vendredi 3 novembre 2023

Art contemporain et religion


Pourquoi art contemporain et religion, qui ne reposent pas toujours sur des éléments factuels, sont-ils des sujets de prédilection en philosophie, en sociologie ?
Art contemporain et religion sont étudiés par la philosophie, la sociologie ou l’anthropologie précisément parce qu’ils ne reposent pas sur des faits, mais sur des manières de penser, des pratiques collectives, des institutions, des formes de croyance et des régimes de légitimité. Ce sont des événements humains ou naturels qui engendrent les comportements, les valeurs, les hiérarchies et aussi des conflits.
Les sciences humaines ne s’intéressent pas seulement à ce qui est vrai ou faux, mais à ce que les personnes tiennent pour tangible, sur ce qui produit des effets sur les mentalités et les comportements.
Une croyance religieuse peut être fausse factuellement, mais vraie socialement, elle structure des attitudes, des normes, des institutions.
L’art contemporain agit dans un système de valeurs arbitraires, de marchés, de discours, de distinctions sociales.
C’est exactement ce que la philosophie et la sociologie cherchent à étudier, les idées invérifiables et discutables permettent en effet des digressions sans fin.

L’art contemporain fonctionne comme un régime de légitimité et repose sur des institutions : musées, écoles, critiques ; sur des récits, des valeurs, des hiérarchies, sans oublier ses rites, ses vernissages et ses prophètes-curateurs avec leurs textes sacrés, catalogues et manifestes. C’est pourquoi des sociologues comme Nathalie Heinich ou Pierre Bourdieu l’étudient comme un champ social. Le fait qu’une œuvre soit « bonne » n'a pas d'importance. Mais le fait qu’elle soit reconnue comme bonne devient un fait social remarquable.
La religion comme matrice symbolique !
La religion n’est pas étudiée pour vérifier si Dieu existe, ce qui reste impossible, mais pour comprendre comment les humains doivent le croire, comment ils organisent le sacré, comment ils créent des communautés, comment ils régulent la morale.
La religion, tout comme l'art, touche à l’économie, au droit, à la famille, à la politique. Même sans fondement réel, elle possède une efficacité sociale.

L’art contemporain et la religion sont des terrains parfaits pour discourir sur le signifié, le signifiant, l’autorité, la croyance, la distinction sociale. Ce n’est pas la factualité qui compte, mais l’impact. Une idée peut être erronée et pourtant organiser une civilisation. Une œuvre peut être incompréhensible et pourtant structurer un marché mondial.
Art contemporain et religion sont considérés à cause de leur absence de factualité, parce qu'ils révèlent comment les humains produisent du sacré, de la valeur, du prestige, du pouvoir.
La comparaison entre art contemporain et religion met en lumière deux systèmes qui, tout en étant très différents dans leurs contenus, fonctionnent selon des logiques étonnamment proches : légitimation, croyance, institutions, rituels, communautés d'adeptes.
Ce sont deux régimes symboliques qui organisent des croyances collectives, des hiérarchies, des institutions et des pratiques.
La religion repose sur des croyances métaphysiques. L’art contemporain repose sur des croyances esthétiques et officielles.
Une croyance religieuse peut être fausse mais structurer une civilisation. Une œuvre contemporaine peut sembler insignifiante, proche du rien, mais structurer un marché, un discours, une carrière.
Les deux systèmes reposent sur des lieux particuliers qui définissent ce qui est légitime, sélectionnent ce qui doit être transmis, organisent les rites, forment les spécialistes.
Concernant la religion, les places sont réservées aux églises, clergés, théologiens, aux textes canoniques, liturgiques, aux fêtes et pèlerinages.
Pour l'art contemporain la mission revient aux musées, FRAC, centres d’art, écoles d’art, curateurs, critiques, vernissages et autres résidences.
Dans les deux cas, la valeur n’est pas intrinsèque mais produite institutionnellement et repose sur la croyance, autrement dit sur la foi religieuse ou artistique.
La religion demande une foi métaphysique. L’art contemporain demande une foi interprétative. Il faut toujours accepter que quelque chose demeure au-delà de l’évidence, que l’autorité du discours théologique ou critique, éclaire et suffise aux interrogations.
Ces deux systèmes reposent sur des communautés de fidèles, sur l'exégèse de textes sacrés, les homélies, les théologies, les récits des théories du conceptuel, post-minimalisme, postcolonial etc.
Les deux systèmes ont des rituels codifiés :
Messe, prière, procession, sacrements.
Vernissage, performance, activation d’œuvre, médiation.
Ces protocoles établis créent de la communauté, produisent de la sacralité, renforcent la légitimité. L’aura de l’œuvre contemporaine fonctionne comme une sacralité laïque. Le vernissage est au musée ce que la messe est à l’église, un rite de présence, de communion. La religion et l’art contemporain sacralisent des objets : les reliques, les icônes, d'un côté ; les amas, les chaises, de l'autre. Dans les deux cas l’objet vaut par son statut, il est entouré de tabous, ne pas toucher, ne pas déplacer, il demeure protégé par des institutions.
La religion fonctionne par dons, offrandes, mécénat, dîme. L’art contemporain fonctionne par marché, mécénat, subventions, collection.
Dans les deux cas, l’économie est symbolique autant que matérielle. Les deux systèmes produisent des orthodoxies, des mimétismes mais également des schismes et des iconoclasmes.

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A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement. Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.