mercredi 11 février 2026

Lettre de Jack Lang

L’Institut du Monde Arabe coûte aujourd’hui très cher à l’État avec ses 200 employés, et son utilité fait l’objet d’un récent débat avec la démission contrainte de son président Jack Lang.
L'institution ne joue pas le rôle critique, intellectuel et scientifique qu’elle devrait mais sert davantage à placer des proches ou des sympathisants, à la manière de nombreuses agences ou opérateurs de l'État, comme par exemple l'Académie de France à Rome.
L’Institut du monde arabe est structurellement déficitaire. Selon la Cour des comptes, son déficit d’exploitation n’est "jamais inférieur à un million d’euros (2022) et peut même dépasser 4 millions (2017), soit 19 % de marge d’exploitation négative".
Le financement repose quasi intégralement sur l’argent public, sa gestion interne reste défaillante et plutôt opaque, et sa gouvernance complexe, entre fondation privée et dépendance au Quai d’Orsay, ne manque pas d'interroger sur la pérennité d'un modèle conçu il y a plus de 40 ans.
Les programmations sont jugées inégales : certains y voient davantage un lieu d’événementiel mondain qu’un centre de pensée, son impact est difficile à comprendre.
 

 
Lettre de Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot

Monsieur le Ministre,

L’Institut du monde arabe est une institution unique au monde, que la France doit chérir avec fierté et reconnaissance.
Avec le président François Mitterrand, j’ai été l’inspirateur de la réalisation de son bâtiment iconique.
D’importantes manifestations célébreront bientôt les 40 ans de son ouverture.
Au moment de ma nomination, le journal Le Monde évoquait un « joli champ de ruines » pour dépeindre l’état de l’Institut du monde arabe. J’ai consacré mon énergie à redonner à l’institution son plein éclat et un rayonnement mondial.

Cette métamorphose a été rendue possible grâce aux équipes exceptionnelles qui m’accompagnent.
L’année qui débute est placée sous le signe des « Nouvelles Andalousies ». Elle sera riche d’expositions magnifiques, « Alhambra », « Esclaves en Méditerranée », « Byblos, cité millénaire du Liban » ou encore « Médecines arabes » et ne manqueront pas d’attirer un public toujours plus fidèle et nombreux.
2026 sera aussi marquée par le lancement du nouveau musée et de la maison de la langue arabe.

Vous avez vous-même déclaré que je devais veiller à l’intégrité de cette institution.
Vous avez parfaitement raison.
Le climat actuel, mêlant attaques personnelles, soupçons et amalgames, par ailleurs tous infondés, est délétère. Il me révolte et me répugne. Il ne peut que nuire à cette magnifique institution.
Afin de préserver l’Institut du monde arabe et son travail exemplaire, et de pouvoir sereinement récuser toutes les accusations qui m’assaillent, je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire, qui pourra également choisir mon successeur afin d’éviter toute rupture de continuité.

Je tiens à vous dire ma gratitude personnelle pour votre soutien constant, le vôtre comme celui de votre cabinet, des ambassades et instituts et de l’ensemble du personnel du quai d’Orsay, qui ont contribué, grâce à une coopération toujours exemplaire, à renforcer la place de la France dans le monde arabe. Je remercie également le président de la République pour sa confiance. Les pays arabes, leurs représentants, leurs artistes, leurs sociétés civiles, ont toujours manifesté un appui enthousiaste à notre programmation culturelle.

Enfin, je me réjouis que la justice se saisisse de ce dossier.
Comme professeur de droit, j’ai le plus grand respect pour les juridictions, auxquelles j’apporterai toute ma contribution.
Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai, par-delà le bruit et la fureur des tribunaux médiatique et numérique.
Vous me permettrez de rendre publique cette lettre, afin que chacun comprenne que je n’accepterai jamais que l’Institut du monde arabe, que j’ai eu l’honneur et le bonheur de présider pendant de si longues et belles années, soit entaché par la calomnie.
C’est désormais en homme libre, comme je l’ai toujours été, que j’entends bien poursuivre mes combats et mes recherches intellectuelles.

*  *  *
Un autre monde !
667 ! C’est le nombre d’occurrences du nom de Jack Lang, l’ancien ministre de la Culture puis de l’Éducation et ex-président de l’Institut du monde arabe, dans les fichiers relatifs au dossier Epstein, mort en prison en 2019. Ces documents sont publiés par le ministère de la Justice américain, révélant la proximité des personnalités du monde des médias, de la politique ou de la culture avec le milliardaire accusé de trafic sexuel.
 
Mais pourquoi Jack Lang, 86 ans, est-il autant sous le feu des critiques, au point d’avoir démissionné de son poste de président de l’IMA  ? Le HuffPost fait le point sur ce qui lui vaut aussi une enquête du Parquet national financier.
Il convient d’abord de préciser que les plus de 600 occurrences ne signifient pas qu’il a échangé autant de fois. Son nom est parfois évoqué par d’autres personnes ayant échangé par mail avec Jeffrey Epstein.
 
Petits services entre amis !
Des dizaines de mails prouvent que Jack Lang et Jeffrey Epstein se connaissaient depuis au moins 2012, quatre ans après que l’Américain ait passé plus d’un an en prison pour avoir eu recours à des prostitués mineurs. Un mail daté de décembre 2012 évoque ainsi une rencontre entre les deux hommes à Paris :
"Cher Jeffrey, merci pour hier et votre généreuse et délicate invitation. Demain je ne suis pas à Paris. Je vais à Lens pour inaugurer le Louvre-Lens. Mercredi je dois assister à la représentation de West Side Story. J’ai deux tickets. Voulez-vous venir avec moi pour la première ?", écrit Jack Lang le 3 décembre.
https://www.justice.gov/epstein, publié par le ministère de la Justice américain.
Les nouvelles accusations à partir de 2015 contre Epstein, puis une enquête du Miami Herald publiée en 2018, n'ont pas empêché Lang de maintenir le contact et de lui demander des services :
Le 11 septembre 2017 : "Est-ce que je peux abuser de vous encore une fois ? Je suis invité par le prince Aga Khan au dîner qu’il organise pour les 80 ans de son frère. Votre voiture est-elle disponible pour nous transporter ? (...) Avec toute mon amitié." Jeffrey Epstein répond favorablement à la demande. Plus tard, c’est la fille de Jack Lang, Caroline, qui lui écrit pour lui indiquer que son père l’invite à Marrakech... Comme le révèlent d’autres courriels, Jack Lang a profité aussi du jet privé d'Epstein pour se rendre au Maroc à plusieurs reprises.
 
Un film, une société offshore, des milliers de dollars en jeu ?
Un volet financier unit également les deux hommes. Comme le montrent les mails issus du dossier Epstein, l'ex-président de l’IMA a réclamé le 14 septembre 2018 - soit quelques mois avant l’arrestation de l’Américain - de l’argent pour financer un film de Serge Moati, "très grand cinéaste français qui souhaite réaliser un film sur mon travail qui sera diffusé au cinéma". "Il m’a demandé de collecter des fonds pour la préparation de ce film. Le budget s’élève à 150 000 euros. Les contributions des amis sont à verser sur le compte en pièce jointe", ajoute-t-il.
Le biopic intitulé : Jack Lang la traversée du siècle, ne verra finalement jamais le jour, mais le Daily Beast a révélé dès 2020 que Jeffrey Epstein a versé 57 000 dollars depuis une société sise aux îles Vierges, un paradis fiscal. 
Ont aussi été rendus publics les liens entre Caroline Lang et Jeffrey Epstein au sujet d’une société baptisée Prytanee LLC, domiciliée aux îles Vierges et créée en 2016, qui avait pour but de racheter des œuvres d’art. La société détenait sur ses comptes 1,4 million de dollars, toujours selon Mediapart. "Un jour, Jeffrey nous a dit, à mon père et moi, qu’il voulait investir dans de jeunes artistes français et internationaux, pour les aider. Il a proposé de monter un fonds et j’ai dit oui". 
"Je rencontre beaucoup de monde, je suis attiré par l’inattendu" dixit Jack Lang, et ses liens avec Jeffrey Epstein ont duré jusqu’en 2019. Une photo des deux hommes a été prise au Louvre à l’occasion des 30 ans de la pyramide du musée. On est alors en mars.


Tout n'est que vanité


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A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement. Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.