Actuellement, d’un vingtième siècle riche en diversités, les institutions et les historiens d’art ne retiennent et ne mettent en exergue que les formes d’expression plastiques dont l’objectif consiste en définitive, soit à se manifester sur un mode sommaire et iconoclaste, soit à retrouver la source primitive et instinctive de l’acte créateur.
Néanmoins, cette histoire n’est nullement figée et l’art à venir sera forcément différent de l’avant-garde d’aujourd’hui ainsi que, probablement, les appréciations la concernant. Face à l'indifférence et à la suspicion du public concernant les créations contemporaines, la question se pose également de savoir si les amateurs ne seront pas amenés à considérer que le seul art véritable ne serait que celui d’autrefois ?
La domination économique et culturelle des États-Unis sur l'Occident promeut une forme de création reposant sur un maillage étendu de réseaux, quelquefois d'ailleurs soutenus par d'autres États comme la France. Cette forme de création, autrement dit l'art contemporain, part du postulat communément entretenu que celui-ci fait partie du domaine de l'Art, ce qui manifestement n'est pas le cas. En effet cet art contemporain, qui repose sur l'immatériel concept et l'éphémère au détriment de la peinture, reste un spectacle des plus marginal qui intéresse peu ou même pas du tout, et l'on peut assurément penser, à plus ou moins long terme, qu'il n'en restera rien ou presque.
Le signifiant et le signifié
Il semble aisé de distinguer d’une part, le goût dicté par une époque précise, qui est régi par des règles et des lois qui contraignent les personnes à se conformer à un modèle et qui ne sont valables que pour un temps ; et d’autre part un goût, sans référence particulière, qui est une préférence naturelle et spontanée, sans lien avec une époque donnée.
L’esthétique lorsqu’elle est tributaire de certaines règles impose aux artistes un modèle défini, un style d’art et un point de vue bien spécifique. Ce modèle est forcément arbitraire puisqu’il aurait pu être décidé d’une autre façon, par d’autres personnes. Il est également sélectif et partisan puisque toutes les oeuvres qui n’entrent pas dans le cadre de cette "mode" sont considérées comme mineures et en conséquence peu reconnues.
Dans les arts visuels, la convention d’originalité a remplacé progressivement la convention académique, surtout à partir du romantisme du XIXème siècle. Mais elle a fini par s’affranchir de toute contrainte au point de vider la liberté et l’originalité de leur force de proposition et de former un nouveau système fermé. Dès lors, il devient permis de croire que certaines créations ne résultent que du simple hasard, comme par exemple les pierres disposées en spirales de Richard Long. Quant à la tendance purement conceptuelle, le sublime voudrait que les oeuvres ne restent qu’à l’état mental, ce qui les apparenterait davantage au domaine de la philosophie.
Aussi, devant un tel éclatement des frontières, une telle confusion des genres, conduisant parfois jusqu’au nihilisme de la non-production, il semble possible d’évoquer un point de rupture.
Si l’on admet que la notion d’art intègre celles d’esthétique et de réflexion sur son environnement et sur le monde, et si contemporain veut bien dire actuel, vivant, de son temps, alors on perçoit l’imposture de l’appropriation de la locution "art contemporain" par l’art conceptuel essentiellement. En arts plastiques tous les genres coexistent, ce qui empêcherait normalement de qualifier de contemporain l’un plus que l’autre, sauf par usurpation.
Si l’on compare avec la danse, l’opposition classique/moderne, contemporain prend une autre signification. En danse, après une période de doute, la rigueur de la formation classique est dorénavant revendiquée par la danse moderne et contemporaine. La danse classique ne se consacrant qu’au répertoire, ceci laisse le champ libre aux autres chorégraphies.
Pour la littérature c'est la même chose, aucun écrivain, aucun poète, n’envisagerait sérieusement de remettre en cause les caractères de l’alphabet, au risque évident de vider de tout sens son écrit et de perdre par conséquent son moyen de communiquer. Pourtant, dans le domaine des arts plastiques, après Dada et sa volonté de désacraliser l’oeuvre, des voies radicales ont sans doute atteint ce point contraire à la raison. De la sorte, sans le repère du lieu, le Centre d’art par exemple, il serait parfois impossible, même pour les adeptes les plus avertis du conceptuel, de discerner la création artistique de l’objet fortuit et banal, placé là par hasard.
A cet égard, les expositions des Centres d’art paraissent déconcertantes, les collections des Fonds régionaux d’art contemporain déroutantes, mais l’existence et l'influence de ces institutions, souvent ignorées du grand public, sont réelles et elles participent à un moment donné de l’histoire de l’Art. Toutefois, elles n’en détiennent pas l’unique prérogative et la peinture figurative, le contraire exact, peut parfaitement prétendre encore jouer un rôle dans l’évolution de cette histoire.
Aujourd'hui, dans les écoles et facultés d'Art, il est devenu trop souvent impossible d'apprendre les techniques du dessin, de la peinture. Les enseignants transmettent, souvent par choix personnel ou plus prosaïquement par manque de savoir-faire, des tendances conceptuelles au risque d'ôter toute alternative à leurs élèves. Une remise en question serait sans aucun doute salutaire.
Les courants d’avant-garde ne concernent que quelques amateurs avertis pourtant ils bénéficient, d'une manière très peu démocratique, du puissant soutien du ministère de la Culture. Cependant cette forme d’art contemporain semble dans une impasse et condamnée à répéter les idées de Duchamp.
L'académisme de la peinture classique est un académisme du signifiant. D'ordinaire, les portraits, paysages et scènes diverses, restent traités de la façon la plus réaliste possible, en respectant les conventions, les acquis et la tradition. L'évolution dans la manière et dans la perception des choses paraît lente et sans rupture. Au contraire, avec l'art moderne apparaissent de nombreux mouvements, parfois brefs, parfois en opposition, qui remettent en cause les règles et bouleversent les habitudes.
Dans l'art contemporain ou reconnu comme tel, l'académisme du signifiant disparaît au profit d'un académisme de substitution, le signifié. Au réalisme du sujet de la peinture classique qui respecte les formes, l'expression contemporaine oppose en quelque sorte l'abstraction et l'hermétisme de son langage. L'objectif avoué de l'art contemporain est d'innover dans la plus totale liberté. Pour conserver sa raison d'être, la création d'avant-garde doit constamment se renouveler ce qui a entraîné, en France, la progressive mise à l'écart de la représentation de l'image dans les nombreuses expositions institutionnelles.
L'art contemporain, en assimilant et répétant sans cesse depuis des décennies les préceptes du duo Duchamp-Malévitch, nous montre d'ores et déjà que celui-ci ne peut plus prétendre au seul qualificatif de contemporain et qu'il appartient désormais à une forme de passé.
Un temps bien révolu
Un rapport d'activité des FRAC établi par Gabrielle Boyon sur demande de Jacques Toubon en Juillet 1993 fait ressortir l'acquisition de 9.500 oeuvres, soit une dépense de plusieurs dizaine de millions de francs en douze ans. Trois galeries bénéficient de la plupart des achats d'Etat :
Liliane et Michel Durand-Dessert (dont le fils n'est autre que le présentateur Guillaume Durand) pour 8 million de francs ; Daniel Templon (4,9 millions) et la Galerie de France (4, 5 millions).
Quelques artistes se trouvent étonnamment favorisés : François Morellet ( 2,1 millions) qui peint des barres de couleur et des angles tronqués ; Toni Grand (1, 9 millions), un "sculpteur" spécialisé dans la récupération de troncs d'arbres et de morceaux d'écorces ; Christian Boltanski (1,6 millions) artiste conceptuel qui photographie par exemple les moments de sa vie.
La défense de ces valeurs est relayée par quelques entreprises comme la B.N.P., Cartier ou la Caisse des Dépôts et Consignations, qui ont consacré une partie de leur budget à des acquisitions ces dernières années.
De : Yves Michaud <michaud06@gmail.com>
Envoyé : vendredi 6 mars 2026 14:05
À : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Objet : https://la-fin-du-ministere-de-la-culture.blogspot.com/2026/03/un-point-de-vue-critique.html
Envoyé : vendredi 6 mars 2026 14:05
À : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Objet : https://la-fin-du-ministere-de-la-culture.blogspot.com/2026/03/un-point-de-vue-critique.html
Il y a une erreur au moins dans votre dernier post: Guillaume Durand n'est pas le fils des Durand-Dessert mais de Lucien et Nicole Durand qui avaient une galerie rue Mazarine au 19. J'aimerais savoir ce que sont devenus d'ailleurs les Durand-Dessert.
Yves Michaud
ATTENTION ! La notice Wikipédia me concernant est sans valeur. Des pans entiers de mes activités et publications sont censurés ou falsifiés à la suite d'interventions hostiles.
Seules ma liste de publications sur Amazon et ma notice Who's Who font foi.
MERCI ! Je corrige.
La Galerie Durand‑Dessert a cessé toute activité en 2004, après près de trente ans d’un rôle décisif dans la scène européenne de l’art contemporain. Elle n’a pas été reprise ni relancée sous une autre forme, sa disparition marque la fin d’un modèle très singulier de galerie indépendante, intellectuellement exigeante et profondément engagée dans l’art conceptuel et post‑minimal européen.
L’espace du 28 rue de Lappe (Paris 11e), ouvert en 1991 après les années Montmorency, a fermé en 2004. La galerie n’a pas rouvert ailleurs. L’espace de 2 000 m² de la rue de Lappe était conçu comme un lieu de travail pour les artistes, pas seulement d’exposition.
Les archives professionnelles de Liliane et Michel Durand‑Dessert ont été déposées à la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou, où elles sont aujourd’hui consultables et progressivement mises en ligne. Cela inclut les dossiers d’expositions, correspondances, documents de travail, qui témoignent de leur rôle dans la diffusion de l’art conceptuel (Broodthaers, Haacke, Morellet, Feldmann, Burgin…).
Après la fermeture, le couple a continué sa collection personnelle, notamment autour des arts précolombiens et indonésiens, dont une partie a été récemment dispersée aux enchères.
En 2021, Liliane et Michel Durand‑Dessert ont fait une donation exceptionnelle au MAMC+ de Saint‑Étienne : plus de 180 œuvres et une cinquantaine d’éditions, exposées dans Double Je (2021‑2022).
Galerie Lucien et Nicole Durand
La Galerie Lucien et Nicole Durand n’existe plus aujourd’hui, mais son histoire reste centrale dans la généalogie des galeries parisiennes de l’après‑guerre.
La galerie, située 19 rue Mazarine (Paris 6ᵉ), était l’un des lieux les plus vivants de la scène parisienne entre les années 1960 et 1980. Lucien Durand, accompagné de son épouse Nicole, y défendait une génération d’artistes français et internationaux, avec une approche chaleureuse, pédagogique et très engagée.
Le couple a notamment soutenu César, Bernard Frize, et de nombreux artistes français de la nouvelle abstraction et de l’expérimentation picturale.
Leur galerie était réputée pour son atmosphère intime, son accueil et sa capacité à faire découvrir des artistes encore peu visibles.
La galerie a cessé son activité avant les années 2000. Elle n’a pas été reprise ni relancée sous un autre nom. Lucien Durand, né en 1920, est décédé en 2020 à l’âge de 100 ans.
Un rôle historique reconnu
Lucien Durand est considéré comme un pionnier de l’art contemporain en France, fondateur également de la Galerie Ariel avant d’ouvrir sa propre galerie.
Il a été décoré à plusieurs reprises (Légion d’honneur, Ordre national du Mérite, Arts et Lettres), signe de la reconnaissance institutionnelle de son rôle dans la diffusion de l’art contemporain.
La galerie a accompagné la transition du marché français vers l’art contemporain, à un moment où Paris perdait son leadership au profit de New York. Elle a soutenu des artistes qui sont devenus des figures majeures, parfois avant leur reconnaissance institutionnelle. Elle a incarné un modèle de galerie “à l’ancienne”, fondée sur la conversation, la pédagogie et la fidélité aux artistes — un modèle aujourd’hui plus rare.
William Bouguereau au Centre d'art de Pougues-les-Eaux, aujourd'hui fermé définitivement.
William Bouguereau 1825-1905
Les sujets de Bouguereau reproduisent des scènes de genre souvent peuplées d'angelots et de fillettes, ce qui a sans doute participé à son discrédit, des anecdotes bibliques ou mythologiques très régulièrement prétexte à la représentation de nus.
Ce n'était pas seulement l'un des meilleurs peintres de l'anatomie humaine mais il était aussi l'un des artistes les plus admirés, les plus écoutés et enviés de la fin du dix-neuvième siècle. Son oeuvre peint ne contiendrait pas moins de 822 toiles, dont beaucoup se trouvent aujourd'hui en Amérique.
Né à La Rochelle, Deuxième Prix de Rome en 1850, membre de l'Académie des beaux arts en 1876 où il a enfin été élu le 8 janvier, après douze vaines tentatives, puis membres de l'Institut en 1881, il fait aussi partie du jury au Salon au côté de Cabanel et Gérôrme. Bouguereau remporta par ses grandes décorations murales, ses tableaux mythologiques ou ses peintures religieuses, un succès incontestable de son vivant.
Sa pâte "bouguereautée" sans touche très apparente, son application dans le détail, en font un représentant typique de ce que l'on nomme "art académique". C'est-à-dire une forme d'art qui s'appuie sur la mise en oeuvre de techniques apprises, où le dessin tient une grande place, le tout au service de sujets à prédominance mythologique et historique mais qui ne dérangent en rien les habitudes du public.
Le rendu lisse, signe d'un métier contrôlé et soigné, associe la peinture de Bouguereau au "léché", témoin de fadeur et de laborieux dont il en devient le symbole. A tort, l'aspect à la fois lisse et grenu de ses chairs est obtenu par touches fondues et griffées, en aucun cas par blaireautage, comme il en riait lui-même.
L'exposition Bouguereau au petit Palais en 1984 donnera lieu à de belles polémiques, avec une hostilité quasi-générale de la presse mais avec un paradoxal très grand succès public. Aujourd'hui, la cote de ses peintures atteint des sommets et celles-ci sont particulièrement recherchées par les collectionneurs, fondations et musées américains.
L'enseignement des arts, les concours
critique et polémique sur l'art académique, les achats publics, l'enseignement et la politique culturelle
https://web.archive.org/web/20220208145229/https:/verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/Enseignement-des-Arts.htm
Marc VERAT 1996 Art contemporain et institutions
sommaire art contemporain et institutions, polémiques et critiques
https://web.archive.org/web/20220308192604/https:/verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/sommaire.htm
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