mardi 24 mars 2026

Je ne suis pas d'accord !

Directeurs de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris depuis 2000 - source : https://www.perplexity.ai/
Henry-Claude Cousseau (2000-2011) : Conservateur et historien de l'art, il a stabilisé l'institution après des périodes agitées. Gouvernance jugée parfois autoritaire.
Nicolas Bourriaud (2011-2015) : Théoricien de l'art relationnel, ex-directeur du Palais de Tokyo ; limogé pour manque de concertation.​ Vision jugée trop conceptuelle par certains ateliers.
Jean-Marc Bustamante (2015-2018) : Artiste plasticien enseignant aux Beaux-Arts. Mandat marqué par une crise interne profonde, accusations de harcèlement dans l’école, défiance étudiante. Départ non renouvelé dans un climat délétère.
Jean de Loisy (2019-2021) : Commissaire d'exposition renommé (ex-Palais de Tokyo), nommé pour son profil mais mandant bref au milieu de tensions structurelles. Difficultés à stabiliser l’institution.
Alexia Fabre (2021-2025) : Directrice issue du commissariat ; non reconduite en 2025 sur fond de projet de fusion polémique avec l’école d’architecture Paris-Malaquais.
Éric de Chassey (depuis 2025) : Historien de l'art et ex-directeur de l'INHA, avec une expertise en études curatoriales. ​Doit gérer une école en crise permanente.

Parmi ceux-ci il y a donc Jean Carrelet de Loisy d’Arcelot, qui est passé par le FRAC des Pays de Loire, puis le Carré d’Art de Nimes, puis la Fondation Cartier, puis le musée d’art moderne de Lille, enfin le Palais de Tokyo avant d’être nommé Directeur de la « prestigieuse » Ecole des Beaux-Arts de Paris.
C’est au titre de Directeur de l’ENSBA-Paris, que Le Monde vient de faire un entretien avec lui, on y apprend :
- Que Mr de Loisy a demandé qu’un psychologue et une assistance sociale soient à la disposition des élèves pour les soigner du traumatisme dù au « harcèlement moral et sexuel » qu’ils ont subi du précédent directeur Mr Bustamente, remercié pour cela par Mme Nyssen.
- Que pour être un artiste passionnant, il faut avoir des expériences passionnantes.
- Que les élèves travailleront « autour de la question du corps avec des yogis, des acrobates et des danseurs de Butô » et autour du Gamelan, cet instrument de musique indonésian, qui se joue à douze et véhicule des mythes.
- Qu’ils pourront partir avec des archéologues en Guyane ou méditer dans un temple Shaolin en Chine.
- Que tout cela permettra aux élèves, « de construire une œuvre en réaction au monde de façon non seulement émotionnelle, mais pensée. »
- Qu’il y aura une chaire « Queer gender studies » théorie du genre, parce que cela les passionne.

Question : Comme ex-directeur de l'école des Beaux-Arts de Paris, de 1989 à 1997, ne portez-vous pas aussi votre part de responsabilité ?
Yves Michaud
Je ne porte aucune responsabilité. J'avais reçu mission de réformer une école qui était une pétaudière. Je l'ai réformée mais j'ai toujours, je dis bien toujours, veillé au pluralisme : en même temps que j'invitais Marina Abramovic ou Peter Halley ou Krysztof Wodiczko, j'invitais Bioulès, Clément, Buraglio, donnais leur place à Pierre Faure ou Delahaie. Surtout, je rétablissais l'enseignement du dessin en première année à hautes doses et sous condition sélective sous toutes ses formes, depuis le modèle et la pose rapide jusqu'à la caricature (enseignée par Plantu) et au dessin d'architecture.
J'ai relancé la céramique et encouragé la taille directe. Je suis fondamentalement tolérant et pluraliste et je pense qu'une école d'art doit :
1) enseigner les bases les plus classiques,
2) permettre de rencontrer des artistes qui déclenchent des vocations fortes. Le reste, sous toutes ses formes, c'est de l'académisme ringard ou d'avant-garde. Il suffit de lire mon livre Enseigner l'art dans sa version complète pour trouver toutes ces idées. Avant même de diriger l'école, j'avais publié L'artiste et les commissaires, en 1989, quatre essais non pas sur l'art mais sur ceux qui s'en occupent.
A la suite de ma direction, les successeurs ont foutu le bordel en reprenant les mauvaises habitudes des profiteurs. Pacquement faisait son business, Cousseau jouait de la musique et laissait une folle bureaucratiser les enseignements, pendant onze ans ! Bourriaud n'a rien fait, de Loisy a fait des cocktails, Bustamante son business, Fabre rien du tout. Règne aujourd'hui l'académisme même pas d'avant-garde : c'est de l'art sous cellophane pour mondains de SayWho.
J'ajoute que je suis parti de mon plein gré pour retrouver une vie savante car je suis un réformateur, pas un administrateur et n'ai jamais eu de plan de carrière. Quand je suis parti, on m'a proposé beaucoup de choses : la présidence du centre Pompidou, la direction de la rue d'Ulm (j'aurais accepté dix ans plus tôt mais fin 1990, c'était foutu et irréformable et promis à l'effondrement actuel). La seule chose que j'aurais voulu, sans plaisanter, c'était la SNCF. Après avoir réformé un petit établissement, j'aurais aimé essayer pour un gros machin ingérable. Mais on ne m'a pas pris au sérieux et tant mieux...
Voilà vous savez presque tout. Je suis depuis toujours libertarien anarchiste mais ça ne m'empêche pas d'avoir de la poigne quand il faut. La liberté doit être la plus grande possible mais dans un cadre simple, intelligible et connu de tous.

De : Yves Michaud <michaud06@gmail.com>
Envoyé : mardi 24 mars 2026 07:42
À : Marc VERAT <m_verat@live.fr>

J'ai été celui qui a rétabli un enseignement lourd et éliminatoire du dessin entre 1992 et 1997. Après, tout est retombé à l'eau avec les apparatchiks Pacquement, Cousseau, Loisy et j'en passe, des meilleurs et des bien pires. Je n'avais pas trouvé de gens compétents pour enseigner modelage et maquette et le modelage était "privatisé" par des profs qui se croyaient bons à ça.

Le mar. 24 mars 2026 à 06:19, Marc VERAT <m_verat@live.fr> a écrit :

Le problème de fond concernant l'enseignement existe bien. La révolution est encore à venir.
Parmi les témoignages reçus, il y a maintenant une vingtaine d'années, je vous en joins quelques-uns :

----- Original Message -----
Sent: Sunday, November 25, 2007 4:57 AM
Subject: temoignage

Mr Marc-Verat (je vous ecris de Pologne alors je n ai pas d accents sur le clavier)
J ai 29 ans, a 20 ans je suis rentre aux Beaux Arts de Paris, et je m interroge sur la valeur des etudes artistiques aujourd hui.
Comment est-ce possible que pendant toutes les annees de college-lycee en France, mes professeurs m aient si peu appris? Ils nous faisaient faire des "arts plastiques", alors que la capacite a dessiner ne sert pas seulement a ceux qui veulent faire les Beaux Arts, mais aussi a tout ceux qui s orientent vers les arts appliques, du design, de l architecture, de la botanique...
Ils se comportaient avec nous comme des artistes, et pas comme des professeurs...
L Education Nationale n a pas fait son devoir.
Ensuite, j ai ete admis a l Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris.
Cette ecole a pour but de faire faire de l art a des jeunes gens qui viennent a peine d y rentrer et la majorite peine a trouver un sens a sa propre passion.
Avec la disparition de l academisme il y a un enorme vide, du a l absence du sujet et a un grand manque d habilite "technique".
Les grands artistes modernes ont, pour la plupart, fait evoluer leur vision du monde de leurs acquis academiques vers des visions nouvelles, mais ils n ont jamais cru que ces acquis etaient desuets, c etait la base de leur connaissances.
Si on veut peindre comme Picasso il ne faut pas etudier Picasso, mais dabord etudier ce que Picasso etudiait.
Il y a trop d eleves qui passent ces etudes en pure perte sans avoir pu developper aucun atout particulier. On sait pourtant que la concurrence dans le marche de l art est feroce a la sortie de l Ecole. Alors pourquoi des etudes si desinvoltes?
Pour regagner ses lettres de noblesse cette institution doit redonner a ses eleves un niveau de dessin et d expression qui les rendent non seulement apte pour une future carriere artistique, mais aussi pour tous les autres domaines, du design, de l infographie, de l architecture, de la decoration...
Je propose d inverser la prevalence des ateliers artistiques sur les ateliers techniques, pour arreter de mettre la pression sur les eleves - de faire tout de suite quelque chose d eminemment artistique sans en trouver le sens. Merci

----- Original Message -----
Sent: Friday, March 26, 2010 1:36 PM
Subject: Re : Excellente page à propos de l'ART CONTEMPORAIN ET ENSEIGNEMENT.

Ayant eu un cursus Beaux-Arts puis fac d'arts, j'ai également bcp réfléchis à cette thématique.
Au collège, on se souvient tous de la fascination qu'exerçait le 'crac' en dessin. Ce désir mimétique habite, à mon sens chacun de nous, enfant et adulte et même les détracteurs de l'art réaliste, qui bien souvent face à leur incapacité à représenter le réel, l'ont rejeté par un mépris agressif.
D'ailleurs les personnes incapables de représenter le réel se rabattent sur l'abstraction ou l'art de l'idée, stratégie de détournement de la difficulté. Ces pseudos artistes avancent que l'idée (émanant de l'intellect) et supérieure a la technique. Ils oublient que l'art a toujours été conceptuel que ce soit dans les choix de composition, de lumière, etc ...
Aux Beaux-arts de Nancy (ou l'on enseigne plus les beaux-arts, d'ailleurs a Nancy, l'école se nomme l'ensan), les profs sont davantage des théoriciens que des pratiquants. La technique méprisée y est absente. Exemple de conséquences : aux portes ouvertes de l'ecole, c'est plutôt triste. Les étudiants sont pour la plupart des enfants de familles sans pb d'argent (on préfère les mac aux PC), bizarrement le pourcentage de 'noirs' et d'arabes' (1000 excuses pour cette appellation) est extrêmement faible ... Normal puisque les arts plastiques font partie de la culture élitiste, comme le sont le théâtre ou la musique classique. Ce qui a toujours été et le sera toujours.
L'absence d'école sérieuse d'art provoque une prolifération d'artistes 'conceptuels' et l'art réaliste pratiqué par les peintres du dimanche qui font se qu'ils peuvent, c'est-à-dire peu, est très arrangeant pour les détracteurs...
A l'époque ou je préparais le CAPES d'arts plastiques, j'ai été stupéfait devant la médiocrité du dessin des 'capessiens'. Si le dessin d'observation aux beaux-arts est rudimentaire, en fac, il est tout simplement absent. Ainsi les étudiants, futurs professeurs, sont réduits à créer des 'effets', genre pochoir et gomettes.
Aujourd'hui en France règne l'art de l'Idée. Tout le monde peut se proclamer artiste puisque la technique n'est plus importante. Par conséquent toutes les idées se valent et il n'y a plus de hiérarchie, plus le Paragone. D'ailleurs on ne dit plus c'est beau (beauté de la réalité objective comme vous le dites parfaitement), mais c'est intéressant. Dans le terme intéressant il y a intérêt, et je me demande bien ou réside l'intérêt à contempler des oeuvres de Jeff Koons si ce n'est pour dvp sa culture générale et jouer à Trivial pursuit...
Excusez cet écrit désorganisé, mais la passion l'emporte sur la raison.

----- Original Message -----
Sent:Wednesday, March 24, 2010 5:19 PM
Subject: Re: Villa Médicis

Cher Monsieur,
Merci pour votre étude sur la Villa Médicis. Nous ne sommes pas loin de penser la même chose, par conséquent je vous donne raison...
Cordialement,
Yann Gaillard
marc verat a écrit :
Bonjour Monsieur le Sénateur,
Dans mon étude sur l'art académique, je me suis permis de reprendre votre rapport sur la "Villa Médicis", je n'ai pas manqué d'en citer la source.

Avec toute ma considération,
Marc VERAT
Sénat. Extraits du Rapport d'information n° 274 de M. Yann GAILLARD, fait au nom de la commission des finances, déposé le 18 avril 2001

----- Original Message -----
Sent: Friday, October 12, 2007 12:08 PM
Subject: ART CONTEMPORAIN ET ENSEIGNEMENT

Bonjour Marc Verat,
Ma déception et ma sensation d'étouffement dans le milieu artistique a commencé à l'époque où j'étais étudiante en 1991.
Je suis née à Téhéran (Iran). Je suis arrivée en France en octobre 1989 et un an plus tard j'ai commencé des études d'Arts-Plastiques à l'université PARIS VIII.
Je ne voudrais pas être ingrate ni cracher dans la soupe mais je dois dire que je n'ai rien appris de nouveau au niveau de la pratique de l'art.
Heureusement, j'avais déjà un bon bagage. Je dessine depuis mon enfance, surtout des portraits et j'ai été élevée dans une famille où l'art a toujours eu une place privilégié.
A l'université PARIS VIII, la plupart du temps je ne comprenais pas ce qu'on nous demandait, j'avais l'impression d'être sur une autre planète et puis, au fur et à mesure, j'ai bien compris que je n'étais pas la seule.
Il y avait beaucoup de cours théoriques mais pas assez de pratique et puis je ne m'attendais pas à cette façon de valoriser certains tableaux ; à valoriser autant (si on peut appeler ça de l'art) l'art conceptuel.
Nous n'avions pas de modèle vivant et le jour où l'un de nos profs en a eu marre, il nous a proposé d'être notre modèle vivant, il a été sanctionné, mais la séance nous a été utile, à moi comme à d'autres étudiants.
Il était bien le seul prof à ne pas être un mouton.
Je pense que le problème en France, si je peux me permettre, c'est le manque de cours de dessin. On n'apprend pas à dessiner, ni les règles de la perspective aux élèves.
Bref, quand j'ai envie de voir de vraies peintures et aussi me fortifier l'oeil pour mieux peindre, je vais au Louvre. Je pense qu'il n'y pas de meilleur endroit pour apprendre.
Les tableaux nous parlent, ils ont une âme, ils me font vibrer, je me sens bien.

Cordialement,
Mahtab également sur myart

----- Original Message -----
Sent: Monday, November 21, 2005 4:15 PM
Subject: Re: Faut-il supprimer la délégation ?

L'Art contemporain et ses institutions.
Tout à fait EXCELLENT !!!
Mon expérience d'un an à la DAP m'a donné un début de réponse...

At 14:30 21/11/2005 +0100, vous avez écrit:
La culture générale s'est démocratisée. A la version latine de la Troisième République s'est progressivement substitué la sélection par les mathématiques, aux résultats peu contestables et sans doute plus justes. Dans le domaine des Beaux-Arts, l'académisme a laissé place au "concept", forcément subjectif, donc sujet à une sélection arbitraire.
Outre les partisans de l'art moderne, les "lauréats-professionnels" de l'art contemporain ont très souvent tourné en dérision l'art académique et dénoncé l'ancien système des Beaux-Arts. Pourtant les artistes de cette tendance qui privilégie le conceptuel ou le minimalisme bénéficient largement du soutien de l'administration, véritable substitut aux Salons officiels du Second Empire et de la Troisième République.
Mais au contraire de l'art académique, finalement en son temps très populaire, l'art contemporain n'a pas ou presque pas de public et sans l'appui des structures mises en place par l'État son existence même paraît improbable, sa légitimité s'en trouve donc vivement remise en cause.
.....entre ces voies contraires : professionnels (et souvent fonctionnaires) / amateurs et conceptuels / figuratifs, existe-t-il encore aujourd'hui une place pour l'Art, pour son ministère ?

Henri MAUREL
Chargé mission auprès du Délégué
Délégation aux Arts Plastiques
Ministère la Culture et de la Communication
3 rue de Valois
75042 - Paris
tél : 01 40 15 74 73

----- Original Message -----
Sent: Thursday, November 29, 2001 6:39 PM
Subject: Les Arts plastiques

J'ai mis votre adresse web dans ma partie liens sur des réflexions et la polémique. D'autre part, j'ai regardé vos pages sur le fonctionnement administratif dont certains points m'intéressent particulièrement :
-"...comme le souligne Fabrice Thuriot, les auteurs de ces oeuvres conceptuelles et minimalistes, en général, sont peu tolérants..." Avez-vous des références web ou autres sur ce type de comportement ? J'ai l'impression que les défenseurs de l'art contemporain sont plus agressifs que les opposants.
-"...de former un nouveau système fermé..." Je pense faire une page sur ce point. La liberté de l'artiste contemporain s'en trouve réduite.
-"...Quant au choix de l'artiste, il n'y a pas de concours, pas de cahier des charges..." Avez-vous des références ? (il doit y en avoir dans les livres de Heinich mais il serait intéressant d'en avoir d'autres).
Pour la cathédrale de Nevers, y-a-t-il eu concours entre différents artistes ? Lorsque le secteur public souhaite sous-traiter un travail au privé, normalement il doit mettre en concurrence les différentes entreprises du privé selon une procédure, sinon cela sort de la légalité et on parle alors de marché truqué.

Le monde de l'art (des arts ?) commence à bouger, aussi bien au niveau de l'art officiel que l'on nous impose que de la place des artistes au sein de la sphère du pouvoir. J'ai même trouvé un site montrant que le public se réveille aussi.
Dans l'objectif de démocratiser le monde de l'art vis-à-vis du public et des artistes, je suis en train de contacter les associations et les artistes intéressés, à priori, et dont j'ai l'adresse. Une idée serait de faciliter la circulation d'informations, par exemple en créant une plaque tournante de type annuaire, qui relierait les sites défendant la démocratie dans l'art ou dans les arts.
Une autre idée serait de créer un réseau de sites se renvoyant les uns vers les autres, afin de créer une "synergie" permettant de dynamiser la démocratie dans l'art... Tout ceci ne peut se développer bien entendu qu'avec le soutien d'un certain nombre de personnes convaincues.

Philippe Declerck
Maître de conférence, Angers

lundi 23 mars 2026

Décalage entre école des Beaux-Arts et réalités professionnelles

Le modèle pédagogique des écoles des Beaux-Arts semble difficile à réformer avec des ateliers hétérogènes, dépendants de la personnalité du professeur. Les tentatives de correction se heurtent à une culture valorisant la liberté totale plutôt qu’un cadre structuré. Les enseignants sont souvent des artistes rarement formés à la pédagogie. L'instabilité des directions et les tensions internes entre administration, professeurs, étudiants empêchent les réformes de fond.
L’école reste centrée sur la figure de l’artiste-auteur, avec une tradition qui valorise l’artiste libre, autonome, détaché des logiques de marché. Le décalage entre la formation proposée et les réalités professionnelles affecte la perception et l'utilité externe de l’école.

Directeurs de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris depuis 2000 - source : https://www.perplexity.ai/
Henry-Claude Cousseau (2000-2011) : Conservateur et historien de l'art, il a stabilisé l'institution après des périodes agitées. Gouvernance jugée parfois autoritaire.
Nicolas Bourriaud (2011-2015) : Théoricien de l'art relationnel, ex-directeur du Palais de Tokyo ; limogé pour manque de concertation.​ Vision jugée trop conceptuelle par certains ateliers.
Jean-Marc Bustamante (2015-2018) : Artiste plasticien enseignant aux Beaux-Arts. Mandat marqué par une crise interne profonde, accusations de harcèlement dans l’école, défiance étudiante. Départ non renouvelé dans un climat délétère.
Jean de Loisy (2019-2021) : Commissaire d'exposition renommé (ex-Palais de Tokyo), nommé pour son profil mais mandant bref au milieu de tensions structurelles. Difficultés à stabiliser l’institution.
Alexia Fabre (2021-2025) : Directrice issue du commissariat ; non reconduite en 2025 sur fond de projet de fusion polémique avec l’école d’architecture Paris-Malaquais.
Éric de Chassey (depuis 2025) : Historien de l'art et ex-directeur de l'INHA, avec une expertise en études curatoriales. ​Doit gérer une école en crise permanente.

Évaluation des compétences selon l'Intelligence Artificielle
Ces directeurs possèdent en principe des compétences en théorie artistique, gestion institutionnelle et innovation pédagogique. Ils sont souvent issus d'écoles ou d'institutions prestigieuses tels que le Palais de Tokyo ou le Musée d'art moderne. Quelques limogeages (Bourriaud, Bustamante) ont entraîné une crise structurelle – concurrence européenne, coupes budgétaires, revendications étudiantes – dans un contexte où le ministère de la Culture exerce une forte tutelle. Globalement, ces responsables sont considérés comme relativement compétents par leurs pairs, malgré les défis d'une institution historique en mutation.
Nicolas Bourriaud a été limogé de son poste de directeur de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA) en juillet 2015 par la ministre de la Culture Fleur Pellerin, dans une décision soudaine et controversée. La ministre a justifié ce départ par la nécessité de donner un nouvel élan à l'école, en promouvant une gouvernance collaborative, une diversité sociale des étudiants, un rayonnement international avec convergence entre patrimoine et création contemporaine.
Bourriaud et ses soutiens ont dénoncé une décision arbitraire, survenant malgré un renouvellement récent de son mandat pour trois ans. Les frondes internes portant sur la location d'ateliers, ses voyages à l'étranger et un supposé manque d'intérêt pour le musée de l'école ont précipité son départ. Des étudiants ont pétitionné en sa faveur, et des démissions au conseil d'administration ont suivi, illustrant les tensions récurrentes dans cette institution difficilement gouvernable.
L'affaire a provoqué une polémique médiatique – pétitions, interviews choc, indignation sur les réseaux – elle reflète les défis structurels des Beaux-Arts, avec deux limogeages en cinq ans. Bourriaud est ensuite revenu au Palais de Tokyo.

Alors, sont-ils réellement compétents ?
Tous ont un CV impressionnant : conservateurs, artistes majeurs, théoriciens, directeurs d’institutions prestigieuses.
Les Beaux-Arts de Paris restent une institution prestigieuse mais structurellement compliquée à diriger : trop d’acteurs, trop d’héritage, trop d’attentes contradictoires. Contrairement à une université classique, l’ENSBA fonctionne comme une république d’ateliers, les professeurs sont des artistes, ils disposent d’un pouvoir symbolique sur les étudiants ; ils sont difficiles à évaluer, à déplacer, à sanctionner.
Résultat : le directeur est un souverain sans armée. Il a le titre, mais pas les leviers.
C’est un cas typique de bureaucratie professionnelle. Les experts, ici les artistes-professeurs, contrôlent l’organisation sans soucis de la hiérarchie.
Plusieurs facteurs structurels rendent l’école instable, son héritage historique écrasant, un corps enseignant hétérogène composé de générations différentes, d'esthétiques opposées, de statuts variés ; conflits latents entre abstraction, figuration, conceptuel, numérique, etc.
Le ministère intervient sur les nominations, les changements de cap sont fréquents avec des directeurs souvent “parachutés” sans consensus interne.
L'organisation de l'école ne fait que refléter l'image de la crise du champ artistique lui-même. Les tensions internes de l’ENSBA sont le miroir de tensions plus larges : Crise de légitimité de l’art contemporain, une partie du public rejette les formes conceptuelles ; une autre exige plus de radicalité. Crise de la transmission, comment enseigner l’art dans un monde où les techniques explosent, où les identités se politisent, les modèles esthétiques se fragmentent ? Crise du rôle de l’artiste, l’artiste est-il un artisan ? Un intellectuel ? Un entrepreneur culturel ? Un créateur d’images pour Instagram ? L’école se trouve prise dans ces contradictions.

Yves Michaud, né en 1944 à Lyon, est philosophe français.
Élève de l’École normale supérieure (ENS), présenté par Louis Althusser, agrégé de philosophie en 1968.
Thèse de doctorat sur David Hume, publiée sous le titre Empirisme, analyse et philosophie chez David Hume (1981).
Enseigne à l’université de Rouen, à l’université de Paris‑Sorbonne, et tient des postes invités à Berkeley, Édimbourg, São Paulo, etc.
Directeur de l’École nationale supérieure des beaux‑arts de Paris de 1989 à 1995.
Mandat à la direction de l'école des Beaux-Arts
Yves Michaud, philosophe et critique d’art, a été nommé directeur de l’École nationale supérieure des beaux‑arts de Paris en 1989 par le ministre de la Culture Jack Lang, et il a occupé cette fonction jusqu’aux alentours de 1995. Durant cette période, il a mené une politique de réforme marquée par une volonté de modernisation de l’école et de redonner à celle‑ci un rayonnement international.

Question : Comme ex-directeur, ne portez-vous pas aussi votre part de responsabilité ?
Yves Michaud
Je ne porte aucune responsabilité. J'avais reçu mission de réformer une école qui était une pétaudière. Je l'ai réformée mais j'ai toujours, je dis bien toujours, veillé au pluralisme : en même temps que j'invitais Marina Abramovic ou Peter Halley ou Krysztof Wodiczko, j'invitais Bioulès, Clément, Buraglio, donnais leur place à Pierre Faure ou Delahaie. Surtout, je rétablissais l'enseignement du dessin en première année à hautes doses et sous condition sélective sous toutes ses formes, depuis le modèle et la pose rapide jusqu'à la caricature (enseignée par Plantu) et au dessin d'architecture.
J'ai relancé la céramique et encouragé la taille directe. Je suis fondamentalement tolérant et pluraliste et je pense qu'une école d'art doit :
1) enseigner les bases les plus classiques,
2) permettre de rencontrer des artistes qui déclenchent des vocations fortes. Le reste, sous toutes ses formes, c'est de l'académisme ringard ou d'avant-garde. Il suffit de lire mon livre Enseigner l'art dans sa version complète pour trouver toutes ces idées. Avant même de diriger l'école, j'avais publié L'artiste et les commissaires, en 1989, quatre essais non pas sur l'art mais sur ceux qui s'en occupent.
A la suite de ma direction, les successeurs ont foutu le bordel en reprenant les mauvaises habitudes des profiteurs. Pacquement faisait son business, Cousseau jouait de la musique et laissait une folle bureaucratiser les enseignements, pendant onze ans ! Bourriaud n'a rien fait, de Loisy a fait des cocktails, Bustamante son business, Fabre rien du tout. Règne aujourd'hui l'académisme même pas d'avant-garde : c'est de l'art sous cellophane pour mondains de SayWho.
J'ajoute que je suis parti de mon plein gré pour retrouver une vie savante car je suis un réformateur, pas un administrateur et n'ai jamais eu de plan de carrière. Quand je suis parti, on m'a proposé beaucoup de choses : la présidence du centre Pompidou, la direction de la rue d'Ulm (j'aurais accepté dix ans plus tôt mais fin 1990, c'était foutu et irréformable et promis à l'effondrement actuel). La seule chose que j'aurais voulu, sans plaisanter, c'était la SNCF. Après avoir réformé un petit établissement, j'aurais aimé essayer pour un gros machin ingérable. Mais on ne m'a pas pris au sérieux et tant mieux...
Voilà vous savez presque tout. Je suis depuis toujours libertarien anarchiste mais ça ne m'empêche pas d'avoir de la poigne quand il faut. La liberté doit être la plus grande possible mais dans un cadre simple, intelligible et connu de tous.

Fermons l'école des Beaux-Arts de Paris !
Je ne suis pas d'accord.
Je pense :
1) qu'il y a toujours place pour un enseignement de base des arts (je dis bien des arts en y incluant l'architecture) exigeant, ancré sur le dessin (sous toutes ses formes et pratiques), le maquettage-modelage (fondamental), les pratiques numériques et une culture générale large mais solide (compte tenu de l'ignorance abyssale dispensée par l'enseignement primaire et secondaire).
2) que l'école des Beaux-arts sur le site Bonaparte-Malaquais doit disparaître et qu'une école reposant sur les principes précédents 1 doit être reconstituée en banlieue dans une friche type Poush à Aubervilliers.
3) que le site Bonaparte-Malaquais doit être rénové de fond en comble afin d'accueillir une extension du Louvre alors que les projets de Macron au Louvre sont idiots, coûteux et inadaptés à un site qui doit juste être entretenu et allégé. Cette extension s'accompagnerait d'activités de loisir-commercial puisque de toute manière, le site Bonaparte-Malaquais n'est adapté pour 40 à 50 % de son emprise qu'à des activités de représentation (défilés de mode, cocktails, réceptions).
J'ai écrit tout ça dans La nouvelle Querelle des Beaux-Arts publié chez Fayard il y moins d'un an (en 2025), mais avec les conneries de Dati et de Macron et du maire du 6ème Lecoq (un sacré crétin pécressien) on n'a parlé que du lango-macrono projet pour le Louvre. Seule Laurence des Cars avait réagi positivement car elle voyait bien la sottise du projet Macron.
De toute manière on ne dit pas assez que le site Bonaparte-Malaquais est dans un état architectural pathétique et demande des travaux très lourds. Si on continue la politique actuelle du chien crevé au fil de l'eau, on fera du bricolage de sauvetage pendant quinze ans.
Je suis bien d'accord en revanche sur le fait que l'école actuelle est une poubelle pour accueillir la mini jet-set des faux collectionneurs parisiens et des apparatchiks culturels qu'on voit sur Saywho.
Yves Michaud

ATTENTION ! La notice Wikipédia me concernant est sans valeur. Des pans entiers de mes activités et publications sont censurés ou falsifiés à la suite d'interventions hostiles.
Seules ma liste de publications sur Amazon et ma notice Who's Who font foi.

dimanche 22 mars 2026

Fermons l'école des Beaux-Arts de Paris !

Fin de siècle, les élèves de l’École des Beaux-Arts de Paris

Comme il est de notoriété publique, on n'apprend plus rien dans cette école (ENSBA), qui n'a plus aucun sens depuis longtemps.
Déjà dans les années 1980, le très contemporain Pol Bury se montrait catégorique :
"S'il était permis d'être radical, on affirmerait que l'abandon de l'académisme entraîne, par voie de conséquence, l'abandon de l'enseignement des beaux-arts. L'académisme, grâce à ses règles strictes, était forcément pédagogique, donc transmissible. Il est contraire à l'essence même de l'avant-garde de se laisser codifier, donc de se transmettre à travers un enseignement."
En avril 2023, la distinguée Nicole Esterolle titrait dans sa Gazette :
ARRÊTEZ LE CARNAGE ! IL FAUT FERMER DARE-DARE LES ÉCOLES DES BEAUX-ARTS !
Publié également sur facebook, son texte avait obtenu 28 000 vues. Ce qui, d'après elle, mesurait l’attention inquiète portée au sujet des écoles d’arts publiques, comme outil d’endocrinement et de décervelage, financé par le contribuable.
Mais alors que faire des bâtiments historiques de la rue Bonaparte ?
L'idée la plus intéressante serait de saisir cette opportunité afin de transformer les locaux en musée des dépôts réglementaires des élèves de l’École. Avec, en premier lieu l'exposition des Prix de Romes, complétée des dessins scolaires de peintres ou sculpteurs, des travaux pour les concours du Torse ou de la demi-figure peinte, de la Tête d'expression. Toutes figures imposées par l'Académie et qui témoignent, de façon incontestable, des qualités au moins techniques des élèves.
Sur un total de plus de 450 000 œuvres conservées par l’École des Beaux-Arts, 75 000 figuraient en 2017 dans la base : http://www.beauxartsparis.fr/ow2/catzarts. Celle-ci comportant aussi bien des peintures, sculptures, objets d’art, dessins de maîtres et d’architecture, que des photographies, estampes ou livres et manuscrits.

Que reste-t-il aujourd'hui de cette prestigieuse École des Beaux-Arts de Paris ?
Jusqu’aux années 1960, les Beaux-Arts reposaient sur un modèle hérité du XIXᵉ siècle : copie de plâtres, anatomie, perspective, composition, concours d’entrée fondés sur le dessin d’observation. Le dessin était considéré comme la base de toute pratique artistique, même pour les peintres abstraits.
Mais ensuite, ce que l'on a appelé l'avant-garde a valorisé l’idée plutôt que la maîtrise technique. Duchamp, puis l’art conceptuel, ont prétendu que "L’art, c’est l’idée, pas la main." Avec ce paradigme, le dessin académique est devenu suspect, associé à un art bourgeois, passéiste, et non critique. Les écoles d’art ont tout naturellement suivi et se sont transformées en lieux de réflexion, de recherche, de discours.
L'année 1968 sera décisive. Elle supprime de nombreux concours, aboli les ateliers de copie, introduit la pédagogie sur dossier, remplace les professeurs par des artistes intervenants.
Le dessin académique était perçu comme symbole d’autorité, de tradition, de hiérarchie. S’en détacher, c’était affirmer une liberté artistique. La liberté a gagné, l’art n’est plus prisonnier de la virtuosité. Les étudiants peuvent inventer leur propre langage. Ce faisant, on a sacrifié une compétence fondamentale car le dessin structure le regard, la composition, la compréhension de l’espace. En outre, la liberté sans outils peut devenir une impasse.
Sous l’effet combiné de la lenteur des réformes, de l'isolement, de la concurrence internationale, le prestige historique de l'école s’est progressivement érodé par rapport à son aura quasi hégémonique d’autrefois.
Les Beaux-Arts de Paris, au cœur du système académique et des commandes publiques, incarnaient une voie de légitimation artistique. Néanmoins, dès le début du XXe siècle, l’école est déjà critiquée comme incapable de suivre les avant-gardes, ce qui donnera l’image d’une vieille dame en retard sur son temps.
L’enseignement est resté longtemps académique, centré sur les disciplines classiques et sur le modèle de chef d’atelier, alors que d’autres écoles (Bauhaus, Black Mountain College, etc.) expérimentaient des pédagogies plus ouvertes et pluridisciplinaires.​
De 1960 à 2000, les Beaux-Arts se transforment afin de se conformer à la tendance dominante, avec une ouverture aux pratiques contemporaines avec croisement des médiums, mais en conservant quelques décalages avec la scène internationale.
L'École demeure prudente au changement en raison de son prestige historique, des résistances internes et des contraintes structurelles. Le système d'ateliers, pilier de la pédagogie depuis des siècles, est défendu par plusieurs professeurs et étudiants qui y voient une marque d'identité.
Dans les années 1970 les écoles d’art évoluent en établissements d’enseignement supérieur alignés sur l’université. Le recrutement de professeurs-artistes est issu de l’art contemporain qui valorise la recherche et le discours sur le projet, l'ancien modèle se trouve ainsi explicitement rejeté comme réactionnaire.
La technique devient synonyme de non-créativité, c’est un point rarement dit mais essentiel. Dans les élites culturelles contemporaines, le savoir-faire est souvent perçu comme uniquement artisanal, la maîtrise du dessin est associée à l’amateurisme ou à l’art commercial. La valeur se déplace donc vers le concept, le réseau et la posture critique. Autrement dit : savoir dessiner n’est plus un signe de distinction, alors que savoir parler de son travail, le devient. Les écoles publiques restent majoritairement alignées sur ce postulat conceptuel. On y forme des artistes, pas des dessinateurs et encore moins des techniciens de l'art.
Nonobstant, depuis une quinzaine d'années, on observe une réhabilitation avec un retour de l'intérêt pour la figuration objective, au moins dans certaines écoles privées.

L’enseignement avec l’art conceptuel officialise la primauté de l’idée sur la forme.​ La mission des écoles se déplace de la maîtrise technique vers la production de projets théoriques.
Le modèle académique fondé sur la copie, le modèle vivant, l’anatomie, est considéré comme conservateur, voire réactionnaire. Les écoles ont réorienté en conséquense leurs cursus vers la recherche, la vidéo, la photo, l’installation ou toutes autres disciplines jugées plus en phase avec l’art contemporain.
Le dessin, au lieu d’un enseignement systématique, est devenu un outil parmi d’autres, optionnel ou intégré dans des unités plus larges. Par ailleurs, une partie du corps enseignant ayant été formée dans ces années anti‑académiques n’a plus, ou peu, de culture académique à transmettre, ce qui entretient le recul de cette pratique. D'autre part on observe une incompréhention notable, entre l'a priori populaire du savoir dessiner et la réalité du cursus des beaux‑arts, centré sur la réflexion critique et les pratiques subjectives et abstraites.​ Cette réalité nourrit, en réaction, tout un réseau d’ateliers privés, d'académies indépendantes et formations en ligne qui se spécialisent dans la reconstitution d’un enseignement rigoureux, notamment d’après modèle vivant.
Les Beaux-Arts de Paris ont basculé vers la logique licence‑master qui implique une articulation recherche-mémoire, avec jury extérieur et une forme de normalisation copiée sur l’université. La période d'avant 2000 avait déjà connu le passage du maître unique à un collège d’enseignants ponctué de parcours mobiles entre plusieurs ateliers. Après 2000, cette logique se renforce, l’atelier reste mais devient un lieu de passage articulé à des séminaires, workshops, interventions d’artistes et autres dispositifs de suivi individuel.
L’ouverture aux médiums contemporains : installation, vidéo, photo, pratiques numériques, édition, se consolide. Les études montrent une diversité d'options, d'unités de recherche, de cours théoriques, de projets collectifs, dans une logique plus pluridisciplinaire que ne l'avait été l’ancien régime académique.​
Les dispositifs actuels visent la professionnalisation par stages, on insiste sur la capacité à présenter sa démarche, à écrire, à se situer dans la scène contemporaine et l'école met en avant la nécessaire anglophonisation.

Les problèmes récurrents de gestion et d’organisation
Un rapport de la Cour des comptes portant sur la période 2001‑2011, épingle une gestion administrative déficiente, de mauvaises conditions de conservation du patrimoine, des activités jugées confidentielles, déficitaires, et un manque de stratégie.
L’école est décrite comme isolée, partageant peu de fonctions ou de projets avec les autres grandes écoles d’art, ce qui affaiblit sa lisibilité et sa capacité à se positionner comme école de niveau mondial.
Le rapport souligne un cloisonnement sur les seuls beaux-arts, à rebours de la tendance internationale à mélanger arts, design, médias et pratiques numériques. Cette spécialisation, combinée à un réseau international limité, réduit les débouchés, l’empreinte de l’école à l’étranger et sa capacité à rivaliser avec des institutions plus riches, plus diversifiées et plus connectées.
Le rapport de la Cour des comptes de 2014 pointe, quant à lui, non seulement une mauvaise gestion mais aussi un manque d'internationalisation et des budgets mal utilisés face à la concurrence étrangère. Une instabilité des directions avec plusieurs limogeages en cinq ans, et l'absence de tout contrat de performance.
La Cour formule plusieurs grandes orientations que les ministères de tutelle sont invités à mettre en œuvre pour redresser l’ENSBA, à savoir :
- Clarifier la stratégie et le pilotage en définissant une orientation claire concernant son rôle dans le paysage des écoles d’art, son positionnement international, son articulation pédagogie/patrimoine.
- Conclure un véritable contrat de performance avec objectifs, indicateurs et suivi pour encadrer la gestion de l’école.
- Sortir de l’isolement institutionnel en organisant des mutualisations avec les autres écoles d’art, en valorisant des projets pédagogiques communs.
- Inscrire l’école dans une stratégie nationale pour l’enseignement supérieur en arts plastiques et la compétition universitaire mondiale, plutôt que la gérer comme une entité isolée.
- Ouvrir davantage le recrutement des étudiants et du corps professoral à l’international.
- Prendre des mesures radicales pour améliorer la conservation et la valorisation des collections jugées mal conservées et mal exploitées.
- Envisager un adossement à de grandes institutions (INHA, BnF, Louvre, Orsay, Centre Pompidou, etc.) pour la conservation, le catalogage, la numérisation et la restauration des collections.
- Mener une réflexion d’ensemble sur l’activité d’expositions, au bilan qualifié de médiocre, afin de réduire les déficits et de mieux les articuler à la mission pédagogique et au rayonnement de l’école.
- Mettre en place une gestion plus rigoureuse : comptabilité analytique, schéma directeur des travaux, procédures de contrôle interne, outils de programmation et de suivi des activités.
- Clarifier les responsabilités entre l’ENSBA et ses tutelles pour éviter les carences de pilotage et favoriser des choix de gestion optimisés, notamment immobiliers et budgétaires.
En filigrane, la Cour appelle les ministères à ne pas se contenter de corrections techniques, mais à engager une réforme de structure si nécessaire y compris une réforme des statuts, afin d’assurer à l’ENSBA une place cohérente et solide dans le système français et international des écoles d’art.

Jules Lefèbvre - La Mort de Priam, Prix de Rome 1861, huile sur toile, 146 X 114 cm

Propositions relatives au secteur culturel, s'inscrivant dans le cadre de la réduction du déficit public
Sur les ravages de cinquante ans de progressisme culturel auxquels les réseaux de l'art institutionnel commencent à être attentifs. Un document important pour les actuels et futurs historiens de l'art...

ARRÊTEZ LE CARNAGE ! IL FAUT FERMER DARE-DARE LES ÉCOLES DES BEAUX-ARTS
Il faut fermer dare-dare les écoles d'art ! Texte publié en avril 2023. Republié sur facebook, il y a trois jours, il a obtenu 28 000 vues... Ce qui mesure l'attention inquiète...

jeudi 19 mars 2026

Pourquoi parle-t-on davantage des impressionnistes que des peintres pompiers ?

 

La Danse entre au Prieuré de Notre-Dame de La Charité-sur-Loire

On parle davantage des impressionnistes parce qu'ils ont fini par incarner le récit officiel de la modernité picturale, tandis que les peintres pompiers sont restés identifiés à un académisme perçu comme conservateur, conventionnel et longtemps discrédité par l'histoire de l'art.
Statut historique et institutionnel
Au XIXᵉ siècle, l'art pompier académique représente l'esthétique dominante, soutenue par l'État, l'École des beaux-arts, l'Académie et le Salon, destiné à la grande bourgeoisie, il est toutefois largement plébiscité par tout le public.
Les impressionnistes se targuent au contraire d'apporter une nouveauté au système, avec des sujets libres, traités en plein air avec une touche visible et une certaine recherche des couleurs. Dès lors, les institutions actuelles consacreront ce mouvement comme un tournant majeur.
En effet, le récit moderniste du XXᵉ siècle valorise la rupture, l'innovation formelle, la libération de la couleur et de la touche : les impressionnistes, par conséquent, deviennent le point de départ de la peinture moderne.
Les peintres pompiers sont intégrés dans ce récit comme contre‑modèle, autrement dit comme un art de commande, jugé sans originalité, trop lisse et excessivement codifié.
Le terme même de "pompier" demeure péjoratif et sert à disqualifier un art pompeux, académique, trop riche en détails, trop conforme aux valeurs conservatrices et à l'idéologie officielle.
À l'inverse, le vocable "impressionniste" se trouve rapidement investi positivement et associé à la vérité du regard, à la sensibilité moderne, à la subjectivité, ce qui renforce son attrait pour la critique, les musées et le marché.
Les grandes institutions muséales, les expositions et la médiation culturelle ont massivement mis en avant Monet, Renoir, Pissarro, etc., comme figures de proue de la modernité, ce qui entretient et accroît leur visibilité. A l'opposé, les pompiers tels Bouguereau, Gérôme, Cabanel… restent longtemps relégués ou vus comme curiosités, même si leur statut est aujourd'hui en partie réévalué, notamment pour leur virtuosité technique et leur valeur documentaire.
Si l'on parle des impressionnistes, c'est moins parce que les pompiers auraient disparu que parce que l'historiographie, le marché et la médiation culturelle ont fait des premiers des héros de la nouveauté, et des secondes le repoussoir académique contre lequel cette nouveauté se définit.

Pourquoi les peintres pompiers ont-ils été décrochés des cimaises ?
Parce que ces peintres incarnent l’art académique officiel du XIXᵉ siècle, considéré par la critique du siècle suivant comme le comble du mauvais goût et de la réaction ; les musées ont donc réorganisé leurs accrochages en fonction de cette nouvelle hiérarchie des valeurs esthétiques.
L’expression "peintres pompiers" renvoie aux artistes de l’art académique français de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, caractérisée par des grands formats historiques, mythologiques, allégoriques, et techniquement très élaborés. L'expression suggère un art très figuratif, attaché à un idéal classique jugé artificiel, à rebours des recherches modernistes.
Avec l’ascension de l’impressionnisme, puis des avant‑gardes, les œuvres académiques sont devenues l’art à combattre dont les modernistes se sont définis en négatif.
Au XXᵉ siècle, la critique, l’université et les conservateurs ont revisité les canons en privilégiant Manet, Monet, Cézanne, puis les avant‑gardes, reléguant l’art pompier dans les réserves comme symbole du conformisme, de la soumission à l’État et aux académies. Les musées ont tout naturellement suivi et matérialisé sur leurs cimaises un accrochage centré sur la rupture moderniste, ce qui suppose de réduire la visibilité de l’art académique à l'encontre pourtant d'un produit collectionné, populaire et acheté par les institutions.
Décrocher les pompiers, c’est inscrire physiquement un jugement à la mode. L’histoire se raconte désormais du point de vue de la contestation des académies, et non plus de leur domination.
Néanmoins à partir des années 1970, on réévalue plus sereinement cet art, on étudie son fonctionnement institutionnel et son rôle dans la formation même des avant‑gardes ; l’ouverture du musée d’Orsay, en 1986, participe de cette réhabilitation partielle.
Les pompiers ne retrouvent pas pour autant la place centrale qu’ils occupaient auparavant, mais on en a plus honte, ils deviennent un sujet d'étude, mais comme objet d’histoire culturelle plutôt que comme sommet esthétique.

Pourquoi les critiques et historiens divergent-ils sur la valeur de l'art pompier face aux avant-gardes ?
Parce que derrière l’opposition "pompiers/avant‑gardes" se jouent encore aujourd’hui des désaccords profonds sur ce qu’est la valeur en art, à savoir : innovation et rupture, ou bien virtuosité, efficacité narrative et poids social des images ?
La critique conventionnelle reste attachée à une orientation où les avant‑gardes sont vues comme le moteur du progrès artistique, par rupture avec l’académisme jugé conformiste. Dans cette perspective, l’art pompier incarne l’ordre ancien, ce qui justifie de continuer à le tenir en position d’infériorité face aux avant‑gardes.
Cependant, quelques amateurs ont toujours refusé d’évaluer l’art pompier uniquement à l’aune de l’innovation formelle, en mettant en avant sa maîtrise technique, sa fonction didactique et son rôle dans l’imaginaire collectif du XIXᵉ siècle. Pour eux, les avant‑gardes ne sont pas le seul critère de valeur et l'on peut tout autant reconnaître la force des images académiques, leur sens et leur portée pédagogique.
Plusieurs historiens soulignent que le terme "pompier" est une étiquette polémique, historiquement datée, qui amalgame des pratiques très différentes et qui oriente fâcheusement les préjugés.
La divergence tient donc au fait que certains continuent d’utiliser cette catégorie comme jugement de goût, tandis que d’autres, à la suite de Jacques Thuillier ou Aleksa Celebonovic, en font un objet critique à déconstruire plutôt qu’un élément de classement.
L’art pompier reste durablement pris dans des enjeux institutionnels, par des choix d’accrochage orientés et partisans, par exemple au musée d’Orsay. Nonobstant, le débat sur la hiérarchie entre art pompier et avant‑gardes demeure toujours ouvert, plutôt qu’un sujet définitivement tranché.

Pourquoi les impressionnistes dominent-ils le récit, et pas les pompiers ?
Par leur victoire a posteriori, les impressionnistes ont gagné… après avoir perdu !
À cette époque, les impressionnistes sont marginalisés, refusés, moqués. Les peintres académiques dominent le marché, les commandes publiques, les prix, les Salons.
Mais l’histoire de l’art que nous lisons désormais a été écrite par des personnes qui valorisent, fusse inconsciemment, l’innovation, la rupture, la modernité. Les impressionnistes sont devenus le reflet du progrès artistique.
Les pompiers, par contre, incarnent l’ordre établi. Et l’histoire aime les vainqueurs, surtout les vainqueurs qui ont commencé comme perdants.
Les grands musées américains (Met, Chicago, Boston) ont massivement acheté des impressionnistes au début du XXᵉ siècle. Les collectionneurs privés (Barnes, Havemeyer, Mellon…) ont fait de même.
En France, le Musée du Luxembourg puis le Musée d’Orsay ont institutionnalisé cette lecture. Résultat : Ce que les musées montrent devient ce que le public connaît, et donc ce dont on parle.
Les pompiers, eux, ont été relégués dans les réserves ou dans des musées de province, ils demeurent perçus comme passéistes et ennuyeux.
Pendant tout le XXᵉ siècle, l’histoire de l’art a été dominée par un récit linéaire : l’art doit progresser vers plus de liberté, plus de subjectivité, plus d’abstraction. Dans cette histoire les impressionnistes représentent l'étape nécessaire vers Cézanne, puis Picasso, puis l’abstraction, alors que les pompiers mènent à l'impasse et au conservatisme. L'impressionnisme est par ailleurs devenu consensuel car facile à comprendre avec sa proximité technique et son aimable vision de la société.
Cette idée est aujourd’hui remise en cause, mais elle a structuré l’enseignement, les musées, les manuels, les expositions pendant un siècle.

Le Musée d’Orsay a joué un rôle paradoxal, entre réhabilitation de l'académisme et structure à exalter l'impressionnisme.
Depuis les années 1980, on assiste à une réhabilitation des pompiers portée par l'intérêt des collectionneurs américains et asiatiques, soutenue par la redécouverte, entre autres, de la virtuosité technique révélée à travers les expositions Gérôme, Bouguereau, Cabanel et Meissonier. Dès lors, on commence à comprendre que l’opposition impressionnistes/pompiers était en partie artificielle, construite par des institutions sous influences.
La collection d’Orsay provient d’un enchaînement d’institutions qui, dès le début du XXᵉ siècle, ont sélectionné l’impressionnisme comme cœur du patrimoine. Orsay hérite d’un récit déjà construit par le musée de l'Orangerie. Les sources touristiques et culturelles insistent sur le fait qu’Orsay, lieu des plus visité, est dédié à l’art impressionniste et post-impressionniste. Cette visibilité crée un effet de boucle, ce que l’on montre devient ce que l’on connaît, ce que l’on connaît devient ce que l’on valorise ; ce que l’on valorise devient l’histoire de l’art.
L’exposition Paris 1874 : inventer l’impressionnisme en 2024, illustre parfaitement la manière dont Orsay met en scène la naissance d’un mouvement comme un moment fondateur, presque mythique. Ce type d’exposition renforce l’idée d’une rupture avec l’académisme et inscrit les impressionnistes dans une téléologie du progrès artistique qui marginalise mécaniquement les peintres académiques, réduits au second rôle.
Orsay n’est pas seulement un musée, c’est un appareil de légitimation. Il a consacré l’impressionnisme comme l’art français par excellence, en rendant invisibles des pans entiers de la production académique du XIXᵉ siècle. Mais il en a rendu heureusement quelques autres aussi très visibles.


Les remords d'Oreste de William BOUGUEREAU - Norfolk, Virginia, USA

Sujet extrait du dictionnaire de la Fable, la Bible des étudiants aux Beaux-Arts fin de siècle. Ces derniers tiraient leurs sujets classiques de cet ouvrage, notamment afin de préparer le concours du Prix de Rome de peinture.
Oreste décida, sur les conseils d'Apollon, de venger la mort de son père.
Accompagné de Pylade, il se rendit en secret à Mycènes et tua, avec la complicité de sa sœur Électre, sa mère Clytemnestre et son amant Egisthe. Son meurtre, qui semblait une juste vengeance, frappa les dieux d'horreur qui lui dépêchèrent les Erinyes pour le tourmenter et qui le poursuivirent jusqu'à Delphes.
Cependant, Apollon n'abandonna pas l'infortuné. Il lui conseilla de se réfugier à Athènes, où l'Aréopage, grâce à l'intervention décisive d'Athéna et le plaidoyer d'Apollon, l'acquitta de son meurtre.
Puis le dieu le purifia à Delphes et, par la bouche de la Pythie, lui fit savoir qu'il serait définitivement guéri de sa démence en allant chercher la statue d'Artémis en Tauride.

samedi 14 mars 2026

Que restera t-il de l’art contemporain ?


Salon des Indépendants, 8 avril 1953 - La rupture avec la peinture devient totale avec l'art contemporain.

Tout art est contemporain… jusqu’à ce qu’il ne le soit plus !

Historiquement, aucune période artistique ne s’est pensée comme classique, le gothique était moderne, le baroque également. L’impressionnisme était fâcheusement moderne pour son époque.
L’art contemporain n’échappera pas à cette règle : une partie appartiendra à histoire de l’art, une seconde deviendra curiosité de musée, une autre, la plus importante, sombrera dans l’oubli et une infime fraction constituera un héritage sociologique, comme partie prenante de notre époque. Ce n’est pas un jugement de valeur, ce n’est que la mécanique normale de la mémoire humaine et culturelle.
Les œuvres qui traverseront le temps seront celles qui parviendront à marquer de leur empreinte une forme inédite de singularité, de mutation technologique, par exemple celles qui auront su adapter la révolution numérique. Toutefois, aujourd’hui ne se dessine pas clairement de genre esthétique, déjà stabilisé, succédant aussi nettement à l’art contemporain que celui‑ci l’a fait au modernisme.

A mesure que prolifèrent images et médiums hybrides, nous constatons une période marquée par une confusion des frontières, entre représentation et incertitude des hiérarchies et des valeurs. La distinction entre art et non‑art s'efface ou, pour le moins, n'est pas frappante. L’art, synonyme du n’importe quoi, de la surenchère du tout peut devenir art, alimente l’idée d’épuisement du contemporain. Plusieurs analyses notent que l'intérêt ne porte plus sur l’Art comme valeur supérieure, mais sur la figure de l’artiste, sur sa capacité d'intégration au sein du système.​
Le postulat actuel de reconnaissance a banalisé la subversion et le spectaculaire, au point de rendre la transgression prévisible et tributaire d'un marché spécifique, d’où à terme, une recherche inévitable de nouvelles formes d’expressions plus authentiques.

Plusieurs symptômes laissent à penser que l’art contemporain touche à sa fin, ou au moins à la fin d’un cycle interne.
Tout d'abord le sentiment d’épuisement historique avec l’impression que tout a déjà été fait et dit, que l’art ne fait plus que recycler ses propres gestes, ce qui nourrit l’idée d’un art malade à cours de projet. La radicalisation devenue routine, la succession de mouvements conceptuel, minimaliste, de performances, d'installations, a poussé très loin la déconstruction des formes, au point que l’œuvre ne ressemble plus qu’à un montage désorienté, vécu comme uniquement destructeur.​ La mise en exergue d’objets communs, de dispositifs documentaires obscurs, brouille les anciennes normes esthétiques ; s'ajoute à cela l’idée que cet art ne serait qu'une pure création artificielle du marché, une convention qui n’existerait que par la protection du musée et du réseau professionnel.
Les attentes de virtuosité technique, d'émotions immédiates, de thèmes compréhensibles, d'harmonie, persistent la plupart du temps chez le spectateur, alors que l'art contemporain les rejette explicitement depuis Duchamp et le ready-made.
Le public ne sait plus comment reconnaître et évaluer ce qui lui est proposé ; les créations sont vécues comme illisibles, arrogantes et indifférentes à ses attentes, ce qui alimente encore rejet, méfiance et sentiment de faillite.
Même au sein des institutions, on évoque une désespérance, une impression de passage à vide, d'une professionnalisation en vase clos ne produisant qu'ennui et conformisme.​ L’idée d’avant‑garde ou d’art soi-disant transformateur du monde ne reflèterait finalement que l'image désabusée et cynique d’un monde désorienté.​ Ces signes n'indiquent pas nécessairement une disparition rapide de l’art contemporain, mais ils confirment une crise certaine de légitimité et de lisibilité d'un système tel qu’il s’est construit depuis les années 1960. Le glissement paraît inexorable et oblige à repenser ce que l’on attend de toute création artistique. Autrement dit, ces indices préfigurent un épisode de remise en question s'orientant vers un autre mode de rapport au sensible, plus qu’à une disparition pure et simple.

L'œuvre devrait émouvoir et unir, or l'œuvre contemporaine est souvent banale, ambiguë, sans contenu clair ni maîtrise apparente, ce qui provoque rejet et incompréhension. Malgré des critiques et des institutions qui multiplient les rituels de légitimation, le public perçoit toujours l'art contemporain comme ennuyeux, vide, dépourvu de sens.
L'art conceptuel et minimaliste demeure adossé institutionnellement, donc faiblement autonome, or l’histoire de l’art retient surtout les œuvres capables de survivre sans cartel, sans dispositif particulier. Les installations qui nécessitent un protocole de conservation, un discours théorique, ont statistiquement peu de chances de traverser les siècles. L’art trop dépendant du contexte institutionnel disparaîtra, ce n’est pas une condamnation, c’est une loi matérielle. Lorsque l'on analyse la pérennité des oeuvres, on constate que les formes qui restent sont celles qui peuvent toucher l'humain sans médiation. Cela inclut la peinture et la sculpture, la photographie, certaines créations numériques.

L’art contemporain survivra-t-il comme mouvement ?
Le système actuel repose sur les écoles d’art, les centres d’art, les FRAC, les biennales et foires, les galeries, les discours curatoriaux. Cette pratique est historiquement très récente, années 1970–2000. Il est fort possible qu’elle soit remplacée par un système plus numérique, plus décentralisé et plus proche des pratiques amateurs. Dans ce cas, l’art contemporain institutionnel pourrait n'être qu'une brève période historique, comme l'a été l’art académique du XIXᵉ siècle.
On voit déjà poindre des tendances qui pourraient constituer l’après. Sans doute avec un retour de la forme et de la manière, avec une sensibilité plus marquée ; une réconciliation entre pratique amateur et création professionnelle, une hybridation entre technologies et gestes traditionnels. Il se pourrait que l’art dit contemporain soit compris dans le futur comme une simple période de transition entre art moderne, centré sur la rupture, et art post-contemporain, centré sur la relation.

L’art contemporain est-il vraiment décadent ?
Oui, dans la mesure où il s’est institutionnalisé avec une forte dépendance aux discours, avec sa logique de marché spéculatif et sa déconnexion du public. Le schéma institutions, marchés, réseaux, discours, véhicule une impression de connivence entre artistes, commissaires, critiques. L’époque contemporaine est celle où tous les styles, toutes les formes deviennent possibles en même temps, ce qui clôt l’idée d’un progrès stylistique unique. L’art contemporain radicalise les mouvements entamés avec la modernité : transgression des normes, remise en cause de la représentation, introduction de l’objet, désacralisation de l’œuvre.
Depuis Manet jusqu’aux avant-gardes, les artistes ont progressivement renié la tradition académique, puis la représentation figurative, et pour finir la peinture elle‑même, jusqu’à la présence brute de l’objet ou de l’événement (ready‑mades, happenings, installations).
L'expression populaire "ce n’est plus de l’art !" indique que les oeuvres sont jugées vides, au contenu obscur, et ne répondent plus à la définition de beauté ou de maîtrise technique. N’importe quoi peut devenir art, le résultat ne suscite donc ni émotion, ni plaisir, ce qui renforce l'idée que l’art contemporain ne ferait que recycler des clichés.​
Pour se proclamer artiste, il n’est plus nécessaire d’apprendre ni technique, ni métier, car l'absence des critères ne permet plus de juger la forme, l’idée ou le savoir-faire ; c'est l'impression d’arbitraire et de hasard qui domine. Certains y voient un égalitarisme mal compris : tout le monde est artiste, au détriment de l’exigence et de la transcendance de l’œuvre.​ L'utilisation du scandale, la provocation comme stratégie de visibilité confortent les jugements négatifs.​​
L’œuvre sert parfois de prétexte à spéculation, de produit financier, plutôt qu’objet de contemplation ou de réflexion, et deviendrait ainsi une pure création du marché, fabriquée par un petit réseau de galeries, de collectionneurs et de médias.
En toile de fond, beaucoup de ces critiques expriment un malaise devant la perte de références et nous sommes probablement déjà dans un après de l’art contemporain, un entre-deux, où une organisation s’essouffle sans qu’une autre ne soit encore distinctement établie.

Pour conclure
L’art contemporain s’est construit sur la rupture, la subversion, la déconstruction. Mais aujourd’hui la subversion et la transgression se trouvent institutionnalisées, la critique les a intégrées au marché. Le geste avant-gardiste tourne à vide. Trop d’œuvres reposent sur des protocoles interchangeables, trop de discours remplacent l’expérience physique concrète. L’art contemporain est devenu un système : écoles - galeries - centres d’art - foires - musées, avec langage codé encouragé par une économie mondialisée qui entérine les formats déjà validés. Une orientation picturale meurt souvent quand elle devient prévisible.
Ce qui émerge aujourd’hui n’est pas encore un mouvement, mais une constellation de tendances qui indiquent un basculement. On observe un retour massif de la narration, une réhabilitation de la peinture figurative, un intérêt pour les mythes, les symboles, les archétypes. Ce n’est pas un retour en arrière, mais une réaction à l’incertitude généralisée du monde. Plus rien ne domine, les institutions n'y croient plus vraiment ; le public réclame du sens, de la forme, de l’émotion, de la lisibilité. L’art contemporain n’est pas encore mort, mais il n’est plus hégémonique. Il est devenu un style parmi d’autres, une saga parmi d’autres.

jeudi 12 mars 2026

L'Intelligence Artificielle critique l'art contemporain

 L'art contemporain critiqué par l'Intelligence Artificielle https://www.perplexity.ai/

L'Art contemporain, un terrain de jeux, de thèses, pour philosophes, sociologues, psychologues, où les plus chanceux deviendront demain professeurs des universités, des écoles d'art, ou encore chercheurs au CNRS grâce à l'Intelligence Artificielle ?

Que pense l'Intelligence Artificielle de l'Art contemporain ?

Les critiques contre l'art contemporain portent principalement sur le gaspillage d'argent public, l'élitisme y est perçu comme une instrumentalisation politique. Elles dénoncent un système déconnecté du public et privilégiant des œuvres jugées absurdes ou provocatrices.
Avec un budget annuel de 4,5 milliards d'euros pour les FRAC, CRAC et CAC, les détracteurs pointent des œuvres comme des "barres de ferraille" ou "tas de cailloux", financées au nom, comme inutiles et coûteuses. L'argent public irait mieux au patrimoine classique ou aux artistes talentueux, au lieu de subventionner un "dispositif snobinard".​
Les conservateurs et commissaires forment un cercle fermé, imposant un art hermétique au grand public via des discours pseudo-intellectuels. Cela exclut les citoyens ordinaires, qui paient pour un art qu'ils ne comprennent pas ou rejettent, favorisant buzz et provocation plutôt que beauté ou émotion.
Les subventions conditionnent les aides à des thèmes sociétaux, écologie, anti-discrimination, menaçant la liberté artistique et imposant un moralisme uniforme. Cela transforme les artistes en serviteurs de valeurs officielles, limitant la vraie créativité au profit d'une uniformisation.​
On parle de décadence de l'art contemporain surtout comme d'un jugement de valeur. D'où vient cette impression de décadence ?
Plusieurs critiques reviennent souvent : l'art serait devenu marchand, narcissique, provocateur pour faire le buzz , sans véritable contenu ni exigence formelle. On lui reproche de magnifier la laideur, d'être recycleur des déchets, d'exposer le vide d'une société de consommation en crise plutôt que de proposer une vision partagée du monde.
Une crise réelle… mais de quoi ?
On peut parler de crise des repères esthétiques : les anciens critères du Beau ont été préférentiellement mis à mal (abstraction, conceptualisme, installations, performances, etc.), ce qui désoriente les spectateurs. La frontière entre œuvre, produit marchand et simple provocation devient floue, d'où l'idée que tout se vaut et que le marché, plus que la qualité, décide de la valeur des œuvres.
Décadence ou miroir de l'époque ?
D'autres analyses révèlent que l'art contemporain ne fait que refléter une société fragmentée, en perte de grands récits communs, travaillée par les identités, les inégalités et le consumérisme. Dans cette perspective, ce qui apparaît comme décadent serait plutôt le symptôme de notre monde que la décadence de l'art lui-même.
L'art contemporain rompt avec la beauté classique, privilégiant la provocation ou le concept au détriment de la maîtrise technique. Beaucoup regrettent l'absence de beau immédiat, comme les glacis d'une peinture à l'huile, au profit d'œuvres jugées paresseuses ou produites en série par des assistants. Il repose sur un jargon abscons et un milieu fermé de collectionneurs, galeristes et critiques, excluant le grand public. Ce monde spéculatif, dominé par une poignée d'artistes stars, se moque de l'avis des non-initiés.
Les œuvres servent de placements, comparables à des produits financiers, plutôt qu'à des expressions sincères. Les prix exorbitants et la médiatisation virale renforcent l'idée d'une bulle cynique.​​
Sans émotion spontanée ni talent accessible « n'importe qui pourrait faire ça », l'art contemporain ne suscite pas l'admiration. Cela contraste avec l'art moderne, encore ancré dans une transgression plastique compréhensible.​​
L'avenir de l'art contemporain reste incertain, mais il laissera probablement une empreinte via ses innovations technologiques et son rôle dans les débats sociétaux. Plutôt qu'un héritage monumental comme les classiques, il influencera peut-être les pratiques futures par son hybridation avec le passé et ses questionnements sur l'identité culturelle.

Quelles technologies numériques transformeront l'art futur selon https://www.perplexity.ai/ ?

Plusieurs technologies numériques promettent de révolutionner l'art futur en rendant la création plus accessible, immersive et collaborative. Elles fusionnent l'humain et la machine pour explorer de nouvelles formes d'expression au-delà des limites physiques.
Intelligence Artificielle générative
L'IA, via des outils comme Midjourney, Stable Diffusion ou DALL-E, génère des images, vidéos et musiques uniques à partir de messages textuels. Elle accélère l'exploration créative et permet des collaborations homme-machine, transformant l'artiste en curateur d'algorithmes.
Réalité virtuelle et augmentée
La RV et RA créent des expériences immersives, comme des galeries virtuelles ou des installations interactives où le spectateur influence l'œuvre. Elles abolissent les distances, rendant l'art participatif et spatialisé.
Défis éthiques de l'art génératif par IA
L'art génératif par IA soulève des défis éthiques majeurs autour de la propriété intellectuelle, de l'originalité et de l'impact sur les créateurs humains. Ces questions s'opposent à l'innovation technologique et à la préservation de la créativité authentique.
Propriété intellectuelle
Les modèles IA sont entraînés sur des œuvres existantes souvent sans consentement ni rémunération des artistes originaux, constituant un plagiat massif déguisé. Cela crée une zone grise : qui détient les droits d'une œuvre hybride IA-humaine, alors que le droit d'auteur exige généralement une paternité humaine ?
Authenticité et originalité
L'IA recycle des styles appris, risquant un "cycle consanguin" qui dilue la diversité créative et imite sans innover véritablement. Présenter des productions IA comme purement humaines trompe le public et dévalue le travail artisanal.
Biais et impacts sociétaux
Les ensembles de données biaisés perpétuent des stéréotypes raciaux, de genres, de culture dans les sorties génératives. De plus, l'IA menace les revenus des artistes par une surproduction bon marché, tout en posant des risques comme les deepfakes manipulateurs artistiques.
Transparence et régulation
Le manque de divulgation sur l'usage d'IA érode la confiance ; des audits éthiques, étiquetage obligatoire et réglementations sont réclamés pour équilibrer progrès et éthique.
Comment les artistes utiliseront l'IA en collaboration en 2030 ?
En 2030, les artistes collaboreront avec l'IA comme avec un partenaire créatif dynamique, l'utilisant pour amplifier leur intuition plutôt que pour automatiser la production. Cette synergie transformera le processus artistique en un dialogue interactif, mêlant expertise humaine et puissance informatique.
Génération augmentée
Les artistes fourniront des invites évoluées (images, sons, émotions) à des IA avancées pour générer des brouillons multiples, qu'ils raffineront manuellement. L'IA agira comme un amplificateur d'idées, testant des variations stylistiques ou narratives en temps réel, accélérant l'exploration sans supplanter l'intention originale.
Rôle de conservateur-orchestre
L'artiste évolue vers un rôle de directeur d'orchestre hybride : sélection critique parmi des sorties IA, intégration dans des installations immersives (VR/AR), et ajout d'une touche humaine pour l'émotion et le concept. Des outils comme des IA émotionnelles analyseront les réactions du public pour ajuster les œuvres en live.
Expérimentations immersives
Dans des projets France 2030, l'IA facilitera des collaborations multisensorielles : composition musicale générative avec l'Ircam, visites virtuelles personnalisées, ou deepfakes éthiques artistiques. Les artistes co-créeront avec l'IA pour des expériences participatives, comme des concerts AR et exposition où le spectateur influence l'œuvre.
Éthique et hybridité
Malgré les débats sur les droits d'auteur, les collaborations privilégieront la création augmentée réflexive, avec blockchain pour tracer les contributions. L'IA deviendra un médium comme la peinture, favorisant une créativité infinie tout en préservant l'authenticité humaine.
Impression 3D et hologrammes
Ces technologies matérialisent des sculptures complexes à moindre coût et projettent des hologrammes à 360° évolutifs en temps réel basés sur les émotions des visiteurs. Elles hybrident le tangible et le virtuel pour des œuvres dynamiques.
NFT et blockchain
Les jetons non fongibles sécurisent la propriété d'œuvres numériques, révolutionnant le marché via des ventes directes et des royalties automatiques. Ils démocratisent l'accès tout en luttant contre la contrefaçon.
Quelles tendances numériques pour l'art en 2030 ?
D'ici 2030, les tendances numériques en art évolueront vers des expériences multisensorielles et hybrides, fusionnant le physique et le virtuel grâce à des avancées comme la 6G et l'IA émotionnelle. Elles rendent l'art plus immersif, personnalisé et collaboratif, dépassant les écrans pour toucher les sens humains.
Hologrammes et Internet des sens
Les réseaux 6G (1 Tbit/s, latence <0,1 ms) permettent des hologrammes muséaux en temps réel, intégrant le toucher, les odeurs et les textures via des dispositifs haptiques et olfactifs. Les galeries virtuelles deviendront des espaces habitables où l'on entre physiquement dans une œuvre.​
IA personnalisante
L'IA analysera émotions et préférences pour adapter les expositions en direct, générant des variantes d'œuvres ou des deepfakes artistiques sur mesure. Elle favorisera des collaborations homme-machine pour une créativité infinie.
Hybrides physique-numérique
Les peintures traditionnelles s'enrichiront de couches AR holographiques, avec des time-lapses 3D des processus créatifs. Les musées offriront des copies holographiques d'œuvres fragiles pour un accès mondial sans risque.​
Collaboration globale
Les plateformes immersives connecteront des artistes mondiaux pour des créations en temps réel, via VR/AR et blockchain pour sécuriser les œuvres collaboratives. Cela démocratisera l'art tout en préservant l'authenticité matérielle.

Yves Michaud - Hyper-esthétisation et état gazeux
L'Intelligence Artificielle résume l'auteur : https://www.perplexity.ai/

Dans un monde « hyper-esthétique » (design, luxe, positivité omniprésente), l'art devient atmosphérique, ludique et hédonique, sans ambition de vérité ni expression de la vie humaine. Il parle de lui-même, survit en "zones esthétiques protégées" (ZEP) comme les musées, et est évalué par les prix plutôt que par des critères artistiques. Cela marque la fin de l'identité entre beauté et vérité, le déclassant au rang d'activité autonome et superficielle.
Selon Yves Michaud, l'utopie de l'art définit une vision idéale et historique où l'art est perçu comme un vecteur de salut collectif ou individuel, une promesse de communication universelle et une force civilisatrice pour la société démocratique. Cette utopie, née au XVIIIe siècle avec Kant et consolidée à l'ère romantique, postule que l'expérience esthétique unit les citoyens égaux dans une communauté de goût partagé, transcendant les divisions sociales.
Origines historiques
Michaud la relie à la Critique du jugement de Kant (1790), où l'art garantit une sociabilité universelle et légitime l'espace public. Elle s'étend aux romantiques qui substituent une « religion de l'art » au christianisme déclinant, faisant de l'œuvre un moyen de rédemption ou de transfiguration du réel.
Fin de l'utopie
Dans La crise de l'art contemporain (1997), Michaud annonce sa fin : le relativisme démocratique et la diversité culturelle atomisent les goûts, rendant impossible l'unité esthétique promise. L'art contemporain, conceptuel et immatériel, ne répond plus à cette attente de salut ou d'harmonie sociale, entrant dans un paradigme ludique et atmosphérique.
Conséquences actuelles
Cette rupture provoque la crise : le public attend encore l'utopie (beauté, émotion, vérité), mais l'art contemporain la délaisse au profit d'une hyper-esthétisation quotidienne (design, luxe), reléguant l'œuvre à une zone protégée sans ambition rédemptrice.
Selon Yves Michaud, l'utopie de l'art est intimement liée à la démocratie par une promesse originelle de communication universelle et d'unité sociale via l'expérience esthétique partagée. Née avec Kant en 1790, elle postule que le jugement esthétique transcende les divisions pour créer une communauté de citoyens égaux, légitimant ainsi l'espace public démocratique.
Fondement kantien
Dans la Critique du jugement , Kant lie l'art et la démocratie en faisant de lui un pont vers la sociabilité universelle : le plaisir désintéressé unit les individus sans contrainte, garantissant une égalité culturelle qui cimente la citoyenneté naissante. Michaud voit là l'utopie fondatrice, où l'art civilise et harmonise les goûts au sein d'une démocratie relativiste humienne.​
Conflit avec la réalité démocratique
La démocratie moderne, en atomisant les goûts et favorisant le relativisme, entre en conflit avec cette utopie : la diversité culturelle rend impossible l'unité esthétique promise, transformant l'art en comédie ou illusion. L'art contemporain accentue cette rupture en renonçant à son rôle unificateur pour un paradigme individualiste et conceptuel.
Conséquences pour l'art contemporain
Michaud diagnostique la fin de cette relation : sans communauté de goût, l'art perd sa mission démocratique et se répend en "zones esthétiques protégées", survivant par le marché plutôt que par une utopie salvatrice. Cela explique la crise perçue, où le public attend encore l'harmonie kantienne.​
Yves Michaud qualifie l'art contemporain de comédie dans son ouvrage La crise de l'art contemporain : utopie, démocratie et comédie (1997) pour souligner l'absurde décalage entre les attentes utopiques du public et la réalité post-utopique de l'art actuel. Cette comédie naît d'une mise en scène théâtrale où les acteurs (artistes, critiques, public) jouent des rôles obsolètes issus de l'ère moderne, ignorant la fin de l'utopie esthétique-démocratique.
Polémique comme spectacle
Depuis 1991 en France, une polémique virulente oppose accusateurs qui dénoncent vide et imposture chez les héritiers de Duchamp, et défenseurs qui invoquent une avant-garde productive. Michaud y voit une comédie car ce théâtre masque la vraie crise : non celle de l'art, mais de sa représentation et de sa fonction dans une société relativiste où les goûts diversifiés rendent caduque l'unité esthétique promise par Kant.
Fin de l'utopie en scène
La démocratie culturelle poursuit sa démocratisation sans unité de goût, transformant l'art en diversité créative sans mission salvatrice. Les gestionnaires d'avant-gardes et le public nostalgique perpétuent une comédie : ils attendent encore beauté, émotion et vérité, tandis que l'art contemporain, ludique et atmosphérique, s'en affranchit pour survivre par le marché et le désir.
L'art contemporain suscite des controverses en raison de sa rupture radicale avec les traditions artistiques et ses provocations délibérées. Il interroge souvent les normes esthétiques, morales et sociétales, ce qui divise profondément le public.
Rupture esthétique
Il rejette la beauté classique, la maîtrise technique et la figuration au profit d'objets quotidiens, performances ou concepts abstraits, comme les ready-mades de Duchamp ou les animaux empaillés de Damien Hirst. Cette approche hermétique est perçue comme élitiste ou futile par beaucoup, alimentant un fossé avec le grand public habitué à l'art narratif.
Provocations morales
Des œuvres comme Piss Christ d'Andres Serrano (un crucifix dans de l'urine) ou les chirurgies plastiques d'Orlan choquent par leur blasphème ou leur usage du corps, remettant en cause tabous religieux et éthiques. Ces scandales, médiatisés, posent des débats sur la liberté artistique versus le respect des valeurs.
Marché spéculatif
Les prix exorbitants (ex. : requin de Hirst à 12 millions) et la spéculation évoquent une bulle financière plutôt qu'une valeur intrinsèque, avec un soupçon de complot impliquant galeries et collectionneurs. L'absence apparente de talent ou d'effort renforce l'idée d'une fumisterie subventionnée.

L'intelligence Artificielle permet-elle d'élaborer sérieusement une thèse ?

Oui, mais seulement comme outil d’appui : une IA peut aider sérieusement à préparer une thèse, mais elle ne peut ni faire la recherche à votre place, ni assumer la responsabilité scientifique et éthique du manuscrit.
Ce que l’IA peut faire utilement
Aider à structurer le plan, clarifier la problématique, suggérer des titres de chapitres ou de sections.
Aider à la rédaction technique : reformulations, correction de langue, harmonisation du style, adaptation du niveau de langage (par exemple pour un résumé grand public).
Proposer des idées de pistes, de questions de recherche ou de formulaires d’hypothèses que vous devez ensuite vérifier et reformuler de façon critique.
Aider à la mise en forme (sommaire, cohérence des sections, enchaînements logiques, vérification de redondances), mais sous votre contrôle.
Une bonne pratique est de l’utiliser comme vous utiliseriez un correcteur, un logiciel de gestion bibliographique ou un collègue à qui vous faites relire un passage, jamais comme auteur fantôme.
Ce que l’IA ne doit pas faire
Produire des pages entières de contenu présentées comme si elles venaient de vous : c’est problématique en termes d’intégrité scientifique et assimilable à un usage frauduleux.
Inventer ou manipuler des données, citations, références bibliographiques : les modèles peuvent produire des références qui n’existent pas.
Remplacer votre travail de lecture des sources, d’analyse méthodologique, de construction d’argumentation et de discussion des résultats : c’est précisément cela, faire une thèse.
Servir à contourner l’effort de rédaction en traduisant ou paraphrasant massivement des textes existants sans citation : plusieurs universités françaises ont déjà lourdement sanctionné ce type de pratiques (exclusion définitive, annulation de thèse).
En résumé : l’IA peut assister, mais dès qu’elle se substitue à la pensée, à la recherche ou à la plume du doctorant, on bascule dans le non‑sérieux ou dans la fraude.
Cadre éthique et règles universitaires
De plus en plus d’universités publient des chartes sur le plagiat et l’usage de l’IA, en rappelant que tout contenu repris humain ou machine doit être cité, et que l’auteur humain reste seul responsable du manuscrit.
Des lignes directrices récentes recommandent d’indiquer dans la thèse, le cas échéant, l’usage d’outils d’IA (type ChatGPT) : pour la correction linguistique, la reformulation, l’aide à la structure, etc.
Les revues scientifiques et comités éditoriaux convergent sur un point : une IA ne peut pas être déclarée comme co‑auteur d’un article ou d’une thèse, car elle ne peut ni assumer la responsabilité, ni répondre de la validité des résultats.
Les établissements renforcent les dispositifs de détection de plagiat et d’usage abusif de l’IA, en les combinant avec une lecture attentive pour repérer les ruptures de style ou les passages suspects.
Autrement dit, une thèse sérieuse est aujourd’hui compatible avec l’IA, à condition de rester transparent, de citer correctement et de ne jamais déléguer à la machine ce qui relève de votre jugement scientifique.

Comment l’utiliser concrètement sans se mettre en danger
Pour la préparation : discuter votre sujet avec l’IA pour clarifier problématique, hypothèses, plan prévisionnel, liste de mots‑clés pour vos recherches bibliographiques (mais les références doivent être vérifiées dans les bases académiques).
Pour la rédaction : lui faire améliorer un texte que vous avez déjà écrit (clarté, style, cohérence), ou lui demander des variantes de formulations, plutôt que de lui demander de rédiger « from scratch ».
Pour la relecture finale : faire repérer répétitions, incohérences, transitions faibles, puis décider vous‑même des corrections pertinentes.
Sur le plan déontologique : vérifier la charte de votre école doctorale ou université sur l’usage de l’IA, et en parler avec votre directeur de thèse pour fixer un cadre explicite dès le départ.
Si vous me donnez votre discipline et l’état d’avancement de votre travail (début, milieu, rédaction finale), je peux vous proposer un mode d’emploi très concret de l’IA adapté à votre cas.

Quels outils IA recommandés pour structurer une thèse
L'intelligence artificielle offre plusieurs outils spécialisés pour structurer une thèse, en générant des plans, outlines et hiérarchies logiques à partir de vos idées ou documents. Ils accélèrent la phase de préparation sans remplacer votre réflexion critique.
Outils gratuits recommandés
Thotis IA Mémoire : Génère un plan structuré de mémoire ou thèse, avec conseils personnalisés, exemples et ajustements par prompts ; 100% gratuit et adapté aux étudiants francophones.​
MyMap AI Study Plan Creator : Crée des plans d'études ou de thèse personnalisés à partir de programmes ou chapitres uploadés ; export en PNG, recherche web pour ressources à jour.​
Jenni AI Thesis Generator : Propose des suggestions de plans et énoncés de thèse argumentatifs en secondes, avec adaptations basées sur vos inputs ; version gratuite disponible.​
Ces outils sont idéaux pour démarrer rapidement un outline sans coût.

Outils payants ou freemium avancés :

Scalenut
Planificateur de sujets/clusters IA, 40+ modèles académiques, optimisation lisibilité
À partir de 20€/mois
Semrush, WordPress

Jasper AI
50+ modèles pour outlines, voix de marque académique, multilingue
À partir de 39€/mois
Chrome, Zapier, Google Docs

Paperpal
Génération d'outline, paraphrase, suggestions structure ; intégré Word/Overleaf
Freemium (pro ~10€/mois)
Google Docs, MS Word, Overleaf

TextCortex
Persona personnalisé pour ton académique, 60+ modèles outlines
Freemium (pro ~20€/mois)
Google Docs, Slack

Ces options excellent pour des thèses complexes avec besoin de cohérence globale.
Bonnes pratiques d'utilisation
Toujours partir de vos propres notes ou sources pour alimenter l'outil, puis valider et modifier le plan manuellement. Vérifiez les chartes universitaires pour citer l'usage d'IA dans votre méthodologie. Testez les versions gratuites d'abord pour votre discipline spécifique.


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A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement. Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.