UN INCONTOURNABLE MINISTERE DE LA CULTURE ?
Depuis sa création en 1959, avec un ministre doté alors de réels pouvoirs cette institution, mis à part quelques actions peu contestables comme la sauvegarde du patrimoine, aura surtout bénéficié aux fonctionnaires et sans doute aussi à quelques rares connaissances des milieux artistiques.
A l’heure de la troisième génération rien n’a changé et les frais de fonctionnement sont toujours là. Cependant, au fil du temps, l’enveloppe dévolue au soutien artistique proprement dit, c'est-à-dire aux créateurs, s’est réduite comme peau de chagrin, sans parler d'un certain discrédit de l’exécutif à l'image de l'affaire Jack Lang.
C’est le général de Gaulle qui crée le ministère des Affaires culturelles. Il en confie la direction à André Malraux qui conservera ce poste jusqu’en 1969. André Malraux définit sa mission de la manière suivante :
"Rendre accessible les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français. En assurer la plus vaste audience et favoriser la création des œuvres d’art et de l’esprit...".
A son instigation, quinze grands monuments historiques comme Versailles, le Louvre, les Invalides… seront restaurés et en 1964 l’Inventaire général des richesses artistiques de la France sera créé.
Quant à la diffusion démocratique de l'art vivant, Malraux pense la promouvoir à travers des Maisons de la Culture.
Il y a donc cinquante ans qu'André Malraux fut nommé ministre et c'est la première fois que les politiques culturelles en France sont confiées à un ministère autonome. Déjà en 1937, Jean Zay était appelé à la tête d'un ministère englobant enseignement et culture. Et au cours du XIXe siècle plusieurs personnalités jouèrent un rôle prépondérant dans l'implication de l'Etat en matière de patrimoine et des Beaux-arts, notamment Vivant Denon sous le Premier Empire et Nieuwerkerke sous le Second Empire.
Le principe d’intervention dans le domaine des arts remonte cependant aux premiers monarques. François-1er demande à Léonard de Vinci de venir s’installer en France et acquiert nombre d’oeuvres de cette période Renaissance. Plus tard, Louis XIV encourage et pensionne des artistes et des écrivains. Avec André Malraux se crée une administration unique en son genre, qui récupère les attributions du ministère de l’Industrie pour le cinéma et celles dévolues au ministère de l’Education en ce qui concerne les Arts, Lettres et Architecture.
Avec l'instauration de cette institution arrivent les premières critiques qui, au fil des ans, vont s’accentuer. Ainsi l’intervention de l’Etat dans le domaine culturel commence à être dénoncée avec plus ou moins de virulence à partir de la fin des années 80 ; le "tout culturel" nourrissant pour les uns la "défaite de la pensée" (Finkielkraut 1987) ou contribuant pour les autres à la stérilisation de la création par "l’Etat Culturel" (Fumaroli 1991).
Même Dominique Bozo, ex-responsable du Centre Pompidou, rappelle dans un rapport sur la commande publique écrit en 1988 à quel point l’art contemporain est un terrain délicat, "un terrain d’expérimentation face auquel l’Etat, fort de ses erreurs passées, a tendance à inverser ses comportements anciens pour acheter de manière désordonnée les avatars les plus fous de la création d’aujourd’hui."
Pourrait-on se passer du ministère de la Culture ?
Le supprimer serait un acte profondément politique, qui passe par des procédures constitutionnelles, législatives et budgétaires très encadrées.
Premier constat, l'institution n’existe pas dans la Constitution qui ne liste pas les ministères. Elle dit seulement que le Premier ministre dirige l’action du gouvernement et que le Président nomme les ministres.
Cela signifie qu’un ministère peut être créé, fusionné ou supprimé par simple décision politique. La suppression passe donc par un décret du Président, sur proposition du Premier ministre. C’est d'ailleurs ce qui se passe à chaque remaniement : les périmètres changent, des ministères disparaissent, d’autres apparaissent.
Exemples historiques :
Le ministère du Plan a disparu. Le ministère de la Fonction publique a été plusieurs fois fusionné ou supprimé. Le ministère de la Culture lui-même a déjà été absorbé par l’Éducation nationale en 1974.
Pour supprimer un ministère, il faut réaffecter néanmoins quelques-unes de ses missions jugées incontournables et le Parlement doit intervenir pour modifier et voter les lois.
Rien n’oblige constitutionnellement à avoir un ministère de la Culture. C’est avant tout un choix politique.
Le budget du ministère de la Culture reste composé à 80 % de dépenses obligatoires pour cause de subventions aux opérateurs nationaux : les musées, théâtres, bibliothèques, écoles d’art, d'aides au patrimoine pour les restaurations, la sécurité, l'entretien.
Concernant ses Directions Régionales des Affaires Culturelles, les régions et les villes financent environ 60 % de la culture, elles devront compenser, laisser mourir les structures ou fusionner les DRAC avec les rectorats par exemple.
La création d’un grand ministère de l’Éducation, de la Culture et du Numérique, devient aussi une piste envisageable par la mutualisation des directions administratives.
Le spectacle vivant peut parfaitement passer aux régions et les industries du cinéma devenir autonomes.
Réduire les effectifs, les dépenses de fonctionnement, les statuts protecteurs des opérateurs
La France a beaucoup plus d’opérateurs culturels nationaux que la plupart des pays européens.
Toucher aux opérateurs culturels pour faire de vraies économies, c’est le seul endroit où des gains significatifs sont possibles.
Le budget du ministère de la Culture, environ 4,5 milliards d’euros, est largement impacté par ses opérateurs. C’est là que se trouvent les masses financières, dans les musées nationaux et les établissements patrimoniaux comme le Louvre, Orsay, Versailles, le Centre Pompidou, etc. ; dans les spectacles vivants : Opéra de Paris, Comédie-Française, théâtres nationaux.
Dans les budgets des bibliothèques et archives : BnF, INA, le cinéma et l'audiovisuel. Sans oublier le réseau territorial avec les DRAC, les écoles d’art, centres chorégraphiques, et autres scènes.
Pour économiser, il faut fusionner, externaliser, régionaliser ou transformer ces opérateurs.
L’État ne garderait que le patrimoine classé, la régulation, et quelques institutions stratégiques (Louvre, BnF). Tout le reste peut être transféré aux régions ou fusionné, transformé en fondations, ou encore privatisé plus ou moins partiellement.
Transformer le ministère en secrétariat d’État n’aurait de sens que si l’on assume des transferts massifs aux régions, des autonomisations ou privatisations, des fusions et fermetures avec redéfinition du périmètre culturel national.
La réforme semble possible et salutaire au budget du pays, mais elle transforme profondément les habitudes.
Estimation fournie par l'Intelligence Artificielle des économies possibles, opérateur par opérateur, en distinguant les économies structurelles des économies plus radicales.
1. Musées nationaux
Opérateur | Budget annuel | Économie réaliste | Commentaire |
Louvre | ~240 M€ | 20–40 M€ | Autonomie renforcée, hausse ressources propres |
Orsay / Orangerie | ~100 M€ | 10–20 M€ | EPIC renforcé, mécénat accru |
Centre Pompidou | ~200 M€ | 20–30 M€ | Externalisation partielle, fermeture temporaire déjà en cours |
Versailles | ~120 M€ | 10–20 M€ | Hausse billetterie, mécénat |
Musées nationaux régionaux | ~150 M€ cumulés | 30–60 M€ | Transfert aux régions ou fusions |
Total musées : 90 à 170 M€ d’économies possibles
2. Spectacle vivant national
Opérateur | Budget annuel | Économie réaliste | Commentaire |
Opéra de Paris | ~230 M€ | 30–50 M€ | EPIC renforcé, révision statuts, hausse billetterie |
Comédie-Française | ~80 M€ | 10–20 M€ | Autonomie accrue, rationalisation des effectifs |
Théâtres nationaux (Odéon, Chaillot, Colline) | ~100 M€ cumulés | 20–40 M€ | Fusion possible, EPIC |
Centres dramatiques nationaux | ~140 M€ | 40–70 M€ | Transfert aux régions |
Centres chorégraphiques nationaux | ~70 M€ | 20–40 M€ | Transfert aux régions |
Total spectacle vivant : 120 à 220 M€ d’économies possibles
3. Patrimoine et monuments
Opérateur | Budget annuel | Économie réaliste | Commentaire |
Centre des monuments nationaux (CMN) | ~200 M€ | 20–40 M€ | EPIC renforcé, hausse billetterie |
Monuments historiques (État) | ~400 M€ | 30–60 M€ | Externalisation partielle, mécénat, concessions |
Écoles d’architecture | ~200 M€ | 20–40 M€ | Intégration aux universités |
Total patrimoine : 70 à 140 M€ d’économies possibles
4. Bibliothèques, archives, audiovisuel
Opérateur | Budget annuel | Économie réaliste | Commentaire |
BnF | ~250 M€ | 20–40 M€ | Autonomie renforcée, mutualisation numérique |
INA | ~100 M€ | 10–20 M€ | Rationalisation, partenariats privés |
Archives nationales | ~100 M€ | 10–20 M€ | Mutualisation avec collectivités |
Total : 40 à 80 M€ d’économies possibles
5. CNC (cinéma)
Le CNC est financé par des taxes affectées, donc pas une économie budgétaire directe. Mais une réforme pourrait dégager :
50–100 M€ via recentrage des aides
20–40 M€ via rationalisation des dispositifs
10–20 M€ via mutualisation administrative
Total CNC : 80 à 160 M€ d’économies possibles (hors budget général)
Synthèse générale des économies possibles
Secteur | Économies basses | Économies hautes |
Musées | 90 M€ | 170 M€ |
Spectacle vivant | 120 M€ | 220 M€ |
Patrimoine | 70 M€ | 140 M€ |
Bibliothèques / archives / INA | 40 M€ | 80 M€ |
CNC (hors budget État) | 80 M€ | 160 M€ |
Total économies directes pour l’État : 320 à 610 M€ par an
Total économies élargies (incluant CNC) : 400 à 770 M€ par an
Ce que cela implique politiquement et institutionnellement
Pour atteindre ces niveaux d’économies, il faut assumer des ransferts massifs aux régions, une autonomisation des grands opérateurs avec fusions ou fermetures de structures redondantes et réviser les statuts notamment dans le spectacle vivant en encourageant la hausse des ressources propres
C’est une réforme radicale pour le modèle culturel français.
* * *
Architecture complète d’un Secrétariat d’État à la Culture (post-ministère) proposé par l'Intelligence Artificielle :
1. Rattachement institutionnel
Le secrétariat d’État est rattaché à un ministère plus large. Deux options cohérentes :
Option A — Rattachement au ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et de la Culture
cohérence pédagogique, transmission, patrimoine éducatif.
Option B — Rattachement au ministère de l’Intérieur et des Collectivités
logique de territorialisation, transfert aux régions, pilotage déconcentré.
Dans les deux cas, le secrétariat d’État n’a plus de directions générales autonomes.
2. Périmètre réduit : ce que l’État garde
Le secrétariat d’État conserve uniquement les missions régaliennes, stratégiques ou patrimoniales.
A. Patrimoine protégé
Monuments historiques classés
Archéologie préventive
Réglementation patrimoniale
Inspections et autorisations
B. Régulation culturelle
CNC (autonome mais sous tutelle légère)
Droits d’auteur (Hadopi/ARCOM)
Régulation des professions culturelles protégées
C. Institutions nationales “totems”
Seulement 5 à 7 opérateurs restent nationaux :
Louvre
BnF
Versailles
Centre Pompidou (selon choix politique)
Opéra de Paris (optionnel)
Comédie-Française (optionnel)
Tous les autres opérateurs sortent du périmètre de l’État.
3. Ce que l’État transfère, fusionne ou externalise
C’est ici que se trouvent les économies.
A. Transfert aux régions
Scènes nationales
Centres dramatiques nationaux
Centres chorégraphiques nationaux
Musées nationaux de taille moyenne
Écoles d’art territoriales
Festivals subventionnés
B. Transformation en EPIC ou fondations
Orsay / Orangerie
Chaillot, Odéon, Colline
INA
Archives nationales (partiellement)
CMN (Centre des monuments nationaux)
C. Fusions
Fusion des théâtres nationaux par pôles
Fusion des écoles d’architecture avec les universités
Mutualisation des fonctions support de tous les opérateurs restants
4. Nouvelle organisation interne du secrétariat d’État
A. Cabinet réduit
1 secrétaire d’État
1 directeur de cabinet
1 conseiller patrimoine
1 conseiller industries culturelles
1 conseiller territoires
1 conseiller budget → Économie : -60 % par rapport à un cabinet ministériel
B. Trois directions (au lieu de 7 aujourd’hui)
1. Direction du Patrimoine et des Autorisations (DPA)
Rôle :
gestion des MH
autorisations de travaux
archéologie
sécurité des sites
expertise technique
Effectifs : réduits, recentrés sur l’inspection.
2. Direction de la Régulation et des Industries Culturelles (DRIC)
Rôle :
tutelle légère du CNC
régulation des professions
droits d’auteur
économie culturelle
coordination avec Bercy
3. Direction des Institutions Nationales Stratégiques (DINS)
Rôle :
pilotage des 5–7 opérateurs restants
contrats d’objectifs
contrôle budgétaire
mutualisation des fonctions support
5. Réseau territorial : DRAC transformées
Les DRAC deviennent :
Agences régionales du patrimoine et de la régulation (ARPR)
Rôle :
autorisations patrimoniales
contrôle des opérateurs transférés
expertise technique
pas de politique culturelle territoriale (transférée aux régions)
Effectifs : réduits de 30 à 50 %.
6. Gouvernance des opérateurs restants
Les opérateurs nationaux restants adoptent un modèle commun :
EPIC ou fondation d’utilité publique
gouvernance mixte (État, mécènes, collectivités)
autonomie RH
autonomie budgétaire
obligation de ressources propres
contrats d’objectifs pluriannuels
7. Économies structurelles générées par cette architecture
Poste | Économie estimée |
Cabinet et administration centrale | 20–40 M€ |
DRAC → ARPR | 60–120 M€ |
Transferts aux régions | 120–200 M€ |
Autonomisation des opérateurs | 80–150 M€ |
Fusions et mutualisations | 40–80 M€ |
Total : 320 à 590 M€ d’économies annuelles
(aligné avec les estimations précédentes)
8. Philosophie générale du nouveau modèle
Ce secrétariat d’État repose sur trois principes :
1. L’État ne fait que ce que lui seul peut faire
Patrimoine protégé, régulation, institutions stratégiques.
2. Les régions deviennent les acteurs principaux de la politique culturelle
Elles financent déjà 60 % de la culture : on aligne la gouvernance sur la réalité.
3. Les opérateurs deviennent autonomes
Moins de subventions, plus de mécénat, plus de billetterie, plus de partenariats.
9. Ce modèle est-il politiquement faisable ?
Oui, mais seulement si :
la réforme est progressive (5 ans)
les régions sont associées dès le début
les opérateurs reçoivent un cadre clair
l’État assume la réduction de son périmètre