vendredi 13 février 2026

Doit-on réformer ou supprimer les Fonds Régionaux d'Art Contemporain ?

Quel avenir pour quel coût ?

La question est aujourd’hui ouverte et débattue, notamment pour cause de financement et manque de fréquentation notable.
Les Fonds Régionaux d'Art Contemporain, eux‑mêmes, ont engagé une réflexion nationale fondée sur le rapport IGAC de 2021. Ils avancent 37 propositions pour l’avenir, visant à moderniser leur fonctionnement, renforcer la diffusion, améliorer la gouvernance et clarifier les missions.
Les Régions, de leur côté, dénoncent une dégradation continue du financement culturel, avec contraction des budgets et des soutiens de l’État. Elles appellent à une nouvelle étape des politiques culturelles qui implique une réforme du modèle FRAC‑DRAC.
Une partie du débat public évoque la nécessité de fusionner ou supprimer un tiers des agences et opérateurs culturels, dont les FRAC, dans une logique d’économies budgétaires et de simplification administrative. Cette position reste toutefois politique et non institutionnelle et aucune annonce officielle de suppression n’a encore été faite.
En s'engageant dès le départ et résolument dans l'art dit contemporain, au détriment de l'immense majorité des autres types de créations, les FRAC, prévus comme outil de soutien à la création, n'ont jamais pu remplir leur rôle. En outre, ils ont largement manqué l’aménagement culturel du territoire, malgré l'octroi d'un label officiel censé renforcer leur statut depuis 2017.

Un avenir orienté vers la réforme, ou bien vers la disparition ?
Les FRAC, en 40 ans d’existence, ont démontré leur incapacité à remplir leurs missions : les collections restent la plupart du temps insignifiantes, incompréhensibles, peu diffusées et surtout impopulaires. Cf/ la Cour des comptes
Les Régions, directement concernées, demandent une refonte du financement qui permettrait de modifier la gouvernance FRAC‑DRAC imposée par le ministère. Le contexte budgétaire national pousse également à envisager des fusions, mutualisations ou réductions d’opérateurs, et les FRAC se trouvent explicitement mentionnés parmi les structures potentiellement concernées.

Quel est le coût des Fonds Régionaux d'Art Contemporain ?
Les FRAC se caractérisent par une absence de chiffres précis, aucun document ne fournit le budget total national des FRAC, ni le coût moyen par région, ni l’évolution budgétaire. Les sources consultées ne donnent pas de montant national consolidé du coût annuel. Les FRAC reposent sur un cofinancement État–Régions, en principe historiquement équilibré. Cependant les Régions évoquent une pression financière forte, liée à une réduction de 5 milliards d’euros imposée par l’État aux collectivités et par une augmentation globale des charges, qui affecte directement les budgets culturels.

* Le rapport IGAC de 2021 et les 37 propositions - pourtant juge et partie - rapporte en creux ce qui ne va plus dans le modèle FRAC et pointe à la fois sa supposée utilité et sa fragilité (gouvernance, lisibilité, moyens).
Il préconise de sortir de la confusion institutionnelle (musées, centres d’art, artothèques, scènes nationales, etc.) en redonnant une identité fonctionnelle aux FRAC. On sent ici une réponse à la critique récurrente : "à quoi servent encore les FRAC ?". Il recommande de stabiliser le modèle de cofinancement État–Régions :  les FRAC demandent une reconnaissance plus claire de leur rôle dans les politiques régionales et nationales. Le rapport invite à clarifier les rôles des conseils d’administration, des directions, des tutelles, afin de mieux articuler les FRAC avec les DRAC, les Régions avec les collectivités locales.
En filigrane, les FRAC cherchent à se protéger contre des fusions, absorptions ou dé-labellisations au nom de la rationalisation budgétaire. Ils misent sur une légitimité par la mission plutôt que par le prestige. Territoires, publics, artistes, éducation, recherche : tout est orienté vers l’argument d’utilité publique.

Démocratie culturelle, efficacité, coût, liberté artistique, vers un modèle post‑FRAC qui assumerait la suppression pure et simple de ces structures ?
La plupart des pays sépare : soit une collection nationale unique (British Council Collection) qui circule dans tout le pays, sans ancrage régional, soit des agences d’art public (Public Art Agency Sweden) qui commandent des œuvres pour des lieux précis, plutôt que de constituer des collections itinérantes.

En France, les FRAC sont des outils régionaux, ce qui les distingue du modèle britannique centralisé, ou du modèle allemand des Kunstvereine, porté par la société civile, les associations, les municipalités.
Comparaison avec le Royaume‑Uni
Arts Council Collection : collection nationale d’art moderne et contemporain, pas de lieu d’exposition permanent, œuvres prêtées à des musées, centres d’art, écoles, hôpitaux, etc., dans tout le pays, pilotage centralisé par Arts Council England. Le modèle britannique gagne en lisibilité et en efficacité administrative avec un seul opérateur.
Comparaison avec la Suède
Public Art Agency Sweden : agence nationale créée en 1937, chargée de l’art dans les espaces publics et les bâtiments de l’État.
Commandes, expositions temporaires, gestion d’une collection, conseil aux institutions publiques. Une seule agence nationale. L’État irrigue le territoire via des projets d’art liés aux infrastructures.
Comparaison avec l’Allemagne
Le système des Kunstvereine, est un réseau d’associations d’art, souvent très anciennes, financées par les cotisations des membres, les subventions municipales/régionales, parfois par les Länder et l'État.
Peu ou pas de collections importantes, ce sont surtout des lieux d’exposition, de programmation, de débat. Forte implication citoyenne, des adhérents et des bénévoles.

La France n'a pas su développer un réseau de "Kunstvereine" à la française, et a plutôt misé sur des opérateurs publics comme les FRAC, centres d’art, ou autres espaces nationaux. La France peine à faire exister les FRAC comme une entité cohérente et leur lisibilité reste des plus faible. La complexité de gouvernance : cofinancement État–Régions, statuts variés (EPCC, associations, etc.), rapports parfois tendus avec les DRAC et les exécutifs régionaux, n'arrange en rien les choses auxquelles il convient d'ajouter La dispersion des moyens : 22 structures, 22 directions, 22 administrations donc une armée de fonctionnaires, là où d’autres pays concentrent les moyens dans une ou deux agences.
Un nouveau modèle qui assumerait franchement la disparition de ces structures, sans nostalgie ni faux-semblants, serait sans doute possible, mais cela suppose d’admettre que les FRAC, dans leur forme actuelle, ne sont plus la bonne réponse à la mission qui leur avait été confiée, à savoir : démocratiser l’art et soutenir les diversités créatives tout en irriguant les territoires. Le post‑FRAC partirait du constat que ces objectifs peuvent être atteints par d’autres méthodes, plus souples, moins institutionnellement lourdes, en renforçant la participation citoyenne, en développant des comités consultatifs, en impliquant des habitants dans les choix de programmation ou de circulation des œuvres.

Que deviendraient alors les collections des FRAC ?
Au lieu d’être gérées par des établissements et des fonctionnaires dédiés, les collections seraient réparties entre musées, bibliothèques, universités, lycées, hôpitaux ou, dans la mesure du possible, tout simplement vendues.
D'autre part, le soutien à la création vivante, distribué et contrôlé par des jurys indépendants et tournants, élus sur des critères transparents et des mandats courts, supprimerait ainsi la logique des "spécialistes" établis et tout puissants.
Les directions permanentes, les bâtiments et les coûts de structure lourds, la logique de programmation centralisée, seraient bien entendu abandonnés.
La réforme assumerait distinctement l'idée que l’art n’a pas besoin d’institutions dédiées pour exister, mais uniquement d’un État garantissant les conditions d'un passage d’un modèle institutionnel à un modèle coopératif et libre, sans dépendance, avec l'assurance d’une gouvernance rigoureuse évitant toutes dérives clientélistes.

Travaux et rapports de l'Inspection générale des affaires culturelles (IGAC)
Les missions de l'Inspection générale des affaires culturelles, sauf exception, donnent lieu à la production d’un rapport remis au ministre commanditaire présentant les constats et les recommandations apportées.
La transmission des rapports au ministre commanditaire est transmis par le chef du service de l’IGAC au directeur de cabinet du ministre.
Les rapports de l’IGAC sont des documents administratifs pouvant être publiés dans le cadre des règles prévues aux articles L.311-1 et suivants du Code des relations entre le public et l’administration et en tenant compte des avis de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA).

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A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement. Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.