encore et toujours une illusion.
Indications possibles de méthode et gouvernance :
- Un modèle inspiré du British Arts Council comme base ? Ses avantages : plus d’agilité, moins de politique, plus de diversité, mais avec un avis des publics sur les grandes orientations.
- Une évaluation indépendante : un organisme chargé d’évaluer les politiques culturelles (impact social, territorial, économique).
- La transparence : données ouvertes sur les subventions, les bénéficiaires, l'impact sur les territoires et les publics.
- Des opérateurs nationaux rationalisés : moins nombreux, mieux identifiés, avec des mandats clairs.
- Une coordination avec l’Éducation nationale et le Numérique.
Le patrimoine national, vecteur de tourisme et de prestige, avec ses monuments historiques majeurs : Versailles, Chambord, Panthéon…, de mémoire avec les Archives nationales, les Musées nationaux, les Grandes bibliothèques (BnF), restent des institutions dont la portée dépasse les territoires et nécessitent des budgets et une stabilité que seule l’État paraît pouvoir garantir. Les régions et départements sont déjà des financeurs d'importance mais l’État peut fixer un cadre. Une délégation plus claire éviterait les doublons et sans aucun doute les lourdeurs administratives.
* * *
La Banane de Cattelan à 6,2 millions de dollars. Plus que jamais, le musée fait l'oeuvre !
Un homme qui dit s'appeler Peter a décroché la banane, l'a épluchée et l'a mangée !
Les faits se sont déroulés samedi vers midi. Un homme qui dit s'appeler Peter a décroché la banane de l'œuvre conceptuelle Comedian, de Maurizio Cattelan, exposée au Centre Pompidou-Metz dans le cadre de l'exposition Un Dimanche sans fin. Il s'agit d'un véritable fruit scotché sur un mur et régulièrement changé. L'individu qui dit être choqué que cette œuvre soit estimée à 6,2 millions de dollars a décroché le fruit, l'a épluché et l'a mangé.
https://www.republicain-lorrain.fr/ 18 juil. 2025 à 08:04
Quelques commentaires :
eanlucstz 19.07.2025 | 09h12
L'Art à ce niveau devient une débilité sans nom, cela me fait penser aux toiles de tente exposé sur la Porte des Allemands il y a quelques années, dans un pays en pleine dérive comme l'est la France rien d'anormal ! Certains élus messins qui ont su critiquer les dirigeants du Moselle Open (dont ce sera la dernière édition cette année grâce à eux) ne disent rien sur cette "œuvre" pourtant le centre Pompidou est financé par qui ?
andrefocosi 19.07.2025 | 06h50
C'est pas grave il va en recoller une autre vu la valeur que prend une simple banane collée par un artiste. Je trouve cela complètement lunaire de donner une telle valeur à une simple banane.Vu le prix d'un kg de bananes, cela ne fera pas un énorme trou dans le budget du centre Pompidou.
pseudosansansnom 18.07.2025 | 16h20
"estimée à plusieurs millions de dollars"
Avec cette argent, l' "artiste" pourrait en faire don aux enfants qui ont faim dans les Pays pauvres...
rschneider5722 18.07.2025 | 13h57
Et dire que l’on apprend aux enfants à ne pas gâcher la nourriture !
Emmanuel 18.07.2025 | 10h49
Cet homme est un génie de l'art contemporain. Un peu comme l'enfant qui, alors que tout le monde voulait être roi, a fini par voir que le roi était NU.
Cet autre homme qui a croqué la banane est également artiste et sa cote est au moins le double de l'œuvre en question. Bravo les artistes !
De : Nicole Esterolle <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé : samedi 7 juin 2025 18:51
UNE CRUELLA D’ENFER À LA DIRECTION DU CENTRE POMPIDOU-METZ
CATTELAN, ULTIME IGNOMINIE D’UN SYSTÈME EN PHASE TERMINALE
Par Nicole Esterolle
Pour fêter son 15e anniversaire, le Centre Pompidou-Metz expose des centaines d’oeuvres du centre Pompidou-Paris, mélangées à celles du financial-artist contemporain Maurizio Cattelan. Celui-ci a conçu et muri depuis longtemps l’événement, en complicité avec son amie Chiara Parisi, directrice du centre, qui a mis a sa disposition la collection du Musée pour y faire ses choix en toute liberté.
Chiara fait partie de la petite trentaine de hauts fonctionnaires de l’art contemporain d’Etat, parfaitement interchangeables dans un jeu de chaises musicales des plus cocasses, entre la Villa Arson, l’ENSBA de Paris, le Palais de Tokyo, la Villa Médicis, le Consortium de Dijon, etc. Ils tiennent fermement les manettes d’un appareil, sans direction bien localisable et échappant à la tutelle des Ministres qui passent. Ils y promeuvent depuis des années la même centaine d’artistes agréés par les circuits institutionnels et les réseaux spéculo-financiers : les incontournables Lavier, Buren, Hyber, Calle, Abramovic, Mosset, Lévèque, Mac Carthy...
La pétaradante Chiara, elle, s’était signalée en invitant l’exquis Claude Lévèque à mettre en scène les ruminants venus du Plateau de Millevaches voisin dans la nef du Centre d’art de Vassivière, qu’elle dirigeait alors. Elle a par ailleurs travaillé pour la Fondation de Mr Carmignac, condamné récemment pour fraude fiscale et blanchiment. Elle a transformé ensuite avec Mac Carthy, les salons de la Monnaie de Paris en chocolaterie, d’où sortaient à la chaine des Pères Noël. Est-ce grâce à Chiarra que La Monnaie de Paris aujourd’hui ne veut plus entendre parler d’art contemporain ?
Va-t-on pouvoir, toujours avec Chiarra, redresser la fréquentation catastrophique de l’appendice pompidolien lorrain ?
Les politiques locaux de tous bords gratifient l’établissement de la coquette allocation de 15 millions d’euros par an, répartis entre ville de Metz, Agglomération de Metz Métropole et Région.
Pourtant un informateur local rapporte :
"J’y suis allé deux fois cette année avec des amis, un dimanche d’avril et un dimanche de juillet, j’ai pu alors estimer le public à une petite centaine de personnes. Le lundi de la Pentecôte, il y a eu 2 entrées payantes d’après un employé du Centre. En retirant 52 jours de fermeture et les périodes d’installation d’exposition, cela fait tout de même un confortable coût par visiteur".
DIALOGUE AVEC UNE BANANE
Quand on voit le "dialogue" ainsi installé, entre les oeuvres à valeur patrimoniale et la banane scotchée aux cimaises de Maurizio Cattelan, on pense qu’il s’agit là du dernier spasme d’un appareil institutionnel pourri jusqu’à l’os par un demi-siècle d’effets conjugués de cynisme, de barbarie intellectuelle, de délire déconstructif ; de l’ignorance et du mépris de l’art caractérisant les tenants de cet appareil payé par nos impôts, caractérisant aussi les médias de la bien-pensance progressiste qu’illustre parfaitement certains articles du Monde.
Le spectaculaire, l’obscène, la provocation se conjuguent ici pour tenter de booster une fréquentation du musée de plus en plus misérable, au nombre de visiteurs quotidien bien inférieur au nombre d’employés.
Ce type de "dialogue" et de détournement, accaparement et parasitage du patrimoine par l’art contemporain, est une pratique courante et de plus en plus répandue. On occupe les châteaux, les églises, les chapelles, le places publiques. Jeff Koons est invité au MUCEM pour dialoguer avec les œuvres du Musée des arts et Traditions Populaires. On fait de l’entrisme dans les collections muséales. On place un bidule du décolonialiste Abdessemed à côté du retable sacré d’Issenheim… Grâce à ce "dialogue" entre patrimonial et contemporain, on peut tout se permettre sans regret, sans remord, sans honte.
C’est une caractéristique déplorable des programmations muséales héritée de l’âge d’or de l’Art du Contemporain : consacrer les valeurs déjà établies. Mais avec l’art spéculatif contemporain – spéculatif aux deux sens : intellectuel et marchand, la confusion va jusqu’à la collusion.
Il faut dire qu’on encourage fiscalement les riches de ce monde à se tresser des couronnes en ouvrant leurs musées et fondations et en les laissant prendre le pouvoir dans les institutions, autant que dans les salles de vente. Avec la paire Pinault et Arnault, la France ne se grandit pas à cet égard. Leur Koons monte en cote grâce aux expositions en lieux publics prestigieux, ou leur Buren à rayures sur sacs LVMH. Comme quoi on peut comme Bernard Arnault, maudire les impôts et couvrir cette inculture civique d’un vernis d’ongle démesuré.
Le Centre Pompidou parisien fermant pour travaux, la directrice de son annexe lorraine a eu l’idée d’inviter Cattelan à choisir 400 pièces du fond muséal autour d’un thème original, "Un dimanche sans fin". Certes la directrice de l’institution, Chiara Parisi, Italienne comme lui, l’apprécie depuis longtemps mais ce goût et cette complicité, de la part de quelqu’un qui a pour mission de nous proposer l’art vivant, posent un sérieux problème sur sa nomination.
L’ineptie satisfaite de Maurizio Cattelan !
Parmi les choix de Cattelan : le pape Jean-Paul II renversé par un météorite, grandeur nature en résine, une acquisition de François Pinault, qui fit sa célébrité. Un buste de Hitler émergeant d’un parquet. Plus récemment, Comedian, c'est-à-dire sa Banane scotchée qui a défrayé la chronique ; achetée aux enchères pour devenir le fruit le plus cher mangé au monde.
Le plus consternant n’est pas le malin, mais ceux qui l’encensent.
De même qu’en politique le plus affligeant n’est pas tant l’élu que ceux qui l’ont élu ; de même ce qui nous fait baisser les yeux sera de lire les commentaires de ceux qui trouvent leur compte aux hochets de Cattelan.
La responsable du musée a tenu à faire savoir que Maurizio n’a pas compté ses jours pour endosser la responsabilité de choisir des œuvres dans le stock Pompidou.
Et le sémillant, pas bête, puisqu’on l’invitait à mêler ses créations aux œuvres qu’il choisirait, a vite sélectionné le prestigieux "mur André Breton". C’est une élémentaire tactique de ces amuseurs que de bien choisir.
Le problème reste que les intellectuels commentateurs sont les premiers à signaler ces hauts faits, tête baissée.
De : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Envoyé : dimanche 8 juin 2025 00:10
À : Nicole Esterolle <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Objet : RE: CATTELAN AU CENTRE POMPIDOU-METZ : ULTIME IGNOMINIE
A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement.
Il faudrait, comme riposte contre-culturelle, pouvoir "infiltrer" un lieu très officiel d'exposition ? Le moment serait peut-être opportun...
Existe-t-il quelques possibilités et quelles en seraient les conditions ?
La fermeture complète du Centre Pompidou est annoncée pour la fin septembre 2025. Le déménagement des œuvres devrait s’achever en décembre 2025, avant un début des travaux fixé au mois d’avril 2026. Le chantier devrait durer 5 ans, avec une réouverture du Centre prévue en 2030.
Le Pavillon français de la Biennale d'art de Venise sera entièrement fermé au public durant les travaux. Il rouvrira ses portes fin 2026.
Jusqu'à présent ce lieu resta un inconditionnel de la mise en scène et des installations.
Les expositions d'après-guerre, pour suivre fidèlement la voie de l'art dit contemporain, marque une abstraction croissante de la peinture, qui devient minimaliste, et qui finira par disparaître en 1993 avec l'Espace Raynaud.
Mais les temps changent, rien n'est définitivement établi !
Le moment serait sans aucun doute venu d'occuper un espace prestigieux, afin de présenter un "Retour vers la Peinture" ?
Ledit "Retour", au sens large, s'appuierait sur l'esprit des créations montrées par exemple dans la Gazette de Nicole, sans oublier pour autant d'autres aspects de la figuration. La peinture décorative, c'est-dire-dire abstraite, serait volontairement écartée.
Cette rupture, si tant est qu'elle puisse avoir lieu, et obtenir les incontournables soutiens politiques ou autres, constituerait alors un réel événement en rupture avec la pensée dominante.
Marcel Duchamp, Porte-bouteilles 1914 - Achat, 1986, Centre Pompidou
L'objet original, aujourd'hui disparu, portait une inscription dont l'artiste prétendait ne pas se souvenir, témoin de la désinvolture qui entoure l'élaboration du readymade. Duchamp scelle ici le choix du hasard et de l'importance du n'importe quoi !
En 1914, Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l’Hôtel de Ville un porte-bouteille et il écrit à sa sœur quelque temps plus tard afin de lui demander d’exécuter sa démarche artistique :
« Prends pour toi ce porte-bouteilles, j’en fais un readymade à distance. Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas, en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent, l’inscription que je vais te donner ci-après et tu signeras de la même écriture comme suit : Le Hérisson d’après Marcel Duchamp ».
Le ready-made : un objet ordinaire promu au rang d’œuvre d’art par la volonté de l’artiste est né.
vendredi 9 janvier 2026
LA SOCIOLOGIE DE L’ART EN QUESTION
https://lagazettedenicole.art/la-sociologie-de-lart-en-question-le-debat-est-ouvert-ici/
Une discipline anesthésiée ?
La sociologie de l’art est une discipline universitaire que le sociologue engagé Pierre Bourdieu a anesthésiée dès sa naissance.
« La sociologie est un sport de combat », disait-il… et celle de l’art en particulier, qui ne pouvait être pour lui que « signe de distinction et d’appartenance de classe » et qu’il fallait donc soustraire à la domination bourgeoise et du grand méchant capital.
Résultat : ses ardeurs déconstructives et pré-wokistes l’amenèrent à s’acoquiner avec l’artiste allemand Hans Maacke, le plus redoutablement idéologisé de l’époque, et qui, pour représenter son pays, en avait défoncé le Pavillon à la Biennale de Venise en 1993, et ceci pour y dénoncer la malfaisance du Mark complice du nazisme… La cote de cet artiste s’en trouva décuplée, pour le bonheur du grand capitalisme spéculateur sans que Bourdieu ne s’aperçoive un seul instant qu’il s’était fait piéger et devenait ainsi un social traitre et l’idiot de service du système qu’il dénonçait.
Cette anesthésie de la sociologie de l’art fut entretenue ensuite et jusqu’à aujourd’hui par Nathalie Heinich, certes non idéologisée, et ne prétendant uniquement produire que du "savoir", mais en ne défonçant cependant que des portes ouvertes. Comme Bourdieu, son travail se dit "neutre", sans poésie, sans états d'âme, artistiquement aseptisé, et sans amour particulier de l’art.
Bourdieu aimait au moins intellectuellement Hans Haacke.
Alain Quemin, lui, le sociologue bodybuildé, qui fait de l’"observation participative" dans les grands vernissages parisiens, aime à la folie la body artiste Orlan...
De: "Nicole Esterolle" <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé: Lundi 5 Janvier 2026 12:27:19
Objet: Y A-T-IL UN SOCIOLOGUE DE L’ART DANS L’AVION ?
J‘ai dispersé l’ensemble des 992 commentaires, que j’avais récolté suite à la publication sur mes réseaux, du texte que j’avais écrit au sujet des vitraux de Mademoiselle Tabouret… Texte qui avait obtenu plus de 150 000 vues sur mon facebook.
Je pensais que cet ensemble pouvait constituer un riche matériau d'étude et d’analyse pour les sociologues de l’art, et j’espérais avoir quelques retours de ceux-ci.
Mais j’oubliais que cette espèce de chercheurs est quasiment éradiquée, après le passage dévastateur et l’omniprésence asphyxiante des Bourdieu, Heinich et autres Quemin. (J’en connais quelques-uns encore vivants, mais qui évitent de se manifester pour échapper à la cancélisation automatique, et pour ne pas perdre leur poste).
Voici donc les 992 commentaires :
Voici le post Tabouret-vitraux :
Avec les participations de Nathalie Heinich, Yves Michaud, Jérôme Serri, Pierre Lamalattie, Marc Vérat, Marie Sallantin, Jean-Philippe Domecq, Aude de Kerros
Nathalie Heinich
Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler.
Et comme ils sont sociologues et pas idéologues, ils savent qu’un échantillon ainsi constitué n’a aucune représentativité, et ne peut donc servir à documenter que les arguments des opposants à l’art contemporain, qui sont déjà assez bien connus – notamment grâce aux travaux « dévastateurs » et « asphyxiants » de la signataire de ces lignes.
Quoi qu’il en soit, s’emparer de ce corpus pour tenter de dégager, mettons, les nouvelles tendances en la matière nécessiterait de longues heures de travail, des outils et compétences informatiques dont ils ne disposent pas forcément, et si possible un assistant, qu’ils ne pourraient obtenir qu’en demandant un financement à un organisme académique ou ministériel – financement qu’ils ne seraient absolument pas certains d’obtenir et qui, de toute façon, n’interviendrait qu’après plusieurs mois.
Enfin, ils ont peut-être d’autres dossiers en cours et un emploi très chargé – pour ceux du moins qui continuent à travailler.
Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser.
Marc Vérat
La frontière entre idéologue et sociologue n’est pas toujours nette, surtout dans les débats publics. Si promouvoir des idées ne peut pas être totalement neutre, la soi-disant objectivité desdits sociologues laisse également à désirer.
Par ailleurs, il est toujours commode et confortable d’être fonctionnaire d’un établissement public.
« Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler », mais à quelle fin, dans quel but ? Se sont-ils déjà posés la question ?
« Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser », n’est-ce pas Madame Heinich !
Nathalie Heinich
Dans quel but travaillons-nous ? Pour produire du savoir.
Et si ça ne vous suffit pas, je ne peux rien pour vous…
Nicole Esterolle
N. Heinich ne peut pas grand chose en effet… Elle produit du « savoir », c’est une « savante », une « scientifique » sans poésie, sans états d’âme, axiologiquement « neutre », artistiquement neutre, elle n’a pas à aimer.
Bourdieu n’avait pas non plus de sensibilité particulière pour l’art. Il aimait au moins intellectuellement Hans Haacke. Quemin, lui, sociologie bodybuilé est un fan de la body artiste Orlan…
Rappelons que le jeune Bourdieu fut le secrétaire du très droitier Raymond Aron.
Marie Sallantin
Il semble plus difficile en 2026 de convenir que ce savoir, celui de l’étude de l’art contemporain, nous suffirait. Et d’ailleurs à quel titre ?
En effet une période triomphante comme celle d’une mondialisation heureuse se referme sur une impasse voire un échec de plus en plus visible .
Et donc si l’Art contemporain « suffisait » dans les années 80, années de divertissement et provocations tous azimuts, la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’Art comme discipline majeure (car propre à l’Humanité) avec ses limites et contours propres, ses savoirs et ses manifestations universelles de civilisations qui toujours interpellent ? Cette question est tournée vers l’avenir tandis que l’art contemporain en bout de course est dépassé car il ne répond plus aux attentes.
Et si cette attente qui vient comme une vague ne suffit pas à certains, j’ai envie de dire moi aussi que je ne peux rien pour vous.
Pierre Lamalattie
La recherche de neutralité « axiologique » est toujours difficile et mal assurée dans les sciences humaines. Cependant, c’est une bonne chose de la rechercher et je crois que c’est ce que Nathalie Heinich s’est sincèrement efforcée de faire. Elle n’a évidemment pas besoin que je prenne sa défense, mais qu’il me soit permis de dire que je lui suis reconnaissant d’avoir produit un ensemble d’ouvrages qui nourrissent ma (notre ?) réflexion.
Je pense aussi que son engagement pour défendre à l’université le travail scientifique contre les empiétements décomplexés du militantisme est utile et courageux.
Ceci n’empêche nullement de critiquer ses thèses. Au contraire ! La recherche scientifique est le contraire de l’argument d’autorité. Toutefois, il faut bien distinguer critique scientifique (sur les méthodes mises en œuvre) et critique sur le plan des opinions et des engagements artistiques.
Marc Vérat
En somme, après l’art sans art, le savoir sans savoir.
Après 50 ans, la boucle semble ainsi bouclée pour l’art contemporain mais aussi pour la sociologie de l’art contemporain.
Yves Michaud
Il n’y a aucun « savoir » sur le prétendu « art contemporain » – encore moins celui des prétendus sociologues. Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder et Quemin arpente les cocktails sans rien regarder non plus.
1) toute réflexion dépend du corpus sur lequel on réfléchit et personne n’est d’accord sur le corpus.
2) Chacun voit l’heure à son clocher.
3) D’autant plus que 90% de ce qui se passe dans l’art contemporain est caché (ventes et spéculation obligent). Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers avec délits d’initiés et de ce point de vue, c’est réussi. Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. (C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran – je préfère pour ma part Carolus et Cabanel à Meissonnier qui était vraiment nul).
Donc vous ne pouvez qu’exprimer vos passions et intérêts.
Nathalie Heinich
Je reconnais là la magnanimité bien connue de notre cher Yves Michaud, qui s’entête à ne pas entendre ce que je lui ai déjà expliqué sur mon corpus (je ne l’ai pas choisi : je me suis contentée d’analyser ce qui est qualifié d'art contemporain »), et qui continue à croire que je travaille sur les oeuvres alors que mon objet est le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art – ce pourquoi, oui, mes données sont pour l’essentiel dans mon ordinateur. Sociologie oblige… Mais ceux que la sociologie n’intéresse pas ne sont pas obligés d’en lire, n’est-ce pas ? A moins que ce soit pour le plaisir de médire ; hypothèse qui n’est pas à exclure, hélas…
Marc Vérat
« Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder », et la sociologue se couche tard pour tenter de vaines explications concernant « le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art ».
« Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers ». Effectivement, et certains ont bien trop d’argent.
« Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran » – Mais ces derniers possédaient au moins une incontestable technique et figurent aujourd’hui de nouveau sur les cimaises à la place qu’ils méritent, entre impressionnistes et symbolistes. Qu’en sera-t-il demain pour la jeune Tabouret ? ou les merdes de Pinault ?
Marie Sallantin
C’est rigolo la naissance de Vénus de Cabanel.
Cabanel 1863, et on comprend que les modernes aient détesté !
Yves Michaud
Désolé, chère Nathalie Heinich, mais même sur ce que vous considérez comme un corpus défini, il n’y a aucun consensus. Que faites-vous des situations nationales ? Et de l’impérialisme américain ?
Votre corpus est franco-français et qui plus est « l’art contemporain » français n’a quasiment aucune existence internationale ni en termes ni de marché ni de reconnaissance intellectuelle ou esthétique. De ce point de vue Quemin est plus malin : il sait très bien que l’art contemporain français n’existe que dans les cocktails documentés par Saywho. Il a, si je ne m’abuse, lancé sa brillante carrière en disant ce que je viens d’écrire (je le sais d’autant mieux que j’ai publié son « rapport disparu ») et en a tiré les conséquences.
A nous Ruinart puisque l’art contemporain français est ruiné…
A propos des tulipes, j’ai écrit un livre paru le jour du confinement 2020 sur l’opération Tulipes de Koons: « Ceci n’est pas une tulipe, Art, luxe et enlaidissement des villes » chez Fayard avant Bolloré (je le signale à l’adresse des débiles qui rédigent les notices wikipedia et m’accuseraient d’être de droite). En dépit d’un silence normal, il s’est plutôt bien vendu. C’est une enquête sur la manière de faire remonter une cote chancelante, de promouvoir l’immobilier de luxe sous l’empire du socialisme de cocktails et d’enlaidir une ville pas assez enlaidie par la politique Hidalgo-Grégoire-Girard.
Nathalie Heinich
Vous semblez ignorer que dans les années 1990 j’ai mené une enquête sur la relation à l’art contemporain aux Etats-Unis, dont j’ai tiré notamment un petit livre chez Hermann, Guerres culturelles et art contemporain. Une comparaison franco-américaine. Et dans mon Paradigme je consacre un chapitre à l’internationalisation de l’AC. Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu’on ne sait pas, on ne sait pas qu’on ne le sait pas… (d’où l’intérêt, parfois, de se taire plutôt que de se laisser aller aux médisances – mais tout le monde n’est pas Wittgenstein, n’est-ce pas !).
Jérôme Serri
« Savoir tout ce qu’il y a à savoir, et en dépit de ce savoir encyclopédique ne rien savoir, voilà bien la dérision de la méconnaissance ! » Jankélévitch
« L’érudition consiste surtout à connaître une foule de choses inutiles, c’est à dire de choses qui en soi n’ont ni valeur, ni intérêt, si ce n’est d’en avoir connaissance.» Hegel
« Il est difficile, en art, de dire quelque chose d’aussi bon que…ne rien dire.» Wittgenstein
« Le seul moyen de comprendre quelque chose à la peinture, et il est bien simple, c’est d’en regarder beaucoup de bonne.» Sachs
2026, 50ème anniversaire de la mort d'André Malraux
La démocratie
« Lorsque vous ne pouvez plus confondre la majorité avec la "volonté générale", un rouage capital de la démocratie est brisé. Une majorité de 2% est toujours une majorité, elle n’est plus longtemps légitime. »
La civilisation
« Les valeurs occidentales se décomposent. Il y a eu l’héritage mythique de Rome, il y a eu la chrétienté. Et il y a quelque chose de plus subtil. L’Occident avait toujours eu l’idée d’un type exemplaire de l’homme. A tel point que, dans des pays qui ont marqué l’Occident : l’Angleterre et l’Espagne, on a fini par inventer le mot qui exprimait ce type. Gentleman, tout le monde sait ce que ça veut dire, et Caballero aussi. Aujourd’hui, que voyez-vous de comparable ? Rien parce qu’en gros, la valeur véritable est la science, et que la science ne peut pas donner naissance à un type d’homme. »
La culture
« Après la mort de Degas, nous courûmes à l’exposition de son atelier […] Je comprenais mal "ce que cela voulait dire", mais très bien que cela entrait mystérieusement dans ma vie ».
« De même que telle suite d’accords fait comprendre soudain qu’il existe un monde musical, quelques vers un monde de la poésie, de même un certain équilibre ou déséquilibre péremptoire de couleurs et de lignes bouleverse celui qui découvre que la porte entrouverte là est celle d’un autre monde, non d’un monde surnaturel ou nécessairement magnifié, mais d’un monde irréductible à celui du réel. »
« Civilisé s’oppose à grossier ; cultivé s’oppose d’abord à ignorant. Et, pourtant, l’homme de connaissances a semblé souvent une caricature de l’homme cultivé. Sans doute celui-ci est-il un homme de livres, d’œuvres d’art – un homme lié à des témoignages particuliers du passé. Mais peu importerait qu’il fût l’homme qui connaisse ces témoignages s’il n’était d’abord l’homme qui les aime. La vraie culture commence lorsque les œuvres ne sont plus des documents : lorsque Shakespeare est présent… La connaissance, c’est l’étude de Rembrandt, de Shakespeare ou de Monteverdi ; la culture, c’est notre émotion devant La Ronde de nuit, la représentation de Macbeth ou l’exécution d’Orfeo. »
Comment créer une culture démocratique ?
Il ne s’agit pas de contraindre à l’art les masses qui lui sont indifférentes. Il s’agit d’ouvrir le domaine de la culture à tous ceux qui veulent l’atteindre.
« L’Etat vaut pour l’art ce que valent ceux qui s’en occupent. Florence a été Florence parce que Laurent a été Laurent, non parce que ses méthodes étaient exceptionnelles. Résumons : l’Etat n’est pas fait pour diriger l’art, mais pour le servir. Et il le sert dans la mesure où ceux à qui il en confie la charge le comprennent. »
« Ce qu’on appelle la culture c’est d’abord la volonté de retrouver, d’hériter et d’accroître ce qui fut la noblesse du monde. »
« Si je peux me dire, en mourant, qu’il y a cinq cent mille jeunes de plus qui ont vu s’ouvrir, grâce à mon action, une fenêtre par où ils échapperont à la dureté de la technique, à l’agressivité de la publicité, au besoin de faire toujours plus d’argent pour leurs loisirs dont la plupart sont vulgaires ou violents, si je peux me dire cela, je mourrai content, je vous assure. Cinq cent mille de plus « dans le coup » ce serait déjà un beau chiffre. Je ne peux pas infliger la joie d’aimer l’art à tout le monde. Je peux seulement essayer de l’offrir, la mettre à disposition pour que, à ceux qui la demanderont, elle soit donnée. »
Jean-Philippe Domecq
Depuis le début des interrogations sur ce que j’avais labellisé, pour plus de clarté conceptuelle et périodique, « l’art du Contemporain », l’analyse sociologique doit aussi, et surtout, faire ressortir le rapport entre les oeuvres mises en avant par les professionnels et le système d’interprétations qui a mis en avant pareilles oeuvres. Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d’euvres qui auront été aussi simplistes (que Koons, Buren, Toroni, i tutti).
Il ne s’agit donc et certes pas de demander à la sociologie des jugements esthétiques, mais qu’elle analyse le va-et-vient entre les commentaires et les oeuvres. Pourquoi une telle surévaluation ? Des attitudes et des oeuvres, donc. Le reste (le fonctionnement, la reconduction, les transactions) ne fait qu’en découler, l’essentiel n’était pas là.
Marie Sallantin
Je me souviens qu’il ne fallait pas dans les années 90 juger cette « surévaluation » que vous aviez parfois comptée comme bêtise sophistiquée dans Politis. Pour ma part, je la vois très violente cette surévaluation systémique des œuvres des suiveurs de Duchamp : comme une forme inédite de vandalisme ciblant la représentation de l’art (ridiculiser sans cesse la visée de la beauté chez les artistes). Christine Sourgins a écrit là dessus.
Marc Vérat
"Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d'euvres qui auront été aussi simplistes ?"
Close ! Pas encore tout à fait, mais cela reste dans l'ordre des choses.
Le conformisme existe toujours, y compris chez les sociologues ; normes, marchés et institutions guident les comportements, plus ou moins consciemment. On aime appartenir à un groupe, on évite les risques, on cherche la validation.
"Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu'on ne sait pas, on ne sait pas qu'on ne le sait pas..."
Oui Madame Heinich !
Yves Michaud mon site https://yvesmichaudblog.wordpress.com
"ATTENTION ! La notice Wikipédia me concernant est sans valeur"
Wikipédia ne représente plus qu'un répertoire laborieux, plus ou moins complaisant, désormais remplacé par l'Intelligence Artificielle.
"Que faites-vous des situations nationales ? Et de l'impérialisme américain ?"
HISTOIRES CHOISIES/ M.V.
1/ L’art de la spéculation
Souvenons-nous de la tulipe
La première bulle spéculative de l’histoire éclate en Hollande, en février 1637 avec une forte spéculation sur les tulipes, au cours de laquelle des bulbes de tulipes s’échangeaient au même prix qu’une maison à Amsterdam.
Le XVIIe siècle marque le « siècle d’or » hollandais. Les Provinces-Unies, autrement dit la Hollande, constitue l’un des États européens les plus modernes, notamment en matière d’art et de culture. Sur le plan économique, la création de la Compagnie des Indes Orientales en 1602 assure le développement des échanges internationaux et du système financier du pays.
Cette domination commerciale permet aux Provinces-Unies de se hisser au rang de première puissance économique mondiale.
Jusqu’en 1634, le marché de la tulipe est semblable à celui du marché de l’art. Un milieu réservé aux plus aisés où le client passe commande à un horticulteur pour faire pousser la variété qu’il désire.
La commande est passée à partir de l’automne lorsque les bulbes sont plantés, et les tulipes qui attirent le plus ne sont pas les plus belles mais les plus rares. La demande pour certaines espèces favorise la formation de la bulle spéculative.
À partir de 1635, plusieurs innovations financières accélèrent le développement de ladite bulle. L’innovation la plus importante est l’introduction des billets à effet.
Ces derniers précisent les caractéristiques du bulbe et son prix.
Ceci permet aux acheteurs de revendre un bulbe encore en terre, en échangeant non plus le bulbe lui-même mais le billet, un papier faisant office de titre.
Les transactions augmentent et il n’est pas rare de voir un billet à effet, changer de mains à de multiples reprises avant la floraison de la tulipe. Les contemporains parlaient d’ailleurs de « windhandel », le commerce du vent.
Plusieurs éléments psychologiques sont avancés pour expliquer les bulles spéculatives. L’un d’entre eux se nomme « The Greater Fool Theory », la théorie du plus grand fou. Selon cette idée, les investisseurs peuvent acheter un titre même s’ils sont persuadés qu’il est surévalué, car ils pensent qu’un autre individu – plus fou encore – sera prompt à le racheter plus cher.
Le mécanisme fonctionne et les prix augmentent jusqu’à atteindre « le plus grand fou ». Dès lors, la bulle éclate et plus personne ne se porte acquéreur.
L’éclatement de la bulle
Les sources fournissant l’évolution du prix des tulipes à cette époque sont rares. Le marché n’est pas régulé et il n’y a donc pas de cours officiel.
Il apparaît toutefois qu’en janvier 1637, au sommet de la bulle, une tulipe pouvait valoir jusqu’à 15 années de salaire d’un artisan. Un bulbe de la variété Semper Augustus – la plus recherchée à l’époque – se serait même échangé pour 10 000 florins, soit l’équivalent de deux maisons en ville.
L’éclatement de la bulle, se produit le 3 février 1637.
Le krach sera déclenché notamment par l’absence d’acheteurs lors d’une vente aux enchères dans une taverne d’Haarlem. Cela suffira pour provoquer le retournement du marché ; il ne faut que quelques heures pour que la nouvelle de l’absence d’acheteurs se propage à la ville entière et quelques jours pour que l’information atteigne l’ensemble des Provinces-Unies. Les bulbes de tulipes deviennent alors invendables.
2/ L’art de l’influence
Ingérence américaine dans la culture en Europe
Dès 1946, le ministère des Affaires Étrangères des États-Unis participe au financement de deux grands programmes d'expositions de peintures, vitrine de l'excellence de l'Art américain, amenées à voyager en Amériques du Sud et surtout en Europe.
Afin de promouvoir ladite excellence, le sénateur Fullbright établit parallèlement un programme de bourses qui permet à des milliers d'intellectuels d'effectuer le « Grand tour » américain pour admirer sa richesse culturelle.
Il s'agit par exemple, d'affirmer et d'établir l'émergence d'une nouvelle école spécifiquement américaine : l'Expressionnisme abstrait avec J.Pollock, M.Rothko, A.Gorky... Cette école qui reste une construction étroitement liée au contexte de la guerre froide sera soutenue par des fondations, des musées, des universités.
Le Rockefeller Brother Fund et le Musée d'Art Moderne de New-York ont ainsi largement promu en Europe le Nouvel Art en organisant nombre de publications et expositions. Cependant et afin d'être totalement crédible pour asseoir la dimension internationale des expositions, quelques artistes européens bénéficieront également du soutien américain.
En 1950, Pierre Soulage figure ainsi dans des expositions collectives à New-York, Londres, São Paulo, Copenhague. Dès le début des années 50, ses toiles commencent à entrer dans les grands musées comme la Phillips Gallery à Washington, le Musée Guggenheim et, bien entendu, le Museum of Modern Art de New-York.
Quelques années après suivra la promotion de l’art conceptuel et minimaliste, donc de l’art à proprement dit contemporain.
3/ L’art sans art
Marcel Duchamp, 1887-1968 - Porte-bouteilles 1914 / 1964
Fer galvanisé : 64 cm, Diamètre 42 cm – Achat en 1986 du Centre Pompidou
L'objet original, aujourd'hui disparu, portait une inscription dont l'artiste prétendait ne pas se souvenir, témoin de la désinvolture qui entoure l'élaboration du readymade. Pourtant Duchamp scelle ici le choix d'une esthétique visuelle indifférente, le choix du hasard et de l'importance du n'importe quoi !
En 1914 à Paris, Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l’Hôtel de Ville un porte-bouteilles et il écrit à sa sœur Suzanne quelque temps plus tard afin de lui demander d’exécuter sa démarche artistique :
« Prends pour toi ce porte-bouteilles, j’en fais un readymade à distance.
Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas, en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent, l’inscription que je vais te donner ci-après et tu signeras de la même écriture comme suit : Le Hérisson d’après Marcel Duchamp ».
Cette lettre montre que Marcel Duchamp souhaite intégrer le porte-bouteilles dans la catégorie des objets qu’il possède déjà, comme une roue de bicyclette sur un tabouret de 1913, mais auxquels il n’a pas encore attribué de statut.
Ce n’est que fin 1915 à New-York, que l'artiste invente et formalise le concept en récupérant un chapeau de cheminée en zinc en l’intitulant « pulled in 4 pins » et en achetant une pelle à neige et en l’intitulant « In advance in the broken arm ».
Ce n’est donc que tout début 1916 que Marcel Duchamp écrit à Suzanne pour qu’elle récupère le « porte-bouteilles » et la « roue de bicyclette » pour les intégrer dans la série des readymade.
Marcel Duchamp explique : « Dans une époque où l’artiste ne peut plus compter sur la qualité et la sincérité de son action pour voir ses productions reconnues, mais dépendre au contraire uniquement du goût du regard trivial des « regardeurs », des normes sociales du bon et du mauvais goût, je décide effectivement d’affirmer mon statut d’artiste en décrétant œuvre d’art un objet quelconque ».
Ces objets-manifestes ne deviennent production artistique qu’à la fin des années 1950, lorsque la jeune génération d’artistes américains, au sortir de la seconde guerre mondiale, s’en empare comme médium. Les institutions françaises suivront fidèlement par mimétisme le mouvement.
Aude de Kerros
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt toute cette disputatio qui donne un paysage des questions que l'on se pose encore sur l'Art contemporain en 2026.
Ce terme qui a été l'arme la plus efficace de la guerre froide culturelle puis hégémonique, a semé la confusion en cachant sous le qualificatif de "contemporain", l'unique courant conceptuel, qui est ainsi devenue avant garde unique et perpétuelle.
Ainsi a été imposée une définition de l'art, exactement inverse de celle du sens commun. Cela n'aurait pas été possible sans son instrumentalisation institutionnelle, politique, médiatique puis financière.
L'imposition de cette définition et d'un art sans public, n'a pas été une évolution naturelle, une mode, un conformisme. Il a concerné les élites, les intellectuels, les artistes qui ont été la cible de cette stratégie de confusion cognitive. Les "masses" ne sont pas visées, ni concernées.
Chacun dans sa spécialité a réagi différemment à ce changement de contenu du mot "art":
-Les journalistes ont vu l'aspect politique et accusé tous ceux qui ne pliaient pas le genou de "fascistes", ce qui a terrifié les artistes et intellectuels.
-Les économistes, quand l'AC est devenu financier, se sont intéressés aux cotes et mécanismes spéculatifs.
-Les théologiens apophatiques y ont trouvé avec joie une manifestation de l'art sacré.
-Les philosophes ont fourni avec la French théory une théorie à l'AC et discours indispensables aux artistes pour forger des concepts dits "pertinents'.
-Les sociologues ont fourni par ailleurs le discours "scientifique" le plus proche du Duchampisme possible : Duchamp disait - l'art c'est ce que l'artiste dit être de l'art'.
En 1963, à New York, Arthur Danto, plus réaliste, complète la définition : est de l'art ce que la société ( il précise, le milieu de l'art institutionnel, médiatique, commercial, etc,) dit être de l'art. Le discours de Bourdieu a aussi beaucoup contribué de fournir le corpus d'idées, en le politisant.
Les artistes contemporains ont utilisé toute cette matière en la simplifiant pour créer leurs concepts, qui sont, ne l'oublions pas, l'œuvre elle même.
Nathalie Heinich a combattu Bourdieu, en s'attachant à une démarche rigoureuse. Il faut aussi la saluer pour ce petit livre qu'elle a écrit, le seul publié en France, qui relate l'histoire et le processus des Cultural Wars en Amérique entre 1989 et 1997.
(Guerres culturelles et Art Contemporain une comparaison franco américaine – Hermann, 2010)
Entre ces deux dates aucun article n'est paru dans les médias français sur ces faits très spectaculaires, excepté, un, dans une revue savante confidentielle.
Un jour ou l'autre il faudra qu'un historien fasse le récit de la guerre civile culturelle que nous avons connu en France : une guerre culturelle civile doublée d'une guerre internationale. Il faudra plus de temps qu'en Amérique pour avoir accès aux archives de l'administration : 50 ans contre 10 en Amérique !
Merci chère Nicole de susciter ces disputatios mais aussi de les documenter et partager. Elles seront importantes pour les historiens qui verront la réelle diversité de la façon dont cela a été vécu et compris par ceux qui ont participé à cette histoire.
Marie Sallantin
MERCI. Une réserve : le mot « guerre » suppose des adversaires qu’on n’a pas vus en France. Les tentatives ont échoué faute d’appui car les artistes, surtout les peintres premiers visés, au lieu de se mobiliser, se sont soumis attendant tout des institutions : JL Chalumeau « le silence des artistes » dans Verso. S’il y avait eu un Courbet, le cours de l’histoire aurait été TOUT AUTRE ! Les masses n’auraient pas été autant suivistes des foires, ces « grands messes de l’art contemporain » Genevieve Breerette dans Le Monde. Aujourd’hui, pas de signe de sortie de cette vassalisation. Pas de retour critique mais plutôt une accélération et un durcissement institutionnel fort visibles à Paris.
Le Duchampisme, chasse bien gardée. Qui osera supprimer le prix Marcel Duchamp et remettre l’urinoir dans la rue ?
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DÉPART DE MME DATI DANS LE CADRE DE LA RÉDUCTION DU DÉFICIT PUBLIC
Le dossier complet et accablant de Marc Vérat sur le bilan calamiteux du ministère de la culture, qu’il va bien falloir supprimer pour changer de paradigme.
Le dossier complet ici : (un document d’époque à garder par devers vous)
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ZEU BLOG DE NICOLE
Une récapitulation florilège des plus de 200 textes de Nicole :
VISITEZ LE NICOLEMUSEUM N° 2 !
Éblouissement assuré devant la richesse, la variété, la liberté, la générosité, la gaité, l’inventivité, la somptuosité de la création vivante et indépendante d’aujourd’hui... conceptualolâres, ceci n’est pas pour vous !
Vous en avez l’accès direct et gratuit ici :
dimanche 14 décembre 2025
Réformer plutôt que supprimer les écoles d'arts ?
La question des écoles d'arts en France revient dans le débat public, et la réponse porte sur une éventuelle suppression ou bien sur une nécessaire transformation ?
Les écoles d'arts sont majoritairement financées par l’État et les villes, le coût demeure élevé pour les collectivités et le retour sur investissement reste faible en termes d’emplois stables, avec une insertion professionnelle très aléatoire pour les nombreux élèves diplômés qui peinent à vivre de leur pratique artistique. Le modèle économique du champ artistique reste précaire et, plus ou moins, tributaire des relations et connaissances du milieu.
Réformer plutôt que supprimer ?
Faut-il supprimer les écoles des Beaux-Arts ? Sans aucun doute, si celles-ci refusent de se transformer en profondeur.
La disparition des écoles des Beaux-Arts peut apparaître choquante tant elles bénéficient d’un fort capital symbolique et historique. Pourtant, dans leur forme actuelle, elles posent un problème démocratique, économique et culturel majeur. Maintenir ces institutions sans remise en question radicale revient à financer, avec de l’argent public, un système largement déconnecté des réalités sociales.
Tout d’abord, les écoles d'arts produisent une précarité structurelle. Elles forment chaque année des centaines d’étudiants à des carrières dont elles savent pertinemment qu’elles sont extrêmement limitées. La majorité des diplômés ne vivra jamais de son art, tout en ayant été encouragée à croire à une réussite fondée sur la vocation plutôt que sur la réalité économique. Cette situation pose un problème éthique : peut-on légitimement former à plein temps à des métiers sans débouchés réels ?
Ensuite, malgré leur image progressiste, les Beaux-Arts fonctionnent comme des espaces de reproduction sociale et culturelle. Le langage théorique, les codes esthétiques et les réseaux valorisés favorisent ceux qui disposent déjà d’une certaine liberté culturelle et économique. Loin de démocratiser l’art, ces écoles contribuent souvent à renforcer une forme d’élitisme déguisé, où la reconnaissance dépend davantage de l’adhésion à des normes implicites que de la créativité elle-même.
Par ailleurs, l’art qui y est promu est fréquemment coupé du public. En privilégiant des pratiques conceptuelles hermétiques, les Beaux-Arts participent à la rupture entre création contemporaine et société. L’argent public finance ainsi des œuvres et des discours qui ne s’adressent qu’à un cercle restreint de professionnels et d’institutions, alimentant la défiance envers l’art contemporain.
Dans un contexte de contraintes budgétaires, la question de la priorité des dépenses publiques ne peut être évacuée. Faut-il continuer à investir massivement dans des formations dont l’impact social reste très faible, alors que l’éducation, la santé, la sécurité avec, plus récemment, l'idée de réarmement, manquent de moyens ? La culture ne peut se soustraire indéfiniment à l’exigence de responsabilité collective.
Si les écoles d'arts demeurent incapables de se réformer en assumant une véritable transparence sur les débouchés, en s’ouvrant à des pratiques concrètes, socialement engagées, et en rompant avec leur entre-soi, leur suppression ne deviendrait plus improbable, mais sans doute politiquement incontournable. Défendre la création artistique ne signifie pas défendre toutes ses institutions sans esprit critique et envers et contre tous.
Les écoles des Beaux-Arts en France : un modèle isolé ?
Le débat sur l’avenir des écoles d'arts en France gagne à être éclairé en observant les modèles étrangers. On remarque que la France se distingue par un attachement à une formation artistique publique, gratuite ou peu coûteuse, mais également par une sérieuse difficulté à adapter ces formations aux réalités contemporaines.
En France, les écoles des Beaux-Arts sont majoritairement publiques, financées par l’État et les collectivités territoriales. Leur mission repose sur la liberté artistique, l’expérimentation et la recherche plastique. L’insertion professionnelle n’est pas prise en compte, son aspect financier jamais évoqué, ce qui explique les critiques récurrentes sur la précarité des diplômés.
Au Royaume-Uni et aux États-Unis, les écoles d’art sont souvent intégrées aux universités ou relèvent du secteur privé. Les frais d’inscription sont élevés, ce qui rend l’accès socialement plus sélectif. En contrepartie, ces formations mettent l’accent sur la professionnalisation, le développement de réseaux, la préparation au marché de l’art, du design ou de l’industrie connexe. Ce modèle favorise une insertion plus réaliste.
En Allemagne, en Suisse ou dans les pays nordiques, les académies d’art sont également publiques, mais sélectives par le nombre d’étudiants limité, et l’accompagnement individualisé est renforcé. L’objectif est de ne pas former trop d’artistes tout en leur offrant de meilleures conditions de travail et de reconnaissance.
Dans des pays comme la Corée du Sud ou le Japon, les écoles d’art sont souvent directement tournées vers l’industrie culturelle : design, animation, jeu vidéo. La création artistique est étroitement connectée aux débouchés économiques.
La France maintient un modèle ambigu, dont les effets sociaux et économiques sont de plus en plus contestables. La formation, jugée déconnectée des réalités du quotidien, manque de compétences pratiques et techniques et entretient un entre-soi jugé illusoire et préjudiciable.
Dans les pays anglo-saxons, les écoles d’art fonctionnent selon une logique de marché. Le coût élevé des cours possède au moins le mérite de la clarté. Les institutions forment des professionnels destinés à intégrer des secteurs identifiés (marché de l’art, design, industries créatives). La France, à l’inverse, promet symboliquement une émancipation artistique sans fournir les moyens réels d’en vivre, transférant le risque de l’échec sur les individus plutôt que sur l’institution et ses nombreux fonctionnaires.
Le modèle allemand et nord-européen, quant à lui, assume une certaine sélectivité. Peu d’étudiants sont admis, mais ils bénéficient généralement d’un accompagnement favorable à une insertion durable. Ce choix peut paraître élitiste, mais il limite la production massive de diplômés précaires. En France l’accès est plus large, mais la sortie se fait souvent dans l’isolement et l’instabilité.
Les pays asiatiques, plus pragmatiques, conjuguent enseignements artistiques et industries culturelles, ils considèrent la création comme une compétence productive. Cette orientation réduit la liberté, mais elle garantit une utilité sociale identifiable. En France, au contraire, l’art enseigné demeure souvent déconnecté de toute demande économique, renforçant le sentiment d’un art subventionné pour lui-même.
Les Beaux-Arts en France ne sont ni des centres de formation professionnelle, ni des laboratoires clairement assumés de recherche artistique.
Dès lors, deux options cohérentes se présentent.
- Soit la France engage la refondation radicale de ses écoles d’art, déjà en réduisant leur nombre, ensuite en clarifiant leurs missions et en assumant des critères techniques et de savoir-faire exigeants.
- Soit leur suppression progressive devient une hypothèse complétement légitime en ces temps de budget contraint.
Continuer à financer un système qui produit structurellement de la précarité, tout en invoquant la liberté artistique comme justificatif moral, relève moins de la défense de la culture que d’un aveuglement institutionnel.
* * *
Quel avenir pour le FNAC, le Fonds National d'Art Contemporain et de son gestionnaire le Centre national des arts plastiques, le CNAP ?
Le FNAC possède une collection publique d’art contemporain qui rassemble les arts plastiques, la photographie, le design, etc., depuis la fin du XVIIIᵉ siècle à aujourd'hui. Il n’a pas de lieu d’exposition permanent mais l'institution prête en principe ses œuvres à des musées ou à d'autres lieux culturels. Ce Fonds représente une partie historique mais également vivante de la création française. Son avenir dépendra des choix politiques et culturels entre patrimoine national et stratégies d’ouverture, c'est-à-dire une ouverture plurielle et non orientée, entre conservation patrimoniale et diffusion auprès du public.
La gestion du Fonds est confiée au Centre national des arts plastiques, un établissement public sous tutelle du ministère de la Culture.
À l’automne 2025, la Cour des comptes a rendu un rapport très critique sur le CNAP, jugeant son modèle non viable et son efficacité insuffisante. Son action est considérée comme excessivement tournée vers la conservation, au détriment de la diffusion des œuvres, avec des acquisitions trop orientées au préjudice d'une réelle diversité.
Une grande partie de la collection reste en réserve et n’est que rarement présentée, ce qui diminue sa visibilité. Les coûts de conservation restent élevés, la centralisation excessive et, surtout, l’impact sur le public demeure très faible.
Les frais d’un déménagement à Pantin, prévu en 2027, sont par ailleurs jugés excessifs par rapport aux finances du pays, alors que la gestion des collections pourrait parfaitement être répartie entre des institutions culturelles déjà existantes.
Que se passe-t-il ailleurs au niveau des collections contemporaines ?
Au Royaume-Uni la collection est un service public actif avec une diffusion prioritaire. La collection est quasi exclusivement en circulation dans les musées locaux, les universités, les hôpitaux, les administrations.
La visibilité des artistes vivants est forte et l'art se trouve le plus possible intégré à la vie quotidienne.
En Allemagne, on peut parler d'un fédéralisme culturel et de co-responsabilité avec des collections publiques décentralisées, et d'un fort rôle des Kunstvereine (associations d’art).
Au Canada, la médiation territoriale mise en place se compose surtout d’artistes vivants. Les oeuvres sont, dans la mesure du possible, louées à des institutions, des ambassades, des universités, souvent avec des accompagnements pédagogiques.
Aux États-Unis la diffusion s'effectue par partenariats avec un rôle majeur joué par des fondations, des universités, des musées privés à mission publique.
lundi 24 novembre 2025
Le départ de Rachida Dati
Avec le départ programmé de Rachida Dati, début 2026, le moment opportun s'offre pour l'Etat de faire de sérieuses économies.
Il s'agit, ni plus ni moins, de passer d'un coûteux et peu démocratique ministère de la culture à un simple secrétariat d'état. Aujourd'hui, seulement une poignée d'"artistes", tout domaine confondu, peut prétendre bénéficier d'une aide ministérielle.
Quelques données
Effectifs du ministère de la Culture
Selon les chiffres du ministère, en 2024 il y avait environ 7 400 agents directement employés dans l’administration centrale du ministère.
Selon un rapport du Sénat, en 2023 le ministère de la Culture rémunère 28 485 emplois, équivalents temps plein, dont :
8 969 emplois, personnels directement rémunérés par l’État.
19 526 emplois via les opérateurs ou agences, qui sont des structures subventionnées ou créées par le ministère.
Le rapport du Sénat souligne que le ministère de la Culture est caractérisé par un réseau d’opérateurs considérable.
Les crédits dédiés aux fonctions de soutien du ministère, autrement dit la masse salariale liée au fonctionnement du ministère augmente toujours.
Pour le Rapport Social Unique 2023, le ministère compte 28 485 agents, dont 80 % travaillent dans des établissements publics (opérateurs comme les Musées), et environ 5 % en administration centrale.
Le gouvernement veut réduire le nombre de fonctionnaires pour faire des économies, ce qui laisse entendre qu’il estime certains effectifs excessifs. L’administration d’État ne cesse pourtant de grossir et des voix critiquent un manque de lien clair entre les agents et un service public rendu aux citoyens ou, en l'occurrence ici, aux créateurs.
La suite du dossier sur : https://avec-les-felicitations.blogspot.com/
Comment réduire les dépenses publiques, le poids administratif, les lenteurs et procédures complexes, les surcouches réglementaires ?
Le ministère de la Culture en France coûte plusieurs milliards d’euros par an. Pour les partisans d’un État plus léger, la culture ne devrait pas être financée à un tel niveau par l’argent public.
Par ailleurs ce ministère développe inévitablement une “culture officielle”, avec un entre-soi culturel piloté par une pléiade de fonctionnaires, quelques galeries accompagnées par une poignée de personnes autorisées qui ne favorisent finalement que certains milieux.
L’État, en finançant des projets plutôt que d’autres, oriente indirectement la création et influence ce qui est valorisé.
L'état en accordant davantage de place au patrimoine monumental, toujours vecteur de Tourisme culturel puissant, en encourageant le mécénat et les industries culturelles pourraient se dégager des missions actuellement publiques.
Réformer ou supprimer le ministère de la Culture ?
En France, le modèle est excessivement étatisé, avec un budget conséquent : l’État finance le patrimoine, les arts vivants, le cinéma, les musées nationaux...
En Allemagne le modèle reste décentralisé, pas de ministère de la culture au niveau fédéral pendant longtemps, un secrétariat d’État seulement depuis 1998. Les Länder (régions) ont la quasi-totalité des compétences : musées, théâtres, patrimoine. Les budgets culturels régionaux sont souvent plus élevés que ceux de l’État fédéral, la culture est d’abord territoriale, proche des citoyens.
Au Royaume-Uni, le rôle de l’État est limité, beaucoup de financements passent par des organismes indépendants comme l’Arts Council England. Le système repose sur un mécénat privé, sur une billetterie et des revenus propres aux institutions. Les subventions publiques sont plus faibles qu’en France. La vision demeure libérale : l’État soutient, mais le marché et les mécènes jouent un rôle majeur.
Aux États-Unis : très faible intervention fédérale, pas de ministère de la Culture, la culture relève principalement de l’initiative privée et communautaire. Agences fédérales modestes (NEA, NEH), le secteur culturel repose sur le mécénat privé avec les déductions fiscales qui en découlent, sur des fondations, des universités, sur le financement local des villes ou des États.
mercredi 19 novembre 2025
Feu le Centre d'art de Pougues et l'école d'art de Valenciennes
Aujourd’hui selon https://copilot.microsoft.com/chats/
Que penser des écoles des beaux-arts en France ?
La France compte 12 écoles nationales supérieures d’art (ENSA), dont l' École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (ENSBA), fondée en 1648.
À côté de ces ENSA, on trouve environ 34 écoles supérieures d’art et de design (ESAD) territoriales publiques.
En tout, on recense près de 84 établissements d’art en France, couvrant des disciplines allant des beaux-arts traditionnels à la création numérique.
Les principales critiques
Sous-financement et fermetures : plusieurs écoles sont menacées par des coupes budgétaires. L’ESAD de Valenciennes a par exemple annoncé sa fermeture définitive en 2025, et d’autres établissements publics craignent le même sort.
Inégalités territoriales : les grandes écoles parisiennes (ENSBA, ENSAD) bénéficient d’une visibilité et de ressources supérieures, tandis que les écoles régionales peinent à maintenir leurs activités.
Débouchés incertains : Le marché de l’art reste précaire. Beaucoup d'étudiants doivent compléter leur parcours par des expériences professionnelles ou se tourner vers l’enseignement, la médiation culturelle ou le design.
Tensions pédagogiques : certains reprochent aux écoles de rester trop centrées sur l’expérimentation libre, sans assez de formation technique ou professionnelle. D’autres estiment au contraire que la liberté créative est leur force, mais qu’elle n’est pas suffisamment accompagnée par un soutien à l’insertion professionnelle.
Manque de reconnaissance institutionnelle : les écoles d’art sont souvent considérées comme marginales dans l’enseignement supérieur, ce qui fragilise leur position face aux universités ou aux écoles privées.
Les débats actuels
Les Assises nationales des écoles d’art et de design de Marseille, début novembre 2025 (1), ont mis en lumière les enjeux : égalité des chances, conditions d’enseignement, et avenir de la création artistique dans un contexte de crise.
La ministre de la Culture a évoqué la possibilité de fermer certaines écoles jugées « en situation de crise », ce qui a provoqué un choc dans le milieu.
Les directeurs et enseignants insistent sur la nécessité de repenser l’enseignement artistique à l’horizon 2050, en intégrant davantage les enjeux numériques, écologiques - on se demande bien le pourquoi de l'écologie - et sociaux.
En résumé
Les écoles des beaux-arts en France restent des lieux de création et de liberté artistique, mais elles souffrent de fragilités structurelles : financement insuffisant, manque de reconnaissance académique, et insertion professionnelle difficile. Leur avenir dépendra de leur capacité à se réinventer et à mieux articuler expérimentation artistique et réalités socio-économiques.
1/ Communiqué de presse – Assises nationales des écoles d’art et de design 2025 à Marseille
L'ANdÉA réaffirme la force, la responsabilité et les valeurs du service public de la création.
Plus qu’une conférence, plus qu’un état des lieux, Demain l’école d’art : horizon 2050 est une déclaration d’urgence, une invitation à la mobilisation de l’intelligence collective.
Les Assises nationales des écoles d’art et de design 2025, organisées à Marseille par l’ANdÉA (Association nationale des écoles supérieures d’art et design publiques) en partenariat avec l’ANÉAT (Association nationales des écoles d’art territoriales de pratiques amateurs) et l’APPÉA (Association nationale des prépas publiques aux écoles supérieures d’art), représentant l’ensemble de la filière de l’enseignement artistique, ont réuni pendant trois jours plus de 500 participant·es : étudiant·es, enseignant·es, technicien·es, directeurs et directrices, personnels administratifs, bibliothécaires, artistes, chercheur·euses, élu·es, partenaires institutionnels et représentant·es des ministères.
Ces rencontres ont été l’occasion d’un dialogue riche, passionné, intense, parfois vif, avec le souci de la justesse et de la lucidité, toujours au service d’une pensée pour l’avenir du service public de l’enseignement artistique. Les nombreuses voix qui composent nos écoles s’y sont exprimées, illustrant la vitalité, la pluralité et la force critique d’un réseau profondément attaché à ses missions d’intérêt général. Les échanges ont réaffirmé avec force que les écoles d’art et de design sont des espaces irremplaçables de liberté d’expression, de création et de pensée critique sur l’ensemble du territoire. Dans un monde où ces libertés sont attaquées, parfois violemment remises en cause, il est plus que jamais nécessaire de préserver et défendre ces lieux d’expérimentation et de transmission, au cœur de la vie démocratique et culturelle.
L’ANdÉA appelle à un engagement des tutelles pour garantir des moyens à la hauteur des missions de ces établissements, dont la fragilisation économique met en péril la pérennité et la qualité du service public de la création.
L’événement a été profondément bouleversé par la diffusion d’une liste anonyme circulant sur les réseaux sociaux, dans le sillage d’Art Basel Paris, visant plusieurs personnalités du monde de l’art et des écoles. Ce contexte a abouti à l’annulation d’une table ronde. Cette situation a suscité une vive émotion parmi les participant·es et a soulevé la nécessité de la liberté du débat démocratique, sur des sujets de première importance pour les étudiant·es comme pour l’ensemble de la communauté des écoles d’art, dans le respect des personnes et de leurs diversités.
L’ANdÉA condamne avec la plus grande fermeté toutes les formes de violences et de discriminations, et reconnaît leur caractère structurel au sein du monde de l’art et de l’enseignement, comme dans la société tout entière. Ces violences exigent des réponses collectives, durables et responsables, fondées sur l’écoute, la formation, la prévention et la justice.
L’ANdÉA réaffirme son engagement à lutter sans relâche contre les violences sexistes, sexuelles et morales, à soutenir les victimes, à mettre en œuvre des dispositifs légaux et respectueux des personnes concernées et à refuser toute démarche qui s’apparenterait à un tribunal parallèle. L’ANdEA entend les colères tout en travaillant à garantir des règles communes, gages d’un sérieux plus que jamais nécessaire ; elle appelle les tutelles à un travail urgent et efficient pour que les écoles de l’enseignement supérieur Culture soient dotées d’accompagnements et d’outils structurels et financés.
La parole étudiante s’est exprimée avec force et engagement militant. Certain·es ont fait part de leur déception de ne pas avoir eu suffisamment d’espace dans les discussions et les assemblées. L’ANdÉA entend cette critique et en prend acte.
Nous comprenons et affirmons la nécessité de repenser, dès à présent, les formes de participation étudiante au sein de notre association. L’avenir du service public de la création ne peut se construire sans la voix de celles et ceux qui y apprennent, y vivent et y expérimentent.
Après la fermeture de trois écoles supérieures d’art, à Rueil-Malmaison en 2011, à Perpignan en 2016 et à Valenciennes en juin 2025, il faut sans tarder protéger un modèle fragilisé et rappeler la contribution essentielle de la création au bien commun.
Ouvrir la réflexion sur l’avenir de la création
Pour Ulrika Byttner, co-présidente de l’Andéa et directrice de l’École supérieure d’art et design Le Havre-Rouen, ces Assises marquent un tournant. « Nous voulons réfléchir à l’initiation artistique dès l’enfance et à la formation tout au long de la vie », explique-t-elle lors d’une conférence de presse donnée mi-octobre.
Une vingtaine de tables rondes rythment les débats, autour de grands thèmes : enseignement de la création, égalité des chances, conditions de travail des artistes et des designers. L’objectif est clair : bâtir une politique durable pour l’enseignement public de l’art et du design à l’horizon 2050, dix ans après les précédentes Assises organisées à Lyon en 2015.
Un contexte tendu pour les écoles d’art publiques
Ces discussions interviennent alors que le climat reste préoccupant. En juin 2025, l’École supérieure d’art et de design de Valenciennes — institution bicentenaire — a dû fermer, faute de financement. Deux autres écoles avaient déjà disparu à Rueil-Malmaison et à Perpignan, respectivement en 2011 et 2016.
« L’intérêt des jeunes pour nos formations explose, mais nos capacités d’accueil stagnent », note Ulrika Byttner. Les écoles doivent faire face à une hausse massive des candidatures sans moyens supplémentaires. Dans le même temps, l’enseignement privé gagne du terrain, rendant encore plus urgente la défense d’un service public de qualité.
Une filière en quête de stabilité et de reconnaissance
Bernhard Rudiger, vice-président de l’Andéa et professeur aux Beaux-arts de Lyon, souligne « un besoin croissant dans la société, notamment pour des cours du soir et des formations accessibles ». Mais l’équilibre financier des écoles reste fragile.
L’Andéa, qui regroupe environ 12 000 étudiants, veut clarifier les relations entre l’État et les collectivités, souvent sources de tensions budgétaires. Parmi les enjeux : garantir l’égalité des chances dans un système où certaines écoles accueillent jusqu’à 70 % de boursiers, et anticiper le vieillissement du corps enseignant.
Un signal d’alarme pour l’enseignement artistique
Les organisateurs des Assises appellent à définir un schéma directeur ambitieux et partagé, capable de dépasser les blocages actuels : diversité des statuts, sous-financement, absence de cadre national et inégalités de traitement.
Ces quatre journées marseillaises sonnent comme un avertissement pour une filière trop souvent sous-estimée. « Nos écoles des Beaux-arts ne peuvent plus couvrir leurs dépenses. Nous faisons face à une situation critique », conclut Bernhard Rudiger. Le défi : garantir la survie et la reconnaissance d’un enseignement essentiel à la vitalité culturelle du pays.
Publié par education-programme 21 Mars 2025 à 05:01 AM/image%2F1179757%2F20250321%2Fob_9b4a4f_eleves-villa-arson.jpg)
Les élèves de la Villa Arson accrochent leurs oeuvres
« Les projets d’enseignement sont conçus en partenariat avec de nombreuses structures publiques et privées – musées, centres d’art, festivals, scènes nationales, théâtres, fondations...
En plus de l’accès aux ateliers de production et d’expérimentation et aux galeries d’essais, la Villa Arson (une école d'art) offre à ses étudiants la possibilité de connaître toutes les modalités de la vie de l’œuvre d’art : de sa conception à sa production, des méthodes et des techniques de son exposition jusqu’à sa diffusion et à sa médiation. L’étudiant a ainsi un premier contact avec les autres métiers liés à la création artistique : le commissariat d’exposition, la régie et la production, la médiation culturelle, etc.
Aujourd’hui, l’établissement met en place plusieurs dispositifs d’accompagnement de l’étudiant vers l’après-diplôme, dont un workshop en régie et installation d’expositions, un programme de rencontres sur les aspects administratifs du quotidien de chaque artiste ou encore une exposition spécifiquement dédiée aux diplômés de la Villa Arson. »
Comme on le voit ici, les Ecoles des Beaux-Arts publiques en France sont un outil essentiel de perpétuation du grand délire de l’art « contemporain » d’Etat, qui relève plus de la psychiatries que de l’art ou de la culture.
Ces écoles ont un très très gros problème existentiel.
En effet, les collectivités locales qui les subventionnent à 81 % n’ont pas leur mot à dire… Ceci n’étant qu’une des moindres absurdités caractérisant ces établissements toxiques pour notre belle jeunesse et coutant très cher en argent public.
Quant à la « préparation au monde du travail » parlons -en ! C’est encore dans l’ordre du délirant déni de réalité. Car on sait bien que la plupart des diplômés ont plus de chance d’être caissier de super-marché, qu’artiste professionnel, après une période d’assistanat où l’appareil institutionnel les trimbale de résidences en résidences, entrecoupée d’expos en galeries municipales subventionnées, de Centres d'art, sans autre public que celui de l’entresoi cultureux local.
Nicole Esterolle
C'est l'un des objectifs fondamentaux de l'enseignement à l'école de Beaux-arts de Nice, dite Villa Arson C'est exactement ce qu'on voit sur l'image jointe au communiqué de presse intitulé " V...
La réouverture après travaux du Centre Pompidou, prévue dans cinq ans, coïncidera à n'en pas douter à de grands changements concernant le petit monde de l'art contemporain.
Déjà, avec de nouvelles autant que nécessaires orientations budgétaires, sans parler d'une mentalité et des appréciations forcément différentes après 50 ans d'un véritable diktat d'art dit contemporain ; rien n'est définitivement acquis, heureusement...
Après l'Opéra, la Comédie Française, c'est aujourd'hui le tour des radios et télévisions d'Etat de voir leur enveloppe très sensiblement diminuer. D'ailleurs France Info a débuté hier matin un mouvement de grève.
Quant aux débouchés professionnels des étudiants en art, effectivement, n'en parlons pas ! Les Frac n'achèteront plus et certains même, profitant des départs en retraites des fonctionnaires dédiés, fermeront. Idem pour les Centres d'art et la fermeture de celui de Pougues-les-Eaux ne constituera plus une exception.
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Avec les félicitations du jury
Françoise Nyssen, 17 mai 2017 Rachida Dati, 10 janvier 2024 Marc VERAT "L'art contemporain et ses institutions" Synthèse de P. GIRY LATERRIERE (1996) du Ministère J. TOUBON Une seule idée maît...
De : Nicole Esterolle <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé : vendredi 21 mars 2025 10:51
À : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Objet : Feu-le-centre-d-art-de-pougues.html
Bonjour Marc
pourriez-vous faire un texte sur la décrépitude des FRAC, leur disparition proche, faute d'argent de l'Etat, de public, de crédibilité, etc
Amicalement
Pierre Souchaud
Bonjour Pierre,
Je vous renvoie à quelques extraits de mon texte de 1996 : pages 5 à 19 et à l'avis de P. Giry-Laterrière, Chef de Cabinet de J. Toubon, ministre de la Culture à l'époque.
https://web.archive.org/web/20220208150514/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant5.htm
https://web.archive.org/web/20220208150530/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant6.htm
https://web.archive.org/web/20220208150532/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant13.htm
https://web.archive.org/web/20231002150621fw_/https://verat.pagesperso-orange.fr/polemic.htm
Envoyé : vendredi 21 mars 2025 10:51
À : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Objet : Feu-le-centre-d-art-de-pougues.html
Bonjour Marc
pourriez-vous faire un texte sur la décrépitude des FRAC, leur disparition proche, faute d'argent de l'Etat, de public, de crédibilité, etc
Amicalement
Pierre Souchaud
Bonjour Pierre,
Je vous renvoie à quelques extraits de mon texte de 1996 : pages 5 à 19 et à l'avis de P. Giry-Laterrière, Chef de Cabinet de J. Toubon, ministre de la Culture à l'époque.
https://web.archive.org/web/20220208150514/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant5.htm
https://web.archive.org/web/20220208150530/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant6.htm
https://web.archive.org/web/20220208150532/https://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant13.htm
https://web.archive.org/web/20231002150621fw_/https://verat.pagesperso-orange.fr/polemic.htm
CERTAINES INSTITUTIONS ONT- ELLES ENCORE UN AVENIR ?
"Ces fonds régionaux d’Art Contemporain, créés à partir de 1982, pour suivre la décentralisation mise en place par le gouvernement, vont se trouver inéluctablement confrontés aux problèmes d’espace, d’achat et de conservation des oeuvres (1).
Conformément à leurs statuts, ces institutions publiques ont acquis des oeuvres représentatives des courants significatifs, ou du moins considérés comme tels, de l’Art Contemporain. Ainsi, les collections comportent une part très importante d’oeuvres minimalistes et conceptuelles ou inscrites dans la postérité de ces tendances, avec une peinture figurative remarquablement et systématiquement absente.
Très souvent ces recherches conceptuelles, concrétisées par des « installations », affectionnent les compositions à base de matériaux et objets de récupération et elles n’ont guère de soucis quant à leur durabilité puisqu’elles peuvent être constituées de papier, de végétaux, de chiffons (2)...
En outre, on observe que certaines présentent l’inconvénient d’être à la fois encombrantes et d’une manipulation délicate. Le transfert de ces créations se trouve en conséquence malaisé et le volume non négligeable qu’elles occupent rend les espaces d’expositions et de réserves, mis à la disposition par les Régions, déjà proche de la saturation.
Ces constatations appellent plusieurs remarques en contradiction avec les deux objectifs fondamentaux fixés par le Ministère de la Culture pour les FRAC, à savoir : l’acquisition et la diffusion des oeuvres auprès du grand public ?
- L’acquisition des oeuvres, faute de moyens et d’espaces se raréfie. Il faut gérer la collection, les directeurs devenant de fait des conservateurs. L’essentiel du budget étant désormais réservé au fonctionnement.
- La diffusion dans différents lieux, par la nature même des oeuvres, est coûteuse, souvent compliquée, et surtout ne touche qu’un public pour le moins restreint.
- La conservation s’avère aléatoire, ce qui paraît ennuyeux lorsque l'on a pour ambition de constituer un patrimoine.
Les fonds régionaux sont gérés par des associations loi 1901 dont les buts (acquisition-diffusion) s’avèrent donc de plus en plus difficiles à respecter. Aussi, se trouvant à terme dans l’incapacité d’atteindre leurs objectifs, il semble nécessaire et logique d’envisager la dissolution pure et simple de ces associations et par voie de conséquence de prévoir la disparition des FRAC."
Aujourd'hui en 2025, avec de nouvelles autant que nécessaires orientations budgétaires nationales, sans parler d'une mentalité et des appréciations forcément différentes après 50 ans d'un véritable diktat d'art dit contemporain, l'Opéra, la Comédie Française, les radios et télévisions d'Etat voient leur enveloppe octroyée directement par le ministère de la Culture très sensiblement diminuer. Et ce n'est semble-t-il qu'un début !
Au niveau régional, pour cause aussi de budget contraint, c'est désormais le tour des Frac qui n'achètent plus et certains même, profitant des départs en retraites des fonctionnaires dédiés, fermeront. Idem pour les Centres d'art et la fermeture de celui de Pougues-les-Eaux en 2021 ne constituera plus une exception.
Relevé sur le site du ministère :
Depuis 2017 les Frac bénéficient d’un label du ministère de la Culture qui vient couronner des années d’engagement artistique et professionnel au service de l’intérêt général.
L'intérêt général, parlons-en ! Avec 99 % des créateurs exclus.
Les plus de 600 expositions qu’ils organisent par an sur l’ensemble du territoire sont un facteur décisif de la démocratisation culturelle.
La démocratie culturelle, ou autre, n'est qu'un leurre et cette publication officielle, aussi prétentieuse que mensongère sur les FRAC en représente, hélas, un accablant reflet.
Les Frac échangent avec tous les acteurs de l’art contemporain afin de préserver les différences de regards et de points de vue.
La peinture, notamment figurative, s'en trouve pourtant remarquablement et systématiquement absente.
Chaque Région française dispose d’une ou plusieurs collections d’art contemporain remarquables, qui contribuent à son rayonnement national et international.
Un rayonnement bien pâle après cinquante ans de subventions, et qui ne fait que suivre une tendance ou une mode venue, comme souvent, des Etats-Unis.
Les Frac ont accueilli dans toute la France plus de 1,5 million de visiteurs.
Il est pourtant de notoriété publique que ces lieux n'ont jamais eu de public.
Pour conclure :
Comment peut-on publier sur un site institutionnel de tels mensonges ?
Il est temps de mettre un terme à l'aberration des Frac, déjà par économie et justice républicaine, tout en profitant de l'occasion des départs en retraites des fonctionnaires dédiés.
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A chaque époque son art officiel !
Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement.
Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.



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