vendredi 9 janvier 2026

LA SOCIOLOGIE DE L’ART EN QUESTION

https://lagazettedenicole.art/la-sociologie-de-lart-en-question-le-debat-est-ouvert-ici/

Une discipline anesthésiée ?
La sociologie de l’art est une discipline universitaire que le sociologue engagé Pierre Bourdieu a anesthésiée dès sa naissance.
« La sociologie est un sport de combat », disait-il… et celle de l’art en particulier, qui ne pouvait être pour lui que « signe de distinction et d’appartenance de classe » et qu’il fallait donc soustraire à la domination bourgeoise et du grand méchant capital.
Résultat : ses ardeurs déconstructives et pré-wokistes l’amenèrent à s’acoquiner avec l’artiste allemand Hans Maacke, le plus redoutablement idéologisé de l’époque, et qui, pour représenter son pays, en avait défoncé le Pavillon à la Biennale de Venise en 1993, et ceci pour y dénoncer la malfaisance du Mark complice du nazisme… La cote de cet artiste s’en trouva décuplée, pour le bonheur du grand capitalisme spéculateur sans que Bourdieu ne s’aperçoive un seul instant qu’il s’était fait piéger et devenait ainsi un social traitre et l’idiot de service du système qu’il dénonçait.

Cette anesthésie de la sociologie de l’art fut entretenue ensuite et jusqu’à aujourd’hui par Nathalie Heinich, certes non idéologisée, et ne prétendant uniquement produire que du "savoir", mais en ne défonçant cependant que des portes ouvertes. Comme Bourdieu, son travail se dit "neutre", sans poésie, sans états d'âme, artistiquement aseptisé, et sans amour particulier de l’art.
Bourdieu aimait au moins intellectuellement Hans Haacke.
Alain Quemin, lui, le sociologue bodybuildé, qui fait de l’"observation participative" dans les grands vernissages parisiens, aime à la folie la body artiste Orlan...

De: "Nicole Esterolle" <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé: Lundi 5 Janvier 2026 12:27:19

Objet: Y A-T-IL UN SOCIOLOGUE DE L’ART DANS L’AVION ?

J‘ai dispersé l’ensemble des 992 commentaires, que j’avais récolté suite à la publication sur mes réseaux, du texte que j’avais écrit au sujet des vitraux de Mademoiselle Tabouret… Texte qui avait obtenu plus de 150 000 vues sur mon facebook.
Je pensais que cet ensemble pouvait constituer un riche matériau d'étude et d’analyse pour les sociologues de l’art, et j’espérais avoir quelques retours de ceux-ci.
Mais j’oubliais que cette espèce de chercheurs est quasiment éradiquée, après le passage dévastateur et l’omniprésence asphyxiante des Bourdieu, Heinich et autres Quemin. (J’en connais quelques-uns encore vivants, mais qui évitent de se manifester pour échapper à la cancélisation automatique, et pour ne pas perdre leur poste).

Voici donc les 992 commentaires :

Voici le post Tabouret-vitraux :

Avec les participations de Nathalie Heinich, Yves Michaud, Jérôme Serri, Pierre Lamalattie, Marc Vérat, Marie Sallantin, Jean-Philippe Domecq, Aude de Kerros

Nathalie Heinich
Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler.
Et comme ils sont sociologues et pas idéologues, ils savent qu’un échantillon ainsi constitué n’a aucune représentativité, et ne peut donc servir à documenter que les arguments des opposants à l’art contemporain, qui sont déjà assez bien connus – notamment grâce aux travaux « dévastateurs » et « asphyxiants » de la signataire de ces lignes.
Quoi qu’il en soit, s’emparer de ce corpus pour tenter de dégager, mettons, les nouvelles tendances en la matière nécessiterait de longues heures de travail, des outils et compétences informatiques dont ils ne disposent pas forcément, et si possible un assistant, qu’ils ne pourraient obtenir qu’en demandant un financement à un organisme académique ou ministériel – financement qu’ils ne seraient absolument pas certains d’obtenir et qui, de toute façon, n’interviendrait qu’après plusieurs mois.
Enfin, ils ont peut-être d’autres dossiers en cours et un emploi très chargé – pour ceux du moins qui continuent à travailler.
Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser.

Marc Vérat
La frontière entre idéologue et sociologue n’est pas toujours nette, surtout dans les débats publics. Si promouvoir des idées ne peut pas être totalement neutre, la soi-disant objectivité desdits sociologues laisse également à désirer.
Par ailleurs, il est toujours commode et confortable d’être fonctionnaire d’un établissement public.
« Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler », mais à quelle fin, dans quel but ? Se sont-ils déjà posés la question ?
« Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser », n’est-ce pas Madame Heinich !

Nathalie Heinich
Dans quel but travaillons-nous ? Pour produire du savoir.
Et si ça ne vous suffit pas, je ne peux rien pour vous…

Nicole Esterolle
N. Heinich ne peut pas grand chose en effet… Elle produit du « savoir », c’est une « savante », une « scientifique » sans poésie, sans états d’âme, axiologiquement « neutre », artistiquement neutre, elle n’a pas à aimer.
Bourdieu n’avait pas non plus de sensibilité particulière pour l’art. Il aimait au moins intellectuellement Hans Haacke. Quemin, lui, sociologie bodybuilé est un fan de la body artiste Orlan…
Rappelons que le jeune Bourdieu fut le secrétaire du très droitier Raymond Aron.

Marie Sallantin
Il semble plus difficile en 2026 de convenir que ce savoir, celui de l’étude de l’art contemporain, nous suffirait. Et d’ailleurs à quel titre ?
En effet une période triomphante comme celle d’une mondialisation heureuse se referme sur une impasse voire un échec de plus en plus visible .
Et donc si l’Art contemporain « suffisait » dans les années 80, années de divertissement et provocations tous azimuts, la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’Art comme discipline majeure (car propre à l’Humanité) avec ses limites et contours propres, ses savoirs et ses manifestations universelles de civilisations qui toujours interpellent ? Cette question est tournée vers l’avenir tandis que l’art contemporain en bout de course est dépassé car il ne répond plus aux attentes.
Et si cette attente qui vient comme une vague ne suffit pas à certains, j’ai envie de dire moi aussi que je ne peux rien pour vous.

Pierre Lamalattie
La recherche de neutralité « axiologique » est toujours difficile et mal assurée dans les sciences humaines. Cependant, c’est une bonne chose de la rechercher et je crois que c’est ce que Nathalie Heinich s’est sincèrement efforcée de faire. Elle n’a évidemment pas besoin que je prenne sa défense, mais qu’il me soit permis de dire que je lui suis reconnaissant d’avoir produit un ensemble d’ouvrages qui nourrissent ma (notre ?) réflexion.
Je pense aussi que son engagement pour défendre à l’université le travail scientifique contre les empiétements décomplexés du militantisme est utile et courageux.
Ceci n’empêche nullement de critiquer ses thèses. Au contraire ! La recherche scientifique est le contraire de l’argument d’autorité. Toutefois, il faut bien distinguer critique scientifique (sur les méthodes mises en œuvre) et critique sur le plan des opinions et des engagements artistiques.

Marc Vérat
En somme, après l’art sans art, le savoir sans savoir.
Après 50 ans, la boucle semble ainsi bouclée pour l’art contemporain mais aussi pour la sociologie de l’art contemporain.

Yves Michaud
Il n’y a aucun « savoir » sur le prétendu « art contemporain » – encore moins celui des prétendus sociologues. Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder et Quemin arpente les cocktails sans rien regarder non plus.
1) toute réflexion dépend du corpus sur lequel on réfléchit et personne n’est d’accord sur le corpus.
2) Chacun voit l’heure à son clocher.
3) D’autant plus que 90% de ce qui se passe dans l’art contemporain est caché (ventes et spéculation obligent). Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers avec délits d’initiés et de ce point de vue, c’est réussi. Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. (C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran – je préfère pour ma part Carolus et Cabanel à Meissonnier qui était vraiment nul).
Donc vous ne pouvez qu’exprimer vos passions et intérêts.

Nathalie Heinich
Je reconnais là la magnanimité bien connue de notre cher Yves Michaud, qui s’entête à ne pas entendre ce que je lui ai déjà expliqué sur mon corpus (je ne l’ai pas choisi : je me suis contentée d’analyser ce qui est qualifié d'art contemporain »), et qui continue à croire que je travaille sur les oeuvres alors que mon objet est le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art – ce pourquoi, oui, mes données sont pour l’essentiel dans mon ordinateur. Sociologie oblige… Mais ceux que la sociologie n’intéresse pas ne sont pas obligés d’en lire, n’est-ce pas ? A moins que ce soit pour le plaisir de médire ; hypothèse qui n’est pas à exclure, hélas…

Marc Vérat
« Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder », et la sociologue se couche tard pour tenter de vaines explications concernant « le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art ».
« Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers ». Effectivement, et certains ont bien trop d’argent.
« Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran » – Mais ces derniers possédaient au moins une incontestable technique et figurent aujourd’hui de nouveau sur les cimaises à la place qu’ils méritent, entre impressionnistes et symbolistes. Qu’en sera-t-il demain pour la jeune Tabouret ? ou les merdes de Pinault ?

Marie Sallantin
C’est rigolo la naissance de Vénus de Cabanel.
Cabanel 1863, et on comprend que les modernes aient détesté !

Yves Michaud
Désolé, chère Nathalie Heinich, mais même sur ce que vous considérez comme un corpus défini, il n’y a aucun consensus. Que faites-vous des situations nationales ? Et de l’impérialisme américain ?
Votre corpus est franco-français et qui plus est « l’art contemporain » français n’a quasiment aucune existence internationale ni en termes ni de marché ni de reconnaissance intellectuelle ou esthétique. De ce point de vue Quemin est plus malin : il sait très bien que l’art contemporain français n’existe que dans les cocktails documentés par Saywho. Il a, si je ne m’abuse, lancé sa brillante carrière en disant ce que je viens d’écrire (je le sais d’autant mieux que j’ai publié son « rapport disparu ») et en a tiré les conséquences.
A nous Ruinart puisque l’art contemporain français est ruiné…
A propos des tulipes, j’ai écrit un livre paru le jour du confinement 2020 sur l’opération Tulipes de Koons: « Ceci n’est pas une tulipe, Art, luxe et enlaidissement des villes » chez Fayard avant Bolloré (je le signale à l’adresse des débiles qui rédigent les notices wikipedia et m’accuseraient d’être de droite). En dépit d’un silence normal, il s’est plutôt bien vendu. C’est une enquête sur la manière de faire remonter une cote chancelante, de promouvoir l’immobilier de luxe sous l’empire du socialisme de cocktails et d’enlaidir une ville pas assez enlaidie par la politique Hidalgo-Grégoire-Girard.

Nathalie Heinich
Vous semblez ignorer que dans les années 1990 j’ai mené une enquête sur la relation à l’art contemporain aux Etats-Unis, dont j’ai tiré notamment un petit livre chez Hermann, Guerres culturelles et art contemporain. Une comparaison franco-américaine. Et dans mon Paradigme je consacre un chapitre à l’internationalisation de l’AC. Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu’on ne sait pas, on ne sait pas qu’on ne le sait pas… (d’où l’intérêt, parfois, de se taire plutôt que de se laisser aller aux médisances – mais tout le monde n’est pas Wittgenstein, n’est-ce pas !).

Jérôme Serri
« Savoir tout ce qu’il y a à savoir, et en dépit de ce savoir encyclopédique ne rien savoir, voilà bien la dérision de la méconnaissance ! » Jankélévitch
« L’érudition consiste surtout à connaître une foule de choses inutiles, c’est à dire de choses qui en soi n’ont ni valeur, ni intérêt, si ce n’est d’en avoir connaissance.» Hegel
« Il est difficile, en art, de dire quelque chose d’aussi bon que…ne rien dire.» Wittgenstein
« Le seul moyen de comprendre quelque chose à la peinture, et il est bien simple, c’est d’en regarder beaucoup de bonne.» Sachs

­2026, 50ème anniversaire de la mort d'André Malraux
La démocratie
« Lorsque vous ne pouvez plus confondre la majorité avec la "volonté générale", un rouage capital de la démocratie est brisé. Une majorité de 2% est toujours une majorité, elle n’est plus longtemps légitime. »
La civilisation
« Les valeurs occidentales se décomposent. Il y a eu l’héritage mythique de Rome, il y a eu la chrétienté. Et il y a quelque chose de plus subtil. L’Occident avait toujours eu l’idée d’un type exemplaire de l’homme. A tel point que, dans des pays qui ont marqué l’Occident : l’Angleterre et l’Espagne, on a fini par inventer le mot qui exprimait ce type. Gentleman, tout le monde sait ce que ça veut dire, et Caballero aussi. Aujourd’hui, que voyez-vous de comparable ? Rien parce qu’en gros, la valeur véritable est la science, et que la science ne peut pas donner naissance à un type d’homme. »
La culture
« Après la mort de Degas, nous courûmes à l’exposition de son atelier […] Je comprenais mal "ce que cela voulait dire", mais très bien que cela entrait mystérieusement dans ma vie ».
« De même que telle suite d’accords fait comprendre soudain qu’il existe un monde musical, quelques vers un monde de la poésie, de même un certain équilibre ou déséquilibre péremptoire de couleurs et de lignes bouleverse celui qui découvre que la porte entrouverte là est celle d’un autre monde, non d’un monde surnaturel ou nécessairement magnifié, mais d’un monde irréductible à celui du réel. »
« Civilisé s’oppose à grossier ; cultivé s’oppose d’abord à ignorant. Et, pourtant, l’homme de connaissances a semblé souvent une caricature de l’homme cultivé. Sans doute celui-ci est-il un homme de livres, d’œuvres d’art – un homme lié à des témoignages particuliers du passé. Mais peu importerait qu’il fût l’homme qui connaisse ces témoignages s’il n’était d’abord l’homme qui les aime. La vraie culture commence lorsque les œuvres ne sont plus des documents : lorsque Shakespeare est présent… La connaissance, c’est l’étude de Rembrandt, de Shakespeare ou de Monteverdi ; la culture, c’est notre émotion devant La Ronde de nuit, la représentation de Macbeth ou l’exécution d’Orfeo. »

Comment créer une culture démocratique ?
Il ne s’agit pas de contraindre à l’art les masses qui lui sont indifférentes. Il s’agit d’ouvrir le domaine de la culture à tous ceux qui veulent l’atteindre.
« L’Etat vaut pour l’art ce que valent ceux qui s’en occupent. Florence a été Florence parce que Laurent a été Laurent, non parce que ses méthodes étaient exceptionnelles. Résumons : l’Etat n’est pas fait pour diriger l’art, mais pour le servir. Et il le sert dans la mesure où ceux à qui il en confie la charge le comprennent. »
« Ce qu’on appelle la culture c’est d’abord la volonté de retrouver, d’hériter et d’accroître ce qui fut la noblesse du monde. »
« Si je peux me dire, en mourant, qu’il y a cinq cent mille jeunes de plus qui ont vu s’ouvrir, grâce à mon action, une fenêtre par où ils échapperont à la dureté de la technique, à l’agressivité de la publicité, au besoin de faire toujours plus d’argent pour leurs loisirs dont la plupart sont vulgaires ou violents, si je peux me dire cela, je mourrai content, je vous assure. Cinq cent mille de plus « dans le coup » ce serait déjà un beau chiffre. Je ne peux pas infliger la joie d’aimer l’art à tout le monde. Je peux seulement essayer de l’offrir, la mettre à disposition pour que, à ceux qui la demanderont, elle soit donnée. »

Jean-Philippe Domecq
Depuis le début des interrogations sur ce que j’avais labellisé, pour plus de clarté conceptuelle et périodique, « l’art du Contemporain », l’analyse sociologique doit aussi, et surtout, faire ressortir le rapport entre les oeuvres mises en avant par les professionnels et le système d’interprétations qui a mis en avant pareilles oeuvres. Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d’euvres qui auront été aussi simplistes (que Koons, Buren, Toroni, i tutti).
Il ne s’agit donc et certes pas de demander à la sociologie des jugements esthétiques, mais qu’elle analyse le va-et-vient entre les commentaires et les oeuvres. Pourquoi une telle surévaluation ? Des attitudes et des oeuvres, donc. Le reste (le fonctionnement, la reconduction, les transactions) ne fait qu’en découler, l’essentiel n’était pas là.

Marie Sallantin
Je me souviens qu’il ne fallait pas dans les années 90 juger cette « surévaluation » que vous aviez parfois comptée comme bêtise sophistiquée dans Politis. Pour ma part, je la vois très violente cette surévaluation systémique des œuvres des suiveurs de Duchamp : comme une forme inédite de vandalisme ciblant la représentation de l’art (ridiculiser sans cesse la visée de la beauté chez les artistes). Christine Sourgins a écrit là dessus.

Marc Vérat
"Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d'euvres qui auront été aussi simplistes ?"
Close ! Pas encore tout à fait, mais cela reste dans l'ordre des choses.
Le conformisme existe toujours, y compris chez les sociologues ; normes, marchés et institutions guident les comportements, plus ou moins consciemment. On aime appartenir à un groupe, on évite les risques, on cherche la validation.
"Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu'on ne sait pas, on ne sait pas qu'on ne le sait pas..."
Oui Madame Heinich !

"ATTENTION ! La notice Wikipédia me concernant est sans valeur"
Wikipédia ne représente plus qu'un répertoire laborieux, plus ou moins complaisant, désormais remplacé par l'Intelligence Artificielle.
"Que faites-vous des situations nationales ? Et de l'impérialisme américain ?"

HISTOIRES CHOISIES/ M.V.

1/ L’art de la spéculation
Souvenons-nous de la tulipe
La première bulle spéculative de l’histoire éclate en Hollande, en février 1637 avec une forte spéculation sur les tulipes, au cours de laquelle des bulbes de tulipes s’échangeaient au même prix qu’une maison à Amsterdam.
Le XVIIe siècle marque le « siècle d’or » hollandais. Les Provinces-Unies, autrement dit la Hollande, constitue l’un des États européens les plus modernes, notamment en matière d’art et de culture. Sur le plan économique, la création de la Compagnie des Indes Orientales en 1602 assure le développement des échanges internationaux et du système financier du pays.
Cette domination commerciale permet aux Provinces-Unies de se hisser au rang de première puissance économique mondiale.
Jusqu’en 1634, le marché de la tulipe est semblable à celui du marché de l’art. Un milieu réservé aux plus aisés où le client passe commande à un horticulteur pour faire pousser la variété qu’il désire.
La commande est passée à partir de l’automne lorsque les bulbes sont plantés, et les tulipes qui attirent le plus ne sont pas les plus belles mais les plus rares. La demande pour certaines espèces favorise la formation de la bulle spéculative.
À partir de 1635, plusieurs innovations financières accélèrent le développement de ladite bulle. L’innovation la plus importante est l’introduction des billets à effet.
Ces derniers précisent les caractéristiques du bulbe et son prix.
Ceci permet aux acheteurs de revendre un bulbe encore en terre, en échangeant non plus le bulbe lui-même mais le billet, un papier faisant office de titre.
Les transactions augmentent et il n’est pas rare de voir un billet à effet, changer de mains à de multiples reprises avant la floraison de la tulipe. Les contemporains parlaient d’ailleurs de « windhandel », le commerce du vent.
Plusieurs éléments psychologiques sont avancés pour expliquer les bulles spéculatives. L’un d’entre eux se nomme « The Greater Fool Theory », la théorie du plus grand fou. Selon cette idée, les investisseurs peuvent acheter un titre même s’ils sont persuadés qu’il est surévalué, car ils pensent qu’un autre individu – plus fou encore – sera prompt à le racheter plus cher.
Le mécanisme fonctionne et les prix augmentent jusqu’à atteindre « le plus grand fou ». Dès lors, la bulle éclate et plus personne ne se porte acquéreur.

L’éclatement de la bulle
Les sources fournissant l’évolution du prix des tulipes à cette époque sont rares. Le marché n’est pas régulé et il n’y a donc pas de cours officiel.
Il apparaît toutefois qu’en janvier 1637, au sommet de la bulle, une tulipe pouvait valoir jusqu’à 15 années de salaire d’un artisan. Un bulbe de la variété Semper Augustus – la plus recherchée à l’époque – se serait même échangé pour 10 000 florins, soit l’équivalent de deux maisons en ville.
L’éclatement de la bulle, se produit le 3 février 1637.
Le krach sera déclenché notamment par l’absence d’acheteurs lors d’une vente aux enchères dans une taverne d’Haarlem. Cela suffira pour provoquer le retournement du marché ; il ne faut que quelques heures pour que la nouvelle de l’absence d’acheteurs se propage à la ville entière et quelques jours pour que l’information atteigne l’ensemble des Provinces-Unies. Les bulbes de tulipes deviennent alors invendables.

2/ L’art de l’influence
Ingérence américaine dans la culture en Europe
Dès 1946, le ministère des Affaires Étrangères des États-Unis participe au financement de deux grands programmes d'expositions de peintures, vitrine de l'excellence de l'Art américain, amenées à voyager en Amériques du Sud et surtout en Europe.
Afin de promouvoir ladite excellence, le sénateur Fullbright établit parallèlement un programme de bourses qui permet à des milliers d'intellectuels d'effectuer le « Grand tour » américain pour admirer sa richesse culturelle.
Il s'agit par exemple, d'affirmer et d'établir l'émergence d'une nouvelle école spécifiquement américaine : l'Expressionnisme abstrait avec J.Pollock, M.Rothko, A.Gorky... Cette école qui reste une construction étroitement liée au contexte de la guerre froide sera soutenue par des fondations, des musées, des universités.
Le Rockefeller Brother Fund et le Musée d'Art Moderne de New-York ont ainsi largement promu en Europe le Nouvel Art en organisant nombre de publications et expositions. Cependant et afin d'être totalement crédible pour asseoir la dimension internationale des expositions, quelques artistes européens bénéficieront également du soutien américain.
En 1950, Pierre Soulage figure ainsi dans des expositions collectives à New-York, Londres, São Paulo, Copenhague. Dès le début des années 50, ses toiles commencent à entrer dans les grands musées comme la Phillips Gallery à Washington, le Musée Guggenheim et, bien entendu, le Museum of Modern Art de New-York.
Quelques années après suivra la promotion de l’art conceptuel et minimaliste, donc de l’art à proprement dit contemporain.

3/ L’art sans art
Marcel Duchamp, 1887-1968 - Porte-bouteilles 1914 / 1964
Fer galvanisé : 64 cm, Diamètre 42 cm – Achat en 1986 du Centre Pompidou
L'objet original, aujourd'hui disparu, portait une inscription dont l'artiste prétendait ne pas se souvenir, témoin de la désinvolture qui entoure l'élaboration du readymade. Pourtant Duchamp scelle ici le choix d'une esthétique visuelle indifférente, le choix du hasard et de l'importance du n'importe quoi !

En 1914 à Paris, Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l’Hôtel de Ville un porte-bouteilles et il écrit à sa sœur Suzanne quelque temps plus tard afin de lui demander d’exécuter sa démarche artistique :
« Prends pour toi ce porte-bouteilles, j’en fais un readymade à distance.
Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas, en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent, l’inscription que je vais te donner ci-après et tu signeras de la même écriture comme suit : Le Hérisson d’après Marcel Duchamp ».
Cette lettre montre que Marcel Duchamp souhaite intégrer le porte-bouteilles dans la catégorie des objets qu’il possède déjà, comme une roue de bicyclette sur un tabouret de 1913, mais auxquels il n’a pas encore attribué de statut.
Ce n’est que fin 1915 à New-York, que l'artiste invente et formalise le concept en récupérant un chapeau de cheminée en zinc en l’intitulant « pulled in 4 pins » et en achetant une pelle à neige et en l’intitulant « In advance in the broken arm ».
Ce n’est donc que tout début 1916 que Marcel Duchamp écrit à Suzanne pour qu’elle récupère le « porte-bouteilles » et la « roue de bicyclette » pour les intégrer dans la série des readymade.
Marcel Duchamp explique : « Dans une époque où l’artiste ne peut plus compter sur la qualité et la sincérité de son action pour voir ses productions reconnues, mais dépendre au contraire uniquement du goût du regard trivial des « regardeurs », des normes sociales du bon et du mauvais goût, je décide effectivement d’affirmer mon statut d’artiste en décrétant œuvre d’art un objet quelconque ».
Ces objets-manifestes ne deviennent production artistique qu’à la fin des années 1950, lorsque la jeune génération d’artistes américains, au sortir de la seconde guerre mondiale, s’en empare comme médium. Les institutions françaises suivront fidèlement par mimétisme le mouvement.

Aude de Kerros
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt toute cette disputatio qui donne un paysage des questions que l'on se pose encore sur l'Art contemporain en 2026.
Ce terme qui a été l'arme la plus efficace de la guerre froide culturelle puis hégémonique, a semé la confusion en cachant sous le qualificatif de "contemporain", l'unique courant conceptuel, qui est ainsi devenue avant garde unique et perpétuelle.
Ainsi a été imposée une définition de l'art, exactement inverse de celle du sens commun. Cela n'aurait pas été possible sans son instrumentalisation institutionnelle, politique, médiatique puis financière.
L'imposition de cette définition et d'un art sans public, n'a pas été une évolution naturelle, une mode, un conformisme. Il a concerné les élites, les intellectuels, les artistes qui ont été la cible de cette stratégie de confusion cognitive. Les "masses" ne sont pas visées, ni concernées.

Chacun dans sa spécialité a réagi différemment à ce changement de contenu du mot "art":
-Les journalistes ont vu l'aspect politique et accusé tous ceux qui ne pliaient pas le genou de "fascistes", ce qui a terrifié les artistes et intellectuels.
-Les économistes, quand l'AC est devenu financier, se sont intéressés aux cotes et mécanismes spéculatifs.
-Les théologiens apophatiques y ont trouvé avec joie une manifestation de l'art sacré.
-Les philosophes ont fourni avec la French théory une théorie à l'AC et discours indispensables aux artistes pour forger des concepts dits "pertinents'.
-Les sociologues ont fourni par ailleurs le discours "scientifique" le plus proche du Duchampisme possible : Duchamp disait - l'art c'est ce que l'artiste dit être de l'art'.
En 1963, à New York, Arthur Danto, plus réaliste, complète la définition : est de l'art ce que la société ( il précise, le milieu de l'art institutionnel, médiatique, commercial, etc,) dit être de l'art. Le discours de Bourdieu a aussi beaucoup contribué de fournir le corpus d'idées, en le politisant.

Les artistes contemporains ont utilisé toute cette matière en la simplifiant pour créer leurs concepts, qui sont, ne l'oublions pas, l'œuvre elle même.
Nathalie Heinich a combattu Bourdieu, en s'attachant à une démarche rigoureuse. Il faut aussi la saluer pour ce petit livre qu'elle a écrit, le seul publié en France, qui relate l'histoire et le processus des Cultural Wars en Amérique entre 1989 et 1997.
(Guerres culturelles et Art Contemporain une comparaison franco américaine – Hermann, 2010)
Entre ces deux dates aucun article n'est paru dans les médias français sur ces faits très spectaculaires, excepté, un, dans une revue savante confidentielle.
Un jour ou l'autre il faudra qu'un historien fasse le récit de la guerre civile culturelle que nous avons connu en France : une guerre culturelle civile doublée d'une guerre internationale. Il faudra plus de temps qu'en Amérique pour avoir accès aux archives de l'administration : 50 ans contre 10 en Amérique !
Merci chère Nicole de susciter ces disputatios mais aussi de les documenter et partager. Elles seront importantes pour les historiens qui verront la réelle diversité de la façon dont cela a été vécu et compris par ceux qui ont participé à cette histoire.

Marie Sallantin
MERCI. Une réserve : le mot « guerre » suppose des adversaires qu’on n’a pas vus en France. Les tentatives ont échoué faute d’appui car les artistes, surtout les peintres premiers visés,  au lieu de se mobiliser, se sont soumis attendant tout des institutions : JL Chalumeau  «  le silence des artistes » dans Verso. S’il y avait eu un Courbet, le cours de l’histoire aurait été TOUT AUTRE ! Les masses n’auraient pas été autant suivistes des foires, ces « grands messes de l’art contemporain » Genevieve Breerette dans Le Monde. Aujourd’hui, pas de signe de sortie de cette vassalisation. Pas de retour critique mais plutôt une accélération et un durcissement  institutionnel fort visibles à Paris.
Le Duchampisme, chasse bien gardée. Qui osera supprimer le prix Marcel Duchamp et remettre l’urinoir dans la rue ?

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DÉPART DE MME DATI DANS LE CADRE DE LA RÉDUCTION DU DÉFICIT PUBLIC

Le dossier complet et accablant de Marc Vérat sur le bilan calamiteux du ministère de la culture, qu’il va bien falloir supprimer pour changer de paradigme.
Le dossier complet ici : (un document d’époque à garder par devers vous)

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ZEU BLOG DE NICOLE
Une récapitulation florilège des plus de 200 textes de Nicole :

VISITEZ LE NICOLEMUSEUM N° 2 !
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A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement. Depuis un demi siècle, le principe des manifestations d'art contemporain change peu et reste toujours aussi obscur ! Toute forme d’objet, pour suivre l'idée de Marcel Duchamp, peut devenir artistique si le monde de l’art le présente comme tel, avec grands renforts de textes, souvent incompréhensibles, de théories toutes autant hermétiques et de marketing culturel en lien étroit avec les Institutions.