lundi 23 mars 2026

Décalage entre école des Beaux-Arts et réalités professionnelles

Le modèle pédagogique des écoles des Beaux-Arts semble difficile à réformer avec des ateliers hétérogènes, dépendants de la personnalité du professeur. Les tentatives de correction se heurtent à une culture valorisant la liberté totale plutôt qu’un cadre structuré. Les enseignants sont souvent des artistes rarement formés à la pédagogie. L'instabilité des directions et les tensions internes entre administration, professeurs, étudiants empêchent les réformes de fond.
L’école reste centrée sur la figure de l’artiste-auteur, avec une tradition qui valorise l’artiste libre, autonome, détaché des logiques de marché. Le décalage entre la formation proposée et les réalités professionnelles affecte la perception et l'utilité externe de l’école.

Directeurs de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris depuis 2000 - source : https://www.perplexity.ai/
Henry-Claude Cousseau (2000-2011) : Conservateur et historien de l'art, il a stabilisé l'institution après des périodes agitées. Gouvernance jugée parfois autoritaire.
Nicolas Bourriaud (2011-2015) : Théoricien de l'art relationnel, ex-directeur du Palais de Tokyo ; limogé pour manque de concertation.​ Vision jugée trop conceptuelle par certains ateliers.
Jean-Marc Bustamante (2015-2018) : Artiste plasticien enseignant aux Beaux-Arts. Mandat marqué par une crise interne profonde, accusations de harcèlement dans l’école, défiance étudiante. Départ non renouvelé dans un climat délétère.
Jean de Loisy (2019-2021) : Commissaire d'exposition renommé (ex-Palais de Tokyo), nommé pour son profil mais mandant bref au milieu de tensions structurelles. Difficultés à stabiliser l’institution.
Alexia Fabre (2021-2025) : Directrice issue du commissariat ; non reconduite en 2025 sur fond de projet de fusion polémique avec l’école d’architecture Paris-Malaquais.
Éric de Chassey (depuis 2025) : Historien de l'art et ex-directeur de l'INHA, avec une expertise en études curatoriales. ​Doit gérer une école en crise permanente.

Évaluation des compétences selon l'Intelligence Artificielle
Ces directeurs possèdent en principe des compétences en théorie artistique, gestion institutionnelle et innovation pédagogique. Ils sont souvent issus d'écoles ou d'institutions prestigieuses tels que le Palais de Tokyo ou le Musée d'art moderne. Quelques limogeages (Bourriaud, Bustamante) ont entraîné une crise structurelle – concurrence européenne, coupes budgétaires, revendications étudiantes – dans un contexte où le ministère de la Culture exerce une forte tutelle. Globalement, ces responsables sont considérés comme relativement compétents par leurs pairs, malgré les défis d'une institution historique en mutation.
Nicolas Bourriaud a été limogé de son poste de directeur de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA) en juillet 2015 par la ministre de la Culture Fleur Pellerin, dans une décision soudaine et controversée. La ministre a justifié ce départ par la nécessité de donner un nouvel élan à l'école, en promouvant une gouvernance collaborative, une diversité sociale des étudiants, un rayonnement international avec convergence entre patrimoine et création contemporaine.
Bourriaud et ses soutiens ont dénoncé une décision arbitraire, survenant malgré un renouvellement récent de son mandat pour trois ans. Les frondes internes portant sur la location d'ateliers, ses voyages à l'étranger et un supposé manque d'intérêt pour le musée de l'école ont précipité son départ. Des étudiants ont pétitionné en sa faveur, et des démissions au conseil d'administration ont suivi, illustrant les tensions récurrentes dans cette institution difficilement gouvernable.
L'affaire a provoqué une polémique médiatique – pétitions, interviews choc, indignation sur les réseaux – elle reflète les défis structurels des Beaux-Arts, avec deux limogeages en cinq ans. Bourriaud est ensuite revenu au Palais de Tokyo.

Alors, sont-ils réellement compétents ?
Tous ont un CV impressionnant : conservateurs, artistes majeurs, théoriciens, directeurs d’institutions prestigieuses.
Les Beaux-Arts de Paris restent une institution prestigieuse mais structurellement compliquée à diriger : trop d’acteurs, trop d’héritage, trop d’attentes contradictoires. Contrairement à une université classique, l’ENSBA fonctionne comme une république d’ateliers, les professeurs sont des artistes, ils disposent d’un pouvoir symbolique sur les étudiants ; ils sont difficiles à évaluer, à déplacer, à sanctionner.
Résultat : le directeur est un souverain sans armée. Il a le titre, mais pas les leviers.
C’est un cas typique de bureaucratie professionnelle. Les experts, ici les artistes-professeurs, contrôlent l’organisation sans soucis de la hiérarchie.
Plusieurs facteurs structurels rendent l’école instable, son héritage historique écrasant, un corps enseignant hétérogène composé de générations différentes, d'esthétiques opposées, de statuts variés ; conflits latents entre abstraction, figuration, conceptuel, numérique, etc.
Le ministère intervient sur les nominations, les changements de cap sont fréquents avec des directeurs souvent “parachutés” sans consensus interne.
L'organisation de l'école ne fait que refléter l'image de la crise du champ artistique lui-même. Les tensions internes de l’ENSBA sont le miroir de tensions plus larges : Crise de légitimité de l’art contemporain, une partie du public rejette les formes conceptuelles ; une autre exige plus de radicalité. Crise de la transmission, comment enseigner l’art dans un monde où les techniques explosent, où les identités se politisent, les modèles esthétiques se fragmentent ? Crise du rôle de l’artiste, l’artiste est-il un artisan ? Un intellectuel ? Un entrepreneur culturel ? Un créateur d’images pour Instagram ? L’école se trouve prise dans ces contradictions.

Yves Michaud, né en 1944 à Lyon, est philosophe français.
Élève de l’École normale supérieure (ENS), présenté par Louis Althusser, agrégé de philosophie en 1968.
Thèse de doctorat sur David Hume, publiée sous le titre Empirisme, analyse et philosophie chez David Hume (1981).
Enseigne à l’université de Rouen, à l’université de Paris‑Sorbonne, et tient des postes invités à Berkeley, Édimbourg, São Paulo, etc.
Directeur de l’École nationale supérieure des beaux‑arts de Paris de 1989 à 1995.
Mandat à la direction de l'école des Beaux-Arts
Yves Michaud, philosophe et critique d’art, a été nommé directeur de l’École nationale supérieure des beaux‑arts de Paris en 1989 par le ministre de la Culture Jack Lang, et il a occupé cette fonction jusqu’aux alentours de 1995. Durant cette période, il a mené une politique de réforme marquée par une volonté de modernisation de l’école et de redonner à celle‑ci un rayonnement international.

Question : Comme ex-directeur, ne portez-vous pas aussi votre part de responsabilité ?
Yves Michaud
Je ne porte aucune responsabilité. J'avais reçu mission de réformer une école qui était une pétaudière. Je l'ai réformée mais j'ai toujours, je dis bien toujours, veillé au pluralisme : en même temps que j'invitais Marina Abramovic ou Peter Halley ou Krysztof Wodiczko, j'invitais Bioulès, Clément, Buraglio, donnais leur place à Pierre Faure ou Delahaie. Surtout, je rétablissais l'enseignement du dessin en première année à hautes doses et sous condition sélective sous toutes ses formes, depuis le modèle et la pose rapide jusqu'à la caricature (enseignée par Plantu) et au dessin d'architecture.
J'ai relancé la céramique et encouragé la taille directe. Je suis fondamentalement tolérant et pluraliste et je pense qu'une école d'art doit :
1) enseigner les bases les plus classiques,
2) permettre de rencontrer des artistes qui déclenchent des vocations fortes. Le reste, sous toutes ses formes, c'est de l'académisme ringard ou d'avant-garde. Il suffit de lire mon livre Enseigner l'art dans sa version complète pour trouver toutes ces idées. Avant même de diriger l'école, j'avais publié L'artiste et les commissaires, en 1989, quatre essais non pas sur l'art mais sur ceux qui s'en occupent.
A la suite de ma direction, les successeurs ont foutu le bordel en reprenant les mauvaises habitudes des profiteurs. Pacquement faisait son business, Cousseau jouait de la musique et laissait une folle bureaucratiser les enseignements, pendant onze ans ! Bourriaud n'a rien fait, de Loisy a fait des cocktails, Bustamante son business, Fabre rien du tout. Règne aujourd'hui l'académisme même pas d'avant-garde : c'est de l'art sous cellophane pour mondains de SayWho.
J'ajoute que je suis parti de mon plein gré pour retrouver une vie savante car je suis un réformateur, pas un administrateur et n'ai jamais eu de plan de carrière. Quand je suis parti, on m'a proposé beaucoup de choses : la présidence du centre Pompidou, la direction de la rue d'Ulm (j'aurais accepté dix ans plus tôt mais fin 1990, c'était foutu et irréformable et promis à l'effondrement actuel). La seule chose que j'aurais voulu, sans plaisanter, c'était la SNCF. Après avoir réformé un petit établissement, j'aurais aimé essayer pour un gros machin ingérable. Mais on ne m'a pas pris au sérieux et tant mieux...
Voilà vous savez presque tout. Je suis depuis toujours libertarien anarchiste mais ça ne m'empêche pas d'avoir de la poigne quand il faut. La liberté doit être la plus grande possible mais dans un cadre simple, intelligible et connu de tous.

Fermons l'école des Beaux-Arts de Paris !
Je ne suis pas d'accord.
Je pense :
1) qu'il y a toujours place pour un enseignement de base des arts (je dis bien des arts en y incluant l'architecture) exigeant, ancré sur le dessin (sous toutes ses formes et pratiques), le maquettage-modelage (fondamental), les pratiques numériques et une culture générale large mais solide (compte tenu de l'ignorance abyssale dispensée par l'enseignement primaire et secondaire).
2) que l'école des Beaux-arts sur le site Bonaparte-Malaquais doit disparaître et qu'une école reposant sur les principes précédents 1 doit être reconstituée en banlieue dans une friche type Poush à Aubervilliers.
3) que le site Bonaparte-Malaquais doit être rénové de fond en comble afin d'accueillir une extension du Louvre alors que les projets de Macron au Louvre sont idiots, coûteux et inadaptés à un site qui doit juste être entretenu et allégé. Cette extension s'accompagnerait d'activités de loisir-commercial puisque de toute manière, le site Bonaparte-Malaquais n'est adapté pour 40 à 50 % de son emprise qu'à des activités de représentation (défilés de mode, cocktails, réceptions).
J'ai écrit tout ça dans La nouvelle Querelle des Beaux-Arts publié chez Fayard il y moins d'un an (en 2025), mais avec les conneries de Dati et de Macron et du maire du 6ème Lecoq (un sacré crétin pécressien) on n'a parlé que du lango-macrono projet pour le Louvre. Seule Laurence des Cars avait réagi positivement car elle voyait bien la sottise du projet Macron.
De toute manière on ne dit pas assez que le site Bonaparte-Malaquais est dans un état architectural pathétique et demande des travaux très lourds. Si on continue la politique actuelle du chien crevé au fil de l'eau, on fera du bricolage de sauvetage pendant quinze ans.
Je suis bien d'accord en revanche sur le fait que l'école actuelle est une poubelle pour accueillir la mini jet-set des faux collectionneurs parisiens et des apparatchiks culturels qu'on voit sur Saywho.
Yves Michaud

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Seules ma liste de publications sur Amazon et ma notice Who's Who font foi.

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A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement. Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.