Maître Bouguereau parmi ses filles à l'Académie Julian en 1896
Les ateliers féminins de l'Académie Julian précéderont de quelques années ceux des écoles des Beaux-Arts.
Le premier atelier de l’Académie Julian, localisé 27 galerie Montmartre, passage des Panoramas, est mixte et essentiellement fréquenté par des Américaines et des Anglaises séduites par son enseignement d’après le modèle vivant nu, cette pratique ne leur étant que très rarement autorisée dans leur pays d’origine.
Ce serait afin d’inciter des Françaises à s’inscrire que le fondateur, Rodolphe Julian, aurait mis en place une classe exclusivement réservée aux femmes, vraisemblablement vers 1875. En effet, bien que quelques ateliers mixtes fassent leur apparition à Paris à la fin des années 1880, les Français étaient loin d’approuver le mélange des sexes dans les salles de cours, et l’éducation mixte n’y progressera que très lentement.
L’atelier pour femmes de l’Académie Julian est principalement connu par le Journal de Marie Bashkirtseff, une jeune artiste russe qui entre en octobre 1877 dans cet atelier du passage des Panoramas. À l’époque, environ trente élèves étudient dans ce local situé sous les toits, au-dessus des salles de cours pour les hommes.
L’Académie Julian est ouverte toute l’année et tous les jours, sauf le dimanche.
La séance du matin, de 8 h à 12 h, est dédiée au portrait et celle de l’après-midi, de 13 h à 17 h, au modèle vivant nu. Pendant l’hiver, entre octobre et mars, les élèves ont également la possibilité de dessiner des académies de 20 h à 22 h, l’éclairage au gaz étant particulièrement propice à l’étude des ombres et des lumières. Les autres ateliers parisiens, y compris ceux de l’École des Beaux-Arts, ferment vers 17h.
Les premières élèves travaillent sous le contrôle de Rodolphe Julian en personne. Même si Marie Bashkirtseff le considère plutôt comme un simple surveillant, le directeur est beaucoup plus que cela, toujours présent, ami des professeurs et proche de ses étudiantes, il joue les mentors, conseille, que ce soit en matière de dessin ou d’affaires privées, pèse sur le choix d’un sujet pour le Salon, tranche les différends, réclame les règlements, veille au bon fonctionnement de l’atelier et à son rayonnement.
Le professeur en titre, Tony Robert-Fleury, vient corriger au moins une fois par semaine, le samedi en général, mais, en réalité, ses passages sont plus fréquents bien qu’irréguliers.
A l'Académie Julian, l’inscription est deux fois plus chère pour les femmes que pour les hommes, et les travaux des femmes sont corrigés une seule fois par semaine et par un seul maître, contre deux fois par semaine et par trois professeurs, tous membres de l'Académie, pour les hommes.
Virginie Demont-Breton va reprendre le combat d’Hélène Bertaux, afin d’obtenir un enseignement similaire pour tous, et ouvert aux femmes de tous les milieux sociaux.
En 1897, grâce aux interventions d'Hélène Bertaux et à l’opiniâtreté de Virginie Demont-Breton, l’Académie ouvre enfin ses ateliers aux femmes. A cette date l’académisme est déjà battu en brèche. Le prix de Rome ne pourra être attribué à une femme qu’à partir de 1903. Encore faudra-t-il attendre quelques années avant de voir une étudiante l’obtenir. La première bénéficiaire en sera la sculptrice Lucienne Heuvelmans qui obtiendra le second grand prix en 1909 et le 1er grand prix en 1911.
Anna Quinquaud (1890-1984), également sculptrice, obtiendra un second grand prix en 1924. Chez les peintres, Odette-Marie Pauvert obtient le 1er grand prix en 1925.
La plupart des femmes, notamment étrangères, dont le talent s’épanouit à partir des années 1880-1890, seront fières de leur formation académique, si difficilement acquise, même si elles se montrent pour quelques-unes attirées par l’impressionnisme. Marie Bashkirtseff qui avait parfaitement mesuré la valeur de l’enseignement, notait dans son journal « Si jamais je suis riche, je fonderai une école pour les femmes ».
Laurent Marqueste dans sa classe à l'École des Beaux-Arts
1866 - Ouverture par Rodolphe Julian et Amélie Beaury-Saurel, à leur domicile situé au 36 de la rue Vivienne dans le 2ème arrondissement de Paris, d’une Académie privée de dessin et de peinture.
Pour capter une clientèle de femmes bourgeoises, est créé en 1876 un cours libre réservé aux femmes et où les hommes peuvent poser - en caleçon - en tant que modèle.
En 1880, est ouvert un nouvel espace réservé aux femmes au 5 rue Vivienne. Deux autres lieux ouvrent également, l'un au 31 rue du Dragon, l'autre au 5 rue de Berri, lequel est appelé « atelier des Dames ». Puis est ouvert, près de Pigalle, un atelier réservé aux hommes au 28 rue Fontaine.
En 1902, Julian et Beaury-Saurel possèdent donc six ateliers à Paris. Ils enseignent eux-mêmes et s'entourent bien entendu d'une quinzaine de professeurs peintres comme Jules Lefèbvre, Tony Robert-Fleury, William Bouguereau, Jean-Paul Laurens et de sculpteurs comme Henri Bouchard et Paul Landowski.
Après la mort de Rodolphe Julian en 1907, c'est son épouse et ancienne élève Amélie Beaury-Saurel qui continue de s'occuper seule des Académies, et qui confie celle de la rue du Dragon à son neveu Jacques Dupuis.
Ce qui reste de l'Académie Julian est fermé pendant la Seconde Guerre mondiale et deux de ses ateliers vendus en 1946. Le reste sera ensuite intégré à l'Atelier Penninghen pour devenir l'École supérieure d'arts graphiques Penninghen en 1968.
La mixité dans la formation artistique
A partir de 1896, les jeunes femmes auront la possibilité de fréquenter la bibliothèque de l’École des Beaux-Arts de Paris et pourront aussi assister aux cours magistraux de perspective, anatomie et histoire de l'art, à condition qu'elles aient bien rempli certaines conditions d'admission.
Elles doivent formuler une requête écrite, être âgées de quinze à trente ans, et présenter un acte de naissance ainsi qu'une lettre de recommandation d'un professeur ou d'un artiste confirmé. Pour les prétendantes étrangères une lettre de leur consulat ou de leur ambassade.
Beaux-Arts de Nantes – Directeur-Professeur Emmanuel Fougerat
La mixité en 1910, juste avant la grande guerre, n'est pas vraiment de mise, à Nantes comme partout ailleurs dans les institutions publiques.
Seul dans sa classe de filles le professeur est de sexe masculin. Une des photos montre des jeunes femmes élèves, toutes en blouses blanches, posant très sagement autour d'Emmanuel Fougerat, professeur de dessin dans un atelier de modèle vivant. Le modèle nu, bien en vue, perché sur sa sellette au centre, regarde l’objectif du photographe.
Avant 1890, les aspirantes artistes étudient principalement dans des ateliers privés dirigés par des peintres auréolés de leurs succès aux Salons : Nélie Jacquemart et Laure de Châtillon comptent parmi les élèves de Léon Cogniet ; Henriette Browne et Madeleine Lemaire se déclarent élèves de Charles Chaplin, tandis que Louise Abbema et Anaïs Beauvais se réclament de Carolus-Duran et Jean-Jacques Henner. Dans le dernier quart du siècle, les deux grandes pépinières de talents sont l’Académie Colarossi et surtout l’Académie Julian.
Rodolphe Julian, atelier de peinture 1876, Musée national de Varsovie
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